AFFAIRE SCHMIT: Pères et beaufs

Le microcosme grand-ducal a été ébranlé par une affaire au départ anodine. Malgré la violence des affrontements, la classe politique a été incapable d’en tirer les conséquences qui s’imposaient.

La police et les jeunes, une histoire d’amour qui dure. Manif de 1968 en Suède.

La police a fait son travail correctement, le ministre Nicolas Schmit n’a pas essayé d’exercer une pression sur les enquêteurs. Des propos rassurants de la part de celui qui, au fil des ans, est devenu une sorte de père de notre petite nation. Jean-Claude Juncker, en affichant devant la Chambre son indulgence envers un collègue et père, ainsi que son soutien infaillible aux agents de police impliqué-e-s, a tenté de ramener le calme dans la vie politique luxembourgeoise.

Cela se comprend. Suite à la diffusion de divers documents internes à la police, il est devenu clair que ni Schmit, ni son fils, ni les agents ne se sont rendu-e-s coupables d’un crime d’Etat. Demander la démission du ministre était de bonne guerre pour l’opposition, mais en l’état actuel de nos connaissances, cela ne se justifiait pas. Dans la mesure où cela permettait au gouvernement de se contenter de refuser cette demande extrême, l’approche du DP et des Verts a finalement été contre-productive. En face, le premier ministre avait cru nécessaire de réunir le gouvernement au grand complet devant la Chambre – alors que d’habitude il est impossible de réunir plus de deux ministres pour des débats autrement plus importants. On ne peut que sourire de ce déploiement de moyens bien plus exagéré que celui des six agents « nécessaires » pour le contrôle d’identité à l’origine de l’affaire.

Cela dit, cette affaire n’est pas sans importance, comme cela est parfois affirmé. Au contraire, elle a été l’occasion de rendre attentive l’opinion publique aux problèmes d’abus de pouvoir, qu’il s’agisse de pouvoir policier lors du volet nocturne de l’affaire, ou de pouvoir politique, lors de son volet diurne. Mieux, cela a constitué une opportunité de désavouer publiquement certains comportements de la part de personnes investies de pouvoirs particuliers.

D’un côté, Nicolas Schmit, en agissant comme un typique parent luxembourgeois, a – dans le meilleur des cas – fait preuve de manque de professionnalisme. Son erreur n’a pas été d’être resté trop longtemps au commissariat, comme l’a expliqué Juncker, mais d’y être allé au départ. Il ne devrait être question, pour un membre de l’exécutif, d’intervenir en personne dans des affaires concernant des proches – c’est une des nombreuses contraintes du métier. Comme dans les affaires de corruption, l’abus de pouvoir est difficile à prouver. C’est pourquoi il convient dans les deux cas de se donner des règles contraignantes qui évitent le moindre soupçon.

De l’autre côté, on oublie un peu vite le comportement des policier-ière-s lors du contrôle d’identité. Des deux côtés il y aurait eu des provocations, puis des insultes. Or, dans une telle situation, ceux qui sont en position de force doivent faire preuve de retenue, voire intervenir pour calmer leurs collègues en train de déraper. Hélas, l’inventaire des dérapages et bavures policiers des années passées montre que l’esprit de corps triomphe la plupart du temps sur l’honneur du métier. Ni la police, ni l’appareil politique et judiciaire n’essaient sérieusement d’endiguer la mentalité du tout permis qui a pour corollaire des comportements xénophobes voire des brutalités disproportionnées ou des abus de pouvoir policiers.

L’affaire Schmit constitue donc une occasion perdue de débattre sur et de limiter les abus de pouvoir. Il est vrai qu’un Luxembourg où les ministres-pères auraient renoncé à la vitamine P, où les policiers-beaufs auraient perdu le soutien de leurs pairs, on ne le reconnaîtrait plus.


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