CENTRE POMPIDOU METZ: Petit frère

von | 04.06.2010

Le nouveau centre Pompidou de Metz a de hautes ambitions, mais n’arrive pas vraiment Ă  se dĂ©marquer de l’original.

Shigeru Ban a crée une coulisse exceptionnelle pour le centre Pompidou en Lorraine,
mais le musée sera-t-il à la hauteur de ses ambitions?

Deux choses frappent d’emblĂ©e le visiteur luxembourgeois quand il s’approche du centre Pompidou Ă  Metz. Premièrement, le vaste espace dont profite le bâtiment conçu par Shigeru Ban. Au contraire du Mudam au Luxembourg, le nouveau centre Pompidou de Metz n’est pas entourĂ© d’autres prouesses architecturales, mais profite du vide autour de lui qui met en valeur ses formes gĂ©nĂ©reuses. Deuxième diffĂ©rence, on observe Ă  l’entrĂ©e du centre Pompidou un phĂ©nomène qui n’est que trop rare au Mudam : des files d’attente. Et cela, mĂŞme en pleine semaine, pendant les heures de travail. Et ce ne sont pas que des classes d’Ă©lèves qui doivent honorer un passage obligatoire dans ce nouveau monument national, mais aussi des Messins ou des touristes, allemands surtout.

On peut en donc conclure que l’installation du centre Pompidou Ă  Metz est un franc succès populaire. Du moins, profite-t-il d’un certain essor et d’un degrĂ© d’acceptance bien plus Ă©lĂ©vĂ© que son confrère grand-ducal. Mais cela est peut-ĂŞtre aussi dĂ» Ă  la « marque Â» Pompidou – qui attire plus de gens. Car un « musĂ©e d’art moderne Â» supplĂ©mentaire n’aurait sĂ»rement pas Ă©tĂ© la mĂŞme chose. Pompidou, ça sonne un peu comme si on Ă©tait dĂ©jĂ  Ă  Paris. Un peu de glam mĂ©tropolitain dans la tristesse lorraine, si on veut. Et surtout enfin, un gage d’honneur de la capitale envers une rĂ©gion trop souvent dĂ©laissĂ©e sur d’autres dossiers et qui n’a pas trop la cĂ´te par rapport aux autres rĂ©gions de l’Hexagone. Qu’on se souvienne de Gandrange?

Toutefois, cette nouvelle infrastructure culturelle de première classe doit encore faire ses preuves, question contenu. Si l’exposition inaugurale, baptisĂ©e « Chefs d’oeuvres ? Â», affiche clairement les ambitions les plus hautes – dans l’introduction du dossier de presse de l’exposition, les responsables la comparent dĂ©jĂ  Ă  la mythique première exposition du centre Pompidou parisien « Paris-New York Â» – il faudra voir ce que donnera la suite. Car le hic du centre messin est patent. Par rapport au grand-frère de la capitale, il souffre de deux handicaps majeurs : il n’a pas de collection Ă  lui et donc pas d’exposition permanente. Deuxio, les expositions temporaires seront les mĂŞmes qu’Ă  Paris – faisant du centre Pompidou Metz une simple antenne au lieu d’un lieu de crĂ©ation unique. Ce qui est dommage, car celles et ceux qui veulent voir les expositions dans leur cadre original peuvent aussi bien prendre place dans un TGV pour rejoindre l’original.

Simple antenne ou lieu original ?

L’exposition elle-mĂŞme, « Chefs d’oeuvres ? Â», prĂ©sente pourtant une approche pour le moins originale de l’histoire de l’art et de la crĂ©ation contemporaine. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire, c’est une prĂ©sentation un tantinet trop franco-française de l’histoire de l’art. D’un autre cĂ´tĂ©, une approche diffĂ©rente aurait beaucoup Ă©tonnĂ©e.

Le parcours proposĂ© par « Chefs d’oeuvres ? Â» est double : Ă  la fois historique et didactique. Au premier niveau, le visiteur est confrontĂ© Ă  la notion de chef d’oeuvre. Un terme qui, Ă  force d’ĂŞtre utilisĂ© très souvent dans la langue courante du quotidien, s’est un peu vidĂ© de sens ou en a changĂ©.

