POLITIQUE CULTURELLE: Merci !

En publiant un « guide pratique à l’usage des entreprises et des particuliers » afin d’encourager le mécénat culturel, le ministère de la Culture n’annonce rien de vraiment nouveau, mais indique bien la direction qu’il poursuit à long terme : une libéralisation de la culture.

Historiquement parlant, Mécène – Caius Cilnius Maecenas – n’était pas un personnage très heureux : sa femme le trompait ouvertement avec son meilleur confident, l’empereur Auguste, tandis que lui veillait à ce que ce dernier ne se fasse pas assassiner par des conspirateurs. Pas étonnant donc qu’il se soit tourné vers les arts, et surtout les poètes dont il devint le premier bienfaiteur connu de l’histoire – comme en témoignent les poèmes que lui dédia entre autres Horace.

Plus de 21 siècles plus tard, le mécénat est devenu indispensable à la vie et la survie du secteur culturel. Et comme toujours, le Luxembourg a un sacré retard en la matière. Tandis que, chez nos voisins, maintes institutions et événements culturels ne peuvent plus se passer du mécénat, les grands donateurs au Luxembourg restent rares. C’est pourquoi le ministère de la Culture et le Fonds culturel national (Focuna) ont décidé d’administrer une petite piqûre de rappel aux entreprises et aux particuliers qui souhaitent se redorer le blason en soutenant la culture.

La culture soumise aux goûts des mécènes.

Selon le président du Focuna, Jo Kox, il existe quatre types de mécénat possibles : le don financier, le don en nature (par exemple léguer des oeuvres d’art à un musée), le mécénat technologique (c’est-à-dire une entreprise qui mettrait à disposition des installations techniques gratuitement) et le mécénat de compétence (quand par exemple une fiduciaire prend en charge gratuitement les comptes d’une institution).

Il ne faut pas non plus confondre mécénat et sponsoring. Tandis que ce dernier reste soumis à un taux de TVA de 15 pour cent, parce qu’il est comptabilisé comme frais de publicité, le mécénat est déductible des impôts. Cela vaut aussi pour les dons en nature, par le biais d’une exception dont profite le Focuna. En ce qui concerne les dons financiers, ils sont déductibles des impôts s’ils ne dépassent pas le seuil d’un million d’euros ou s’ils ne représentent pas plus de 20 pour cent des revenus d’une entreprise ou d’un particulier. Cela pour éviter toute fraude qui voudrait passer par des donations. En même temps, chaque montant dépassant les 30.000 euros et ne provenant pas d’une banque autorisée à exercer au sein de l’Union européenne doit être validé par le ministère de la Justice.

Si donc les garde-fous semblent bien installés, les conditions juteuses et les administrations compétentes, on peut se demander pourquoi le Luxembourg reste un désert en ce qui concerne le mécénat. Peut-être est-ce une conséquence de la nature même de la place financière, vu que la plupart des banques étrangères installées au Luxembourg traitent davantage avec des clients étrangers et n’ont donc rien à gagner en soutenant la culture locale ? Toujours est-il qu’il faut faire attention, car le mécénat n’est en rien un remède miracle contre la disette budgétaire. Si la création dépendait dans le futur du bien vouloir des entreprises, on risquerait d’avoir une scène culturelle bien monotone.


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