Sans le dire de manière explicite, l’avis du conseil supĂ©rieur de l’amĂ©nagement du territoire (CSAT) sur le programme directeur de l’amĂ©nagement du territoire critique sĂ©vèrement la politique du gouvernement actuel.
En mai 1999 – donc un mois avant les dernières Ă©lections nationales – le ministère de l’amĂ©nagement du territoire, dirigĂ© par le socialiste Alex Bodry, avait publiĂ© un document fort de quelque 200 pages, fruit d’un vĂ©ritable travail de Sisyphe: le projet du programme directeur d’amĂ©nagement du territoire (PDAT). Plus de deux ans auparavant, un processus d’Ă©laboration avait Ă©tĂ© mis sur pied qui faisait appel Ă de larges franges de la population, notamment Ă travers six hearings rĂ©gionaux. L’effort Ă©tait gigantesque Ă tel point, que le ministère a sombrĂ© par la suite.
En effet, l’accord de coalition concoctĂ© par le PCS et le PD, suite aux Ă©lections de juin 1999, stipulait que l’amĂ©nagement du territoire perdrait son statut de ministère Ă part entière et serait dorĂ©navant gĂ©rĂ© par une direction sous tutelle du ministère de l’intĂ©rieur. L’opposition politique, mais aussi les organisations non-gouvernementales qui s’occupaient jusque-lĂ des questions liĂ©es Ă l’amĂ©nagement du territoire, voyaient d’un très mauvais oeil cette façon de faire. Tout comme pour la gestion de l’eau, qui fut retirĂ©e du ministère de l’environnement, le ministère de l’intĂ©rieur se vit dotĂ© de nouvelles compĂ©tences dans des domaines oĂą il n’avait que peu d’expertise. Pour y remĂ©dier, des services entiers ont dĂ» ĂŞtre transfĂ©rĂ©s d’une administration Ă l’autre, ce qui n’a certainement pas aidĂ© Ă accĂ©lĂ©rer le traitement de certains dossiers brĂ»lants.
La nouvelle coalition, et en particulier Michel Wolter, le titulaire du nouveau „superministère“ de l’intĂ©rieur, argumentaient qu’une fusion des compĂ©tences ayant trait aux dĂ©veloppement communal et rĂ©gional Ă©tait nĂ©cessaire pour rĂ©pondre aux dĂ©fis du dĂ©veloppement durable.
Un autre constat auquel le ministère ne peut cependant guère se soustraire: cette fusion des compĂ©tences a solidement freinĂ© la mise en place du plan directeur. Ce n’est qu’en mai 2001 – donc deux ans après le changement de gouvernement – que les organes consultatifs, dont le CSAT, ont Ă©tĂ© nommĂ©s et chargĂ©s de pondre leur avis sur le projet du PDAT. Du temps perdu, car le nouveau gouvernement n’a portĂ© aucun changement au document initial, alors que celui-ci regorge de propositions – notamment en matière de politique de transports – qui sont en contradiction complète avec le programme gouvernemental retenu en aoĂ»t 1999. Il suffit Ă cet Ă©gard de citer le projet BTB, qui est en quelque sorte une pierre angulaire du PDAT, bien que le projet ait Ă©tĂ© stoppĂ© pour satisfaire aux exigences du parti dĂ©mocratique.
Si ce n’est donc que trois annĂ©es après l’Ă©laboration du projet de plan directeur que le rapport du CSAT est publiĂ©, les auteur-e-s des 23 pages de constats et de recommandations sont les dernièr-e-s Ă en ĂŞtre grondĂ©-e-s. En 25 recommandations, l’avis essaie de clarifier et d’adapter un certain nombre d’Ă©lĂ©ments du projet du PDAT qui, par ailleurs, est avisĂ© favorablement. Aussi faut-il savoir que cet avis constitue un consensus entre des acteurs et actrices venant de secteurs très diffĂ©rents – de l’association des banques et banquiers, via les chambres professionnelles, les reprĂ©sentant-e-s des communes jusqu’aux organisations environnementales.