Car le chef d’oeuvre original Ă©tait avant tout une pièce confectionnĂ©e par un apprenti artisan, qui lui servait d’examen et de preuve pour l’acceptation parmi ses pairs. Cette pièce Ă©tait alors considĂ©rĂ©e comme sa meilleure et la carrière de l’artisan pouvait alors commencer Ă  utiliser son savoir-faire Ă  son propre compte. Au centre Pompidou, on profite de cet incipit pour introduire un peu de colorit local dans le parcours. En d’autres mots, c’est bien le seul endroit oĂą l’on trouvera des oeuvres d’artistes et d’artisans lorrains – surtout des pièces du Moyen-Age, comme des reliquaires en ivoire, des bagues prĂ©cieuses, des verreries magnifiques ou encore des panneaux peints. A cette Ă©poque, le chef d’oeuvre prĂ©sentait aussi une autre particularitĂ© : il se trouvait encore dĂ©tâchĂ© de son auteur. En effet, la grande majoritĂ© des oeuvres de cette partie de l’exposition sont anonymes. Ce n’est que plus tard, au 19e siècle, que l’auteur et son chef d’oeuvre se retrouvent au mĂŞme niveau, que la paternitĂ© d’une crĂ©ation importe aussi bien que la crĂ©ation elle-mĂŞme. Pour expliquer cela, l’exposition se rĂ©fère Ă  Balzac et Ă  ses considĂ©rations sur l’art – allant mĂŞme jusqu’Ă  montrer la cĂ©lèbre canne de l’Ă©crivain. Rapidement, le 20e siècle, surtout Ă  ses dĂ©buts, font irruption dans le parcours. Il faut dire que le contexte Ă©tait idĂ©al pour montrer plusieurs pièces-maĂ®tresses de la collection parisienne, comme les tableaux gĂ©ants de Robert Delaunay, peintre simultanĂ©iste qui aimait dĂ©composer en couleurs ses sujets, composant ainsi de vraies symphonies coloriĂ©es. Ici, l’architecture de Shigeru Ban concorde parfaitement avec l’emplacement des tableaux : des miroirs gĂ©ants et multiformes reflètent aussi bien les oeuvres que les spectateurs en les multipliant Ă  l’infini. Comme quoi, lever la tĂŞte dans un musĂ©e peut parfois avoir des effets secondaires inattendus.

Mais cela ne vaut pourtant que pour le rez-de-chaussĂ©e du bâtiment. Les autres Ă©tages – Ă  l’exception du troisième qui comporte une grande fenĂŞtre panoramique offrant une vue imprenable sur Metz, Ă  l’instar du grand frère parisien – sont sobres et pourraient se trouver dans n’importe quelle autre bâtisse. L’exposition elle-mĂŞme s’y perd un peu. Certes, il y a dans « Chefs d’oeuvres ? Â» une grande partie de pièces magnifiques venues directement des rĂ©serves ou de l’exposition permanente parisienne, mais le fil didactique commencĂ© au rez-de-chaussĂ©e perd Ă  la longue en pertinence. En d’autres mots, on ne peut s’empĂŞcher de penser parfois que le thème de l’exposition sert plutĂ´t de prĂ©texte pour montrer des belles pièces. Mais de ces dernières, il y en a. Les connaisseurs du centre parisien y retrouveront quelques-unes des plus belles oeuvres issues de l’expositions permanente, comme des tableaux d’Yves Klein, une poupĂ©e de Hans Bellmer ou encore le cĂ©lèbre « Portrait prĂ©monitoire de Guillaume Apollinaire Â» par Giorgio de Chirico. Et bien sĂ»r, Ă  chaque Ă©tage on retrouve les grands noms, ceux Ă  qui le public s’attendait comme Picasso, Braque, Matisse ou encore Dalì ou Mirò. Dans un mode plus contemporain, on peut notamment citer une belle installation de Louise Bourgeois – qui vient juste de dĂ©cĂ©der – au deuxième niveau.

GĂ©nĂ©ralement donc, l’exposition inaugurale est plutĂ´t rĂ©ussie, ne serait-ce son point de vue un peu trop franco-français sur l’histoire de l’art. En effet, en sortant de l’exposition on a surtout l’impression que tout ce qui touche Ă  l’art et Ă  la crĂ©ation doit avoir un lien avec la France. Ce qui est dommage, mais peut-ĂŞtre qu’un centre Pompidou n’est pas le lieu idĂ©al pour abandonner le chauvinisme culturel français non plus.

Les chances que le centre Pompidou de Metz soit vraiment un signal de dĂ©part pour une rĂ©gion plutĂ´t moribonde sont donc donnĂ©es. Pourtant, il faut faire attention Ă  ne pas trop rester collĂ© Ă  la peau du centre parisien. Car Metz n’est pas Paris – il faudra donc calculer avec la Grande RĂ©gion pour que le projet soit une vraie rĂ©ussite. Et cela impliquerait du moins des lĂ©gendes plurilingues?

Plus d’infos: www.centrepompidou-metz.fr

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...