RÉFUGIÉ-E-S: A la loupe

Comment les réfugiés vivent-ils leur situation au Luxembourg ? Comment se sentent-ils perçus et comment se perçoivent-ils ? Une première étude tente d’éclairer le sujet.

Pour un réfugié, arriver dans un pays d’accueil, c’est un peu comme recommencer sa vie. Et l’on sait à quel point un mauvais départ dans la vie peut avoir des conséquences néfastes à long terme. C’est la réflexion qui domine à la lecture de la toute première étude portant sur la situation des réfugiés (au statut reconnu) au Luxembourg, rédigée par la Caritas en collaboration avec le Cefis (Centre d’étude et de formation interculturelles et sociales). Cette enquête a été menée auprès d’un échantillon de 89 personnes dont 16 sous forme d’entretiens semi-directifs. Et attention : l’étude a été menée auprès de réfugiés dont le statut a été accordé entre les années 2000 et 2009.

Trouver le bon départ, donc. C’est probablement ce qu’il y a de plus difficile. Et ce n’est donc pas pour rien que l’étude propose un certain nombre de pistes et donne des recommandations. Notamment en ce qui concerne les logements. Car si les réfugiés, une fois leur statut accordé, estiment dans leur grande majorité qu’ils sont bien logés, malgré des coûts importants, ils se retrouvent souvent, pendant leur phase d’attente, dans des logements aux coûts tout aussi exorbitants qu’insalubres. Mais la difficulté peut également se faire ressentir au sein des foyers où plusieurs familles doivent cohabiter. En plus du manque d’intimité, des incompréhensions dues à des us et coutumes différents, voire à des personnes issues de régions en conflits peuvent subvenir. Ainsi, l’étude préconise un accueil de qualité avec des logements adaptés et suffisamment de personnel socio-éducatif « pour assurer le suivi et l’encadrement des personnes, que ce soit dans les foyers, dans les logements semi-autonomes ou encore dans les logements privés ».

Un autre écueil particulièrement sensible est l’emploi. Très souvent, et ce dont la population locale ne se rend pas vraiment compte, les réfugiés doivent accepter une dégradation socio-professionnelle, comme c’est le cas d’un témoignage d’un ingénieur qui officie en tant que jardinier. D’autres fois, ils font face à des rythmes de vie particulièrement agités, comme cette autre personne citée dans l’étude, qui travaille en tant qu’homme à tout faire dans un restaurant tout en suivant, dans ses temps libres, des cours de luxembourgeois. Car la langue constitue, au-delà de la méfiance que les réfugiés inspirent à certains employeurs, un autre obstacle à franchir. Selon l’étude, seul un quart des réfugiés ne parlent qu’une des trois langues administratives du pays à leur entrée. Si les diplômés doivent se contenter d’emplois sub-alternes, les sans diplômes ont par conséquent la vie un peu plus dure. Ainsi, l’étude préconise des formations pour adultes basées sur le modèle du CATP (alternance de quatre jours chez l’employeur et une journée au Centre de langues), voire aussi un système de validation des acquis de l’expérience ainsi qu’un système de reconnaissance des diplômes dont ils disposent.

Mais malgré ces difficultés et des ressources financières souvent maigres (seuls dix pour cent d’entre eux gagnent plus de 3.000 euros par mois), la grande majorité des réfugiés se dit satisfaite de la vie qu’elle mène au Luxembourg. C’est une question de relativité de la perception des réalités. Et l’on peut le comprendre : après avoir été contraint de quitter leur pays et après avoir réussi l’épuisant parcours du combattant pour enfin se voir accorder son statut, il est plus facile d’accepter un nouveau départ ; même si c’est à la case zéro.

L’étude peut être téléchargée sur le site caritas.lu


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