Rap : Riposte du Cap

Pendant toute sa carrière, le duo Die Antwoord a su maintenir l’équilibre entre créativité débordante, provocation lucrative et captation du goût des masses – un secret envié.

Ils s’en foutent de ce que vous pensez, car ils ont la réponse : Die Antwoord. (© Stefan Magdalinski)

L’emblématique duo a sûrement hanté plusieurs fois les cauchemars des parents d’élèves ayant découvert un de ses posters sur les murs de la chambre de leur gosse. Son goût poussé pour le hideux et pour les modifications corporelles est aussi extrême que sa musique est forte en volume et en rythmes déjantés.

Fondé en 2008 sur les ruines de formations de rap connues à travers l’Afrique du Sud comme MaxNormal.TV ou encore The Constructus Corporation, Die Antwoord est formé par le couple Yolandi Visser et Ninja – ils ont même un enfant ensemble, quoique apparemment ils ne forment plus une unité dans la vie privée. S’ils se revendiquent de toutes les cultures présentes dans leur pays au passé compliqué et douloureux, ils puisent leurs origines dans celle du « zef ». Référence au modèle Ford Zephyr, très prisé dans cette classe ouvrière blanche sud-africaine qu’on a tendance à écarter du tableau historique. Cette classe qui échappait au régime de l’apartheid n’en était pas moins écartée des sphères du pouvoir et vivait souvent dans des caravanes. La contre-culture « zef » a développé certains codes, comme les voitures tunées et un style vestimentaire volontairement fêlé. Si des controverses existent quant à son attitude face aux problèmes raciaux, les membres de Die Antwoord ont laissé entendre que le « zef » correspondait pour eux à une attitude libertaire, celle de faire ce qu’ils veulent.

Et décidément, c’est ce qu’ils ont fait : casser les codes est devenu l’une de leurs images de marque, et cela dès le premier single « Enter the Ninja », avec le DJ et peintre Leon Botha (un des rares artistes atteints de progéria, une maladie génétique qui fait vieillir en un temps record celles et ceux qui en sont atteints). Le label Interscope les repère, et leur premier album « $O$ » est un franc succès. Pourtant, la collaboration avec la major ne va pas perdurer : après des différends artistiques et commerciaux, Yolandi Visser et Ninja vont fonder en 2011 leur propre label, qu’ils nomment « Zef Recordz », et y sortir leur album suivant, « Ten$ion », une année plus tard. C’est surtout la vidéo du single « Fatty Boom Boom » qui alimentera la machine à scandales. On peut y voir une imitation de Lady Gaga qui se fait presque kidnapper à Cape Town avant de donner naissance à une crevette, Yolandi Visser avec le corps repeint en noir, une bible en feu… bref, tout pour faire jaser. La controverse fonctionne et Lady Gaga déclenche même une petite guéguerre sur Twitter.

Les voilà donc définitivement lancés dans la cour des grands. Chaque nouvelle annonce de vidéo publiée sur leur chaîne YouTube fait jaser des semaines à l’avance dans la presse « spécialisée », puis des dizaines de millions de vues affluent une fois le clip disponible. Et la question reste : est-ce que Die Antwoord ne se foutrait pas un peu de son public ? Car la provocation et l’exotisme sud-africain blanc mis à part, sa musique ne propose rien de bien révolutionnaire. C’est un mélange de rap et rave où alternent la voix flûtée (et pitchée) de Visser et les raps de Ninja, qui mélangent anglais et afrikaans. Pourtant, leur dénier toute velléité artistique serait exagéré : en 2014, les deux complices ont collaboré au film du réalisateur également sud-africain Neill Blomkamp, « Chappie » – Blomkamp étant surtout connu pour le sulfureux et captivant « District 9 ».

La réponse à la question de savoir si Die Antwoord est une machine à fric ou un projet artistique reste donc ouverte. Peut-être qu’un tour à la Rockhal donnera un élément de réponse.

À la Rockhal, le 11 juin.

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