BOMMELEEËR: De Kapp am Rondel

Le procès auquel plus personne ne croyait commencera bien la semaine prochaine – sauf si MeVogel réussit à le repousser. Après des décennies de chasse à l’homme, le voile sera enfin levé sur le, ou les, Bommeleeër. Mais veut-on vraiment savoir ?

Quelques jours avant le début du procès du siècle, la presse semble prise par une fièvre contagieuse. La maladie : vendre du papier – ou des clics sur internet – avec du réchauffé, du presque nouveau et peut-être même l’un ou l’autre scoop. En tout cas, si l’ancien sous-officier dégotté par RTL dit vrai et que l’armée luxembourgeoise a bien participé à des manoeuvres « Stay Behind », certaines personnes, comme l’ancien premier ministre Jacques Santer, devraient passer un mauvais quart d’heure lors de leur témoignage. Mais en général, la frénésie Bommeleeër n’est rien d’autre qu’un rituel auquel les Luxembourgeois adorent s’adonner à intervalles irréguliers – chaque fois qu’une rédaction croit avoir le scoop du siècle. Certes, la thèse du réseau « Stay Behind » réapparue ce jeudi est tout à fait plausible, n’empêche qu’elle est tout sauf nouvelle.

De toute façon, le contenu du procès lui-même, où deux ex-gendarmes sont accusés d’avoir agi seuls pour commettre la vingtaine d’attentats entre 1984 et 1986, est ridicule. Les avocats des deux hommes n’en finissent pas de faire comprendre qu’ils visent plus haut : le réseau « Stay Behind », l’Otan, peut-être le Srel mais surtout l’Etat luxembourgeois. Un Etat qui déjà par l’actualité de l’enquête sur le Srel ne dévoile qu’une chose : sa crainte de la transparence. Gageons donc que le procès qui nous attend sera surtout un jeu du chat et de la souris – amusant à voir, mais sans grand résultat – sauf si vraiment l’Etat était prêt à se mettre en question.

Mais il y a un autre aspect intéressant à l’affaire Bommeleeër. Soyons fous : dans l’hypothèse où le procès nommait les vrais coupables et levait le voile sur la question « Who stood behind ?», tout disparaîtrait à tout jamais. C’est la dimension culturelle de l’affaire. Depuis la fin des attentats, spéculer sur le Bommeleeër est devenu une sorte de sport national, bien au-delà des rédactions. Que de dimanches après-midi passés en famille ou avec des amis en échafaudant des théories folles et absurdes sur le Bommeleeër !

Et il est tout à fait naturel que ce phénomène ait trouvé son entrée dans le monde artistique : en 1988 déjà, deux ans après la vague d’attentats, Lucien Czuga et Roger Leiner immortalisaient le Bommeleeër dans leur BD « De Superjhemp géint de Bommeleeër ». Les auteurs Josy Braun (« Bommenteppech », 2004) et Tullio Forgiarini (« La énième mort d’Ernesto Guevara de la Serna, dit le Che », 2007) le faisaient entrer dans la littérature, et en 2005, l’artiste Stina Fisch lui consacrait également un « pixie book » – livre pour enfants – qui ridiculisait savamment toute l’affaire.

Peu étonnant donc que maintenant, peu avant le procès, l’artiste Jerry Frantz lance une action artistique participative au sujet du Bommeleeër, dont le woxx se fait le complice. Il suffit juste de découper le flyer en haut de cet article – que l’on pourra aussi trouver sur la voie publique à partir de ce weekend – d’y coller la tête de qui vous pensez être le Bommeleeër et de l’envoyer à l’adresse : Bommeleeër B.P. 345 L-2013 Luxembourg. Donc, si jamais nous en venions à apprendre qui fit réellement trembler le pays il y a presque 30 ans, il n’y a pas de meilleure façon de dire adieu à notre mythe national.


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