DROGUES: Cannabis : intox ?

Avec leur proposition d’une avancée vers la légalisation du cannabis, les jeunes libéraux et Verts ont pointé le retard luxembourgeois en matière de politique sur les stupéfiants. Le gouvernement les suivra-t-il ?

Etait-ce le joint de trop ou ont-ils simplement attrapé un coup de soleil pendant un des nombreux festivals de musique qui se déroulent en ce moment au Luxembourg et en Grande Région ? Toujours est-il que d’abord les jeunes libéraux puis la jeunesse verte ont fait entendre leur voix pour du moins virer l’hypocrisie ambiante et ouvrir un débat sur une nouvelle politique en matière de stupéfiants.

Le hic principal est que ni le gouvernement, ni les partis qui le composent ne sont vraiment pressés de changer les choses (woxx 1236). Le programme gouvernemental n’est en tout cas pas très ambitieux sur ce point. Certes, il constate que « la lutte contre le trafic et la consommation de drogues n’a pas connu le succès escompté alors que la consommation reste élevée ». Cela ne l’empêche pas de promettre qu’il « examinera les dispositifs juridiques existants pour analyser quelles mesures permettront une politique plus efficace en la matière ». Une formulation tellement vague a le mérite de clarifier au moins le manque de vision politique du gouvernement, dans une matière qui n’a jamais fait et ne fera jamais l’unanimité. Du moins partage-t-il le constat d’une majorité d’experts locaux et internationaux sur la « guerre contre la drogue » – elle n’est pas seulement perdue, mais a toujours été ingagnable.

La raison pour laquelle les médias ne parlent pas souvent du modèle portugais est parce qu’il fonctionne, tout simplement.

Alors que le Luxembourg reste toujours à l’ère du tout-répressif, d’autres pays européens, surtout au Sud, ont fait des avancées notoires grâce à une politique adaptée, comme au Portugal. Pourquoi n’entend-on pas parler plus souvent de ce pays ? La raison pour laquelle les médias ne parlent pas souvent du modèle portugais est parce qu’il fonctionne, tout simplement. Pourtant, la recette est simple, même si pas exempte de contradictions : toutes les drogues sont dépénalisées, les consommateurs sont considérés comme des patients et des citoyens au lieu d’être criminalisés. Si le trafic reste toujours prohibé, il existe des limites en dessous desquelles la détention de drogue est considérée comme un usage personnel – 25 grammes de cannabis par exemple. Les résultats sont probants : chute de la consommation chez les 15 à 19 ans, réduction des peines de prison pour toxicomanie (donc, au Luxembourg, beaucoup d’économies à faire si on considère la population carcérale), chute des overdoses et des maladies contagieuses et nette augmentation des saisies policières et des traitements médicamenteux des addictions.

Certes, le Luxembourg ne pourra pas transposer le modèle portugais tel quel. De par la taille, la démographie et la situation géographique du pays, cela s’avérerait vite impossible. Mais ça ne lui retire pas l’obligation d’enfin faire arrêter la politique de l’autruche tellement confortable des gouvernements conservateurs précédents. Car le grand-duché n’est pas, comme on le présente si souvent, un îlot non concerné par les fléaux de la drogue. Les substances chimiques semi-légales de substitution sont présentes sur notre territoire, tout comme les drogues dures. Ce qui fait des millions d’euros dépensés dans la répression et l’incarcération – alors que les lieux de thérapie manquent criminellement. En même temps, une légalisation du cannabis sous contrôle étatique pourrait être une source de revenus durable pour l’Etat, une source d’emploi pour la main-d’oeuvre jeune peu ou pas qualifiée (en ce domaine les jeunes sont souvent des experts) et un moyen de permettre à la police de se concentrer sur les « vrais » gangsters au lieu de se ridiculiser avec des communiqués de presse relatant la confiscation de quelques miettes. En d’autres mots : le Luxembourg aurait tout à gagner d’un changement radical et progressif dans sa politique sur les stupéfiants. Il ne reste qu’à trouver le courage nécessaire.


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