UKRAINE: Good Morning Kiev !

Tandis qu’à Kiev les trèves et les nouvelles explosions de violence alternent, derrière les rideaux de fumée s’activent des groupes d’intérêts qui, en partie, rejouent le drame centenaire d’un pays déchiré entre l’Est et l’Ouest.

PHOTO : ©flickr_jlori

Qui regarde un peu l’histoire de l’Ukraine constate assez vite que le tiraillement entre l’Est et l’Ouest de ce pays ne date pas d’hier. En fait, il est constitutif de l’émergence de l’Ukraine car, depuis toujours, les pouvoirs voisins, que ce soient la Pologne ou la Lituanie, la Russie tsariste, soviétique ou maintenant poutinienne, se sont disputés ce territoire que Staline considérait comme son « grenier à blé ». En s’attardant sur l’histoire plus récente, on peut reconnaître les mêmes schèmes qu’il y a dix ans quand, en 2004, la « révolution orange » avait porté au pouvoir Viktor Ioutchenko – contre le candidat de Moscou et actuel président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovytch. Ce sont les mêmes pouvoirs qui se cachent derrière les conflits, hier comme aujourd’hui. A l’époque, les Russes étaient accusés d’avoir tenté d’empoisonner Ioutchenko, alors qu’en même temps, il était de notoriété publique que derrière les manifestants de la « révolution orange » se cachaient entre autres des financeurs européens (l’Institut Konrad Adenauer, proche des conservateurs allemands) et américains.

Quand une situation nous est décrite comme tellement manichéenne, cela veut dire que la réalité est d’autant plus complexe. Pas sûr que les Occidentaux vont remporter cette « bataille de Kiev » comme en 2004.

Après la présidence, plutôt malheureuse, de Ioutchenko, qui avait des difficultés à tenir l’équilibre entre une politique pro-occidentale mais sans trop s’attirer l’ire des Russes, ce fut au tour de son ancien rival Ianoukovytch de reprendre les rênes du pouvoir en 2010. Et curieusement, depuis cette période, les médias occidentaux reparlent régulièrement de l’Ukraine. L’emprisonnement de l’ancienne égérie de la « révolution orange » Ioulia Tymochenko est stylisé en martyre et le gouvernement de Ianoukovytch désigné comme une marionnette des oligarches.

Une image qu’on tente de nous revendre ces derniers mois avec l’« Euromaidan ». Si bien que les Américains – comme l’ont investigé les collègues de la radio 100,7 – n’hésitent pas à publier en ligne de « vrai-faux » clips qui appellent le monde à protester contre les « barbares » russes. Alors que derrière ce clip ne se cache personne d’autre que Ben Moses, un documentariste, qui, depuis la guerre du Vietnam, n’est pas étranger à la production de propagande pour les Etats-Unis – il est surtout connu pour « Good Morning Vietnam » (la vraie émission, pas la comédie d’Hollywood). Tandis que de l’autre côté le ton, face aux manifestants qui risquent leur vie nuit et jour dans le froid, est le même, juste inversement – là, ils sont des marionnettes de l’Occident.

Quand une situation nous est décrite comme tellement manichéenne, cela veut dire que la réalité est d’autant plus complexe. Pas sûr que les Occidentaux vont remporter cette « bataille de Kiev » comme en 2004 – déjà des voix s’élèvent pour dire que les leaders de l’opposition, dont fait partie Vitali Klitschko, ex-boxeur et grand ami d’Angela Merkel et de la Konrad Adenauer Stiftung, ne contrôleraient plus les manifestants.

En tout cas, l’Union européenne a joué avec le feu en agissant doublement – d’un côté en encourageant les manifestants, de l’autre en tardant à sanctionner Ianoukovytch. Et il se pourrait bien que les manifestants de l’« Euromaidan » pensent bientôt la même chose que la diplomate américaine, Victoria Nuland : « Fuck the EU ! »


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