Théâtre : Ce n’est qu’un au revoir

Faire rire tout en proposant une réflexion critique non caricaturale sur la société est une entreprise difficile. C’est celle qu’a relevée le TOL dans sa dernière production de la saison, « Un dîner d’adieu ».

Steeve Brudey, Colette Kieffer…

« Par les auteurs du ‘Prénom’ », pouvait-on lire sur les diverses communications du TOL annonçant sa dernière création de l’année théâtrale. C’est que la pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, adaptée sur grand écran, est un sérieux argument pour convaincre le public. Son humour aux ramifications complexes a su attirer les foules sans trop plonger dans la facilité du boulevard. « Un dîner d’adieu » est la deuxième collaboration du duo et traite du délicat sujet de l’amitié entre couples, déclinée en dîners ou sorties d’abord à fréquence régulière, puis espacée, puis quasi nulle. Qui ne s’est pas déjà ennuyé à table, entre celles et ceux dont on subit depuis de longues années les mêmes radotages et les positions politiques des autres qu’on ne partage pas, mais qu’on écoute poliment ?

Comment dès lors se débarrasser de ces amies et amis inutiles, afin de profiter des trop rares soirées non mondaines dans le calme de son foyer ? Le dîner d’adieu est la solution que préconise Pierre (Steeve Brudey), et à laquelle sa femme Clotilde (Colette Kieffer) finit par se rallier. Il s’agit d’inviter un couple et de lui servir les mets et boissons dont il raffole, tout en exhibant de façon ostentatoire les cadeaux qu’on en a reçus. Une soirée en forme de baroud d’honneur amical, en quelque sorte, pour couper les ponts définitivement… sans que le couple ciblé le sache, bien entendu. Clotilde et Pierre s’accordent donc sur leurs premières victimes, mais le premier des multiples retournements de situation de la pièce intervient : Antoine (Jean-Marc Barthélemy) se présente sans sa femme, retenue dans un happening théâtral.

… et Jean-Marc Barthélemy sont très à l’aise dans « Un dîner d’adieu ». (Photos : TT Queiroga)

L’écriture de Delaporte et La Patellière est intéressante, car elle oscille en permanence entre la volonté de faire rire au premier degré et la réflexion sur les turpitudes bourgeoises. On voit que le sujet est travaillé et que le système du boulevard, qui consiste souvent à ajouter couche sur couche pour provoquer l’hilarité, est ici quelque peu détourné pour y adjoindre de la profondeur. L’équilibre est fragile parfois bien sûr, et la pièce a ses limites. Il s’agit bien de turpitudes bourgeoises, et pas d’un théâtre qui pousserait le rire dans les retranchements des classes défavorisées, en comédie sociale grinçante. Mais ce n’est pas ce qu’on demande à la pièce, dont on connaît à l’avance le milieu dépeint, et qui ne prétend pas atteindre à l’universel.

La production du TOL tire parti du texte de la meilleure façon, avec une mise en scène dynamique de Véronique Fauconnet dans des décors et costumes parfaitement crédibles de Jeanny Kratochwil. Côté distribution, Jean-Marc Barthélemy sait passer au fil des scènes de la candeur à l’assertion, en victime pas si obtuse que ça, et Colette Kieffer joue son personnage de bourgeoise aux idées arrêtées avec la hauteur nécessaire au comique de situation, dans un rôle pas aussi développé qu’on l’aurait souhaité. Quant à Steeve Brudey, moins habitué des lieux, il arpente le plateau avec une énergie qui fait plaisir à voir et s’empare de ses répliques avec gourmandise. Le trio de la distribution sert donc ainsi avec succès – les rires qui fusent le prouvent – le duo d’auteurs. Mission accomplie.

Au Théâtre ouvert Luxembourg, 
les 5, 6, 13 et 14 juin à 20h ainsi que 
les 31 mai et les 7 et 15 juin à 21h ; 
puis au centre culturel Celo de Hesperange les 20 et 21 juin à 20h.

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