„Circuler moins“
„Si l’avis ne comporte qu’une bonne vingtaine de pages, c’est parce que le projet de PDAT comporte Ă 80 pour cent des propositions auxquelles le conseil supĂ©rieur n’a tout simplement rien Ă redire“, nous dit Fränz Hengen, reprĂ©sentant du Mouvement Ecologique au sein du CSAT. Ce qui n’empĂŞche pas que certaines recommandations du CSAT vont très loin.
Le prĂ©sident du conseil supĂ©rieur, Patrick Bousch, gĂ©ographe auprès du Ceps/Instead, Ă©nonce certaines prioritĂ©s qui ne vont certainement pas plaire Ă tous les membres du gouvernement. Ainsi Bousch pense qu’il faut redonner Ă l’amĂ©nagement du territoire son rang politique prioritaire, en le plaçant sous la tutelle directe du Premier Ministre. Si le gouvernement veut donc bien respecter cette proposition, un nouveau dĂ©mĂ©nagement paraĂ®t inĂ©vitable.
Une telle mesure s’imposerait, car le programme directeur prĂ©voit l’Ă©laboration de plans sectoriels (tel le plan sectoriel „lycĂ©es“) Ă©manant de diffĂ©rents ministères et une coordination de ces politiques sectorielles s’impose. Comme des conflits d’intĂ©rĂŞts semblent prĂ©programmĂ©s, c’est le Premier Ministre qui devrait assumer la responsabilitĂ© finale. A ce niveau, on peut se poser la question si le CSAT a choisi la bonne approche: redonner Ă l’amĂ©nagement du territoire le statut d’un dĂ©partement ministĂ©riel permettrait dĂ©jĂ de faire reprĂ©senter ce domaine de façon plus visible au sein du conseil de gouvernement.
Un autre „petit dĂ©ficit“, comme l’exprime Patrick Bousch, est l’absence de moyens financiers et humains pour mettre en oeuvre les propositions du PDAT. Concrètement il s’agit, non seulement de renforcer la division de l’amĂ©nagement du territoire et de l’urbanisme, mais il faut aussi permettre aux instances rĂ©gionales et locales d’avoir recours Ă des professionnels pour concrĂ©tiser les dĂ©cisions qu’elles sont en train de prendre.
Mais le domaine oĂą l’avis du CSAT va crĂ©er probablement le plus de soucis au gouvernement en place reste le volet „transport“. MĂŞme si le CSAT ne fait plus directement rĂ©fĂ©rence au projet BTB, il prĂ´ne le concept du „circuler moins“ et se prononce en faveur d’une politique volontariste en matière de transports publics. Pour ce faire, la crĂ©ation d’une cellule de prospective pour les besoins en Ă©quipements et infrastructures des transports publics est proposĂ©e. De plus, le CSAT fait sienne l’idĂ©e d’une cellule de mobilitĂ© dont le champ d’action ne se limiterait pas au territoire luxembourgeois.
S’il est vrai que l’avis du CSAT pose beaucoup de questions et devrait interpeller les acteurs et actrices politiques Ă agir rapidement, il ne fait pas dans le dĂ©faitisme face Ă une tâche qui pourrait paraĂ®tre insurmontable Ă cause des dĂ©ficits accumulĂ©s depuis des dĂ©cennies. En ce qui concerne la discussion sur la possibilitĂ© d’avoir 700.000 habitant-e-s sur le territoire du Grand-DuchĂ©, le CSAT se montre franchement optimiste. „Le Luxembourg connaĂ®t une des densitĂ©s de population les plus faibles par rapport aux rĂ©gions limitrophes. Il semblerait que les 118 communes du Grand-DuchĂ© aient des disponibilitĂ©s de terrains Ă construire pouvant facilement accepter une population d’un million d’habitants“, nous disent les auteur-e-s de l’avis et ne voient dès lors pas d’obstacle majeur Ă une augmentation significative de la population!
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Pour plus d’informations: http://www.etat.lu/MI/MAT/index.htm

