Roberto Andò
 : L’économie confessée


Prenez huit ministres des Finances du G8 sur le point de décider d’un plan aux répercussions potentiellement terribles. Ajoutez-y un meurtre et un moine aux lèvres scellées. Voilà « Le confessioni », un film parfois brouillon mais souvent juste aussi.

Une lumière dans les ténèbres de la finance ? Toni Servillo incarne le moine Roberto Salus.

Une lumière dans les ténèbres de la finance ? Toni Servillo incarne le moine Roberto Salus.

Dans un luxueux hôtel du bord de la Baltique va commencer un G8 des ministres des Finances un peu particulier. En effet, sous la houlette du directeur du Fonds monétaire international Daniel Roché, les pays les plus riches s’apprêtent à mettre en place un plan radical destiné à « éradiquer la pauvreté ». Comme s’ils étaient conscients de la nécessité de faire passer une pilule amère, les organisateurs ont pris soin d’inviter des leaders d’opinion de la société civile : une auteure de romans destinés aux enfants mais que les adultes dévorent aussi, un chanteur engagé… et Roberto Salus, un moine taiseux qui écrit des ouvrages de développement personnel teintés de théologie.

Le sommet vire au drame lorsque Roché est retrouvé mort au petit matin. Salus est naturellement soupçonné, puisqu’il a recueilli la confession du directeur du FMI la soirée précédente. Et même si le secret de la confession est inviolable, les services de sécurité reçoivent pour mission de découvrir exactement ce que connaît le moine du plan drastique et mystérieux qui s’apprête à être adopté. Car le public ne doit surtout rien en savoir.

Avec « Le confessioni », Roberto Andò s’attaque à un gros morceau : l’omnipotence de l’économie et de la finance dans notre société actuelle. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas beaucoup d’empathie pour ces dirigeants politiques qui décident du sort de milliards de personnes à l’abri d’un hôtel bunker. Un salaud fini, pleinement conscient de son arrogance d’ailleurs, c’est le portrait que le cinéaste brosse du directeur du FMI – joué avec ce qu’il faut de strauss-kahnerie par Daniel Auteuil. Les ministres du G8 ne sont pas en reste, obsédés qu’ils sont par le sauvetage d’une économie à la dérive sans remettre en cause le sacro-saint principe de l’austérité. Si certains ont des doutes, l’instinct de meute les fait taire rapidement. Et la distribution européenne (avec un zeste de Québec), que d’aucuns ont vue comme hétéroclite, rend en fait parfaitement l’atmosphère de telles réunions.

Opposés à ces économistes orthodoxes, les personnages du chanteur, de l’auteure et du moine introduisent l’élément perturbateur du sommet : l’humanité. C’est Toni Servillo en Roberto Salus qui se taille évidemment la part du lion. Avec sa soutane d’un blanc immaculé et son vœu de silence, il évolue dans cet environnement luxueux comme un chien dans un jeu de quilles, provoquant confidences et prises de conscience, voire remords. Son personnage se situe dans la grande tradition des moines-détectives, même si c’est lui qui est soupçonné d’un meurtre dont le mystère ne subsiste pas bien longtemps. Car, bien que le film cite nommément l’influence du « I Confess » d’Alfred Hitchcock – autre histoire policière de prêtre tenu par le secret de la confession -, c’est moins du côté du Cluedo que de la parabole féerique que tire finalement Roberto Andò.

À vouloir en dire autant sur ce sujet d’une actualité brûlante, le film se perd parfois dans des scènes superflues ou lance des pistes qui ne seront pas suivies jusqu’au bout. L’utilisation emphatique de la musique de Nicola Piovani peut également lasser. Par rapport à une réalisation au cordeau sur la finance comme le « Margin Call » de J. C. Chandor, « Le confessioni » revêt un aspect plus brouillon. Il n’en demeure pas moins qu’il a le mérite de traiter d’un sujet sérieux avec ce petit grain de folie qui fait voyager l’imaginaire. Son imperfection est, au fond, une métaphore de l’humanité dans sa diversité qui, espérons-le, aura un jour le dernier mot sur la finance pour l’instant toute-puissante. Diablement sympathique donc – c’est le cas de le dire…

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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