Théâtre
 : La morsure du feu


Si « Les combustibles », unique pièce écrite à ce jour par Amélie Nothomb, souffre un peu de sa rapidité de déroulement, elle pose néanmoins des questions intéressantes. Le TOL en tire le meilleur parti.

(Photo : Ricardo Vaz Palma)

(Photo : Ricardo Vaz Palma)

Dans un pays ravagé par une guerre menée par des Barbares dont on ne connaîtra pas les motivations, c’est déjà le deuxième hiver en état de siège. Le froid va pousser un professeur d’université, son assistant Daniel et Marina, la petite amie de celui-ci, dans les derniers retranchements. Comment se réchauffer lorsque presque tous les meubles ont été brûlés ? Restent les livres, pourtant derniers remparts contre la barbarie si l’on en croit le professeur.

Faire flamber les livres, comme le suggère Marina, c’est pourtant mettre le doigt dans un engrenage dangereux dont aucun des personnages ne sortira indemne – dans tous les sens du terme. Le professeur admiré va se révéler cynique, avec des lectures bien en deçà des exigences qu’il impose à ses étudiants. Mais c’est la guerre, et les convenances n’ont plus cours. Alors Daniel, l’assistant idéaliste, va se permettre des remarques caustiques impensables en temps de paix. D’autant que Marina, l’étudiante de dernière année qu’il a séduite, transie de froid, manœuvrera en parfaite intrigante pour se réchauffer, tant avec la chaleur des livres consumés qu’avec la chaleur humaine.

La pièce d’Amélie Nothomb interroge notre rapport à la culture. Au-delà de la question classique de savoir quel livre nous emporterions sur une île déserte pointe cette autre interpellation : quel livre aurions-nous le courage de brûler en cas de besoin ? Car il faut bien commencer par un titre… même si, on s’en doute, toute la bibliothèque devra y passer puisque aucun armistice n’est en vue. Les dialogues fusent, l’humour est bien dosé ; tout ça est finalement très cruel, et on sent que l’auteure belge a eu plaisir à forger ces répliques où pointe un thème récurrent chez elle, le rôle de l’écrivain. Cela dit, la pièce n’est pas exempte de défauts : ce huis clos qui évoque la guerre de façon réaliste plutôt qu’allégorique évacue complètement la question de la faim. On comprend aisément que le propos ne pouvait pas se disperser et aller aussi loin que « Fahrenheit 451 », dont il renverse en quelque sorte le postulat et que l’auteure cite nommément. Mais au vu de la densité des thèmes, la brièveté du texte, une constante chez Nothomb, est ici un inconvénient. On voudrait en voir plus, aller plus profond dans l’exploration de l’âme humaine, surtout avec ces dialogues plutôt bien amenés.

Le décor choisi au TOL est sobre, avec évidemment une bibliothèque fournie – au début ! – et un poêle, deux chaises et un fauteuil. Seule touche qui brise cette sobriété, une reproduction du « Guernica » de Picasso au mur. Les personnages y évoluent dans une mise en scène de Fabienne Zimmer précise et sans fioritures inutiles. Claude Frisoni est fidèle à lui-même dans un rôle où il peut être bourru et cynique à souhait, avec un personnage qui va peu à peu se convertir aux vertus de l’autodafé. Finn Bell campe un assistant idéaliste particulièrement crédible, variant sa palette de jeu au fil de la représentation et matérialisant au mieux l’évolution de son personnage de la plus haute culture vers l’animalité. Une animalité qui ne quitte pas Aude-Laurence Clermont Biver, dont le personnage est, finalement, celui qui change le moins, voulant à tout prix se réchauffer. Plus en retrait, la jeune actrice semble moins à l’aise en général, mais s’épanouit lors des scènes plus violentes.

Dans l’ensemble donc, une production efficace et qui tient en haleine, sur un sujet… brûlant.

Au Théâtre ouvert Luxembourg, ce vendredi 1er avril et les 7, 8, 9, 13, 14, 15 et 16 avril à 20h30.

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