UNION EUROPÉENNE: De l’impasse au
cul-de-sac

Nomination d’un médiateur et d’une organisatrice aux postes clés de l’Union, ce n’est pas cela qui relancera le projet européen. Un projet en crise non seulement sur la question de la forme mais aussi sur celle du contenu.

Cadeau de Tine Van Rompuy à son frère : un échantillon de la « taxe des millionnaires ».

Depuis une dizaine d’années, les adeptes de l’Union européenne sont à la recherche d’un nouvel élan. Après l’élargissement vers l’Est, le projet d’une constitution européenne devait à la fois répondre aux défis institutionnels et renforcer l’intégration des politiques des pays membres. Référendums négatifs, adoption d’un nouveau texte considérablement dilué, tentative réussie de circonvenir les opinions publiques – la lamentable histoire du traité de Lisbonne est connue. Or, après le passage des écueils irlandais et tchèque, de nombreux politicien-ne-s nous promettaient enfin un « nouveau départ ». Il n’en a rien été.

Le soulagement d’être sortis de l’impasse du traité constitutionnel est compréhensible. En 2005, le refus d’une partie de la gauche européenne d’apporter son soutien à un texte impliquant une forte continuité dans la trajectoire néo-libérale entamée dans les années 80 avait surpris tout le monde. Après avoir mis la question sociale européenne à l’ordre du jour, ce mouvement n’a cependant pas pu créer un rapport de force favorable. Après 2007, persister à refuser le traité était de bonne guerre, mais stérile. Passer à autre chose, permettre enfin à l’Union européenne de jouer son rôle sur le plan international, c’est ce que devaient permettre les trois nominations à la tête de l’Union à effectuer en 2009.

Il est clair que le renouvellement du mandat de José Manuel Barroso comme président de la Commission en septembre n’allait pas contribuer à faire souffler un vent nouveau sur l’Europe. La semaine dernière, les espoirs qui se rattachaient aux deux postes nouveaux, Président du Conseil et Haute Représentante, ont également été déçus. Certes, il est possible que Herman Van Rompuy ou Catherine Ashton, une fois en place, se transforment en personnages d’envergure qu’ils ne sont pas aujourd’hui. Mais le fait qu’ils ont été choisi-e-s pour leurs qualités de médiateur respectivement d’organisatrice, et surtout pour leur discrétion, en dit long sur les véritables intentions des leaders européens : pacifier les rapports entre Etats membres et rendre plus efficace la politique étrangère oui, mais aller de l’avant en matière de construction européenne, non.

Ce n’est pas la déclaration de Van Rompuy sur une « taxe européenn » qui nous rassurera, d’autant plus qu’elle a été faite lors d’une réunion du groupe Bilderberg, société secrète libérale et atlantiste. Mais le président désigné a des fréquentations contrastées : sa soeur Tine, qui milite au Parti du travail belge (PTB), vient de demander son soutien au projet d’une « taxe des millionnaires ». Herman aura donc de quoi exercer son fameux talent de modérateur.

On peut regretter que sur la dernière ligne droite des nominations, le souci de relancer la machine européenne n’ait plus compté. Mais que dire de l’absence complète de débat sur l’orientation politique d’une Europe plus intégrée? Est-ce parce que les acteurs réclamant une Europe plus sociale ne sont pas vraiment sortis renforcés des élections européennes ? Ils auraient tort de se taire. Car si ces cinq dernières années, la gauche pouvait partiellement être tenue responsable du blocage du projet d’intégration européenne, c’est désormais la droite qui apparait comme le maître d’oeuvre de sa stagnation.


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