SPONSORING: Vague muette

Cette semaine une polémique autour du sponsoring a fait des vagues dans le petit monde de la culture. A l’issue du conflit, pourtant, tout le monde semble content.

A la base, l’idée du mécénat est de faire le bien en promouvant la culture: l’édification des masses populaires pour les uns, le prestige social pour les autres. Peut-être même qu’il y en a qui le font simplement pour leur amour de l’art ou de l’artiste. Soit. Dans le contexte de la politique culturelle à un niveau national, le mécénat – ou en plus angliche: le sponsoring – est avant tout un plan de communication. Une entreprise paie une certaine somme et peut être sûre que tous les artistes qui en profitent diront gentiment merci et s’abstiendront de toute critique. En plus, être sponsor d’un événement culturel – comme cette année passée sous l’égide du cerf bleu – peut aussi conférer quelques autres petits avantages. Comme les dîners galas dans les halls d’expositions.

C’est ce qu’a découvert le collectif LX5 et son exposition « Sharing Common Playground » qui se déroule en ce moment dans le hall des soufflantes à Esch-Belval. Puisqu’un grand sponsor va y tenir un dîner gala ce weekend, l’association d’artistes est forcée de fermer son expo pendant quelques jours, ainsi que de démonter la moitié des exponats. Ce qui s’avère difficile, vu leur dimension. En effet, la thématique de l’expo est « les espaces libres » (ironie, quand tu nous tiens). Mais voilà que les gens de LX5 n’étaient pas très contents de ce qui leur arrivait. En envoyant un communiqué de presse, ils ont déclenché l’ire du cerf bleu, qui jusque-là a été leur partenaire. « Et qui le restera aussi », affirme Norry Schneider, un des meneurs de LX5. « Notre idée n’était pas d’attaquer l’équipe de l’année culturelle, avec laquelle nous avons une bonne collaboration. Mais plutôt d’exprimer notre mécontentement sur comment les choses se sont passées. » Une chose est sûre : le dîner gala n’était pas une nouvelle. « Tout le monde était au courant depuis une année », affirme Alexandra Bru, la responsable sponsoring de l’année culturelle. « C’est vrai », admet Schneider, « juste que nous espérions pouvoir nous arranger de façon à ne pas avoir besoin de démonter l’expo ». L’arrangement ne s’est pas fait. Apparemment sous pression du sponsor, qui lui ne veut même pas qu’on mentionne son nom dans la presse. Là, le cerf bleu arrête de rugir et se cache derrière l’anonymat de son sponsor. La seule chose que l’on sait, c’est que le sponsor a proposé au collectif une aide au démontage. Et puis c’est tout.

« En somme, l’affaire est banale. Peut-être même que nous avons réagi un peu trop vite », résume Schneider, « mais nous étions mal à l’aise avec la tournure des événements. Néanmoins, nous continuerons notre coopération avec l’année culturelle. Nous étions conscients des risques que nous prenions en entamant cette collaboration en tant que collectif qui se dit indépendant. Nous ne le regrettons pas ».

Alors, tout pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pour l’instant, il semble que la paix soit revenue. Néanmoins, il se pourrait aussi que ce conflit minime ne soit qu’un avant-goût de ce qui nous attendra en 2008, quand les idées de la secrétaire d’Etat à la culture Octavie Modert sur le sponsoring – qui doit devenir encore plus attractif – se réaliseront.


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