BOURSES ÉTUDIANTES: Galère continue

von | 12.07.2013

Une fois de plus, l’arrogance politique fera payer le prix fort aux étudiant-e-s. Une réforme bâclée pour une loi bâclée ne témoigne pas vraiment de professionnalisme.

Pour les étudiants, l’argent ne pousse pas sur les arbres.

Le font-ils exprès ? C’est la question qu’on a pu se poser en lisant l’ordre du jour des dernières sessions de la Chambre des députés – juste avant la démission du gouvernement. Faire passer en vitesse une loi juste pour se conformer au jugement de la Cour de justice de l’Union euroéenne, sans penser aux conséquences d’un tel acte, est en effet osé, voire irréfléchi. Car voilà, si l’ancien ministre des Etudes supérieures, François Biltgen, a préféré prendre le risque d’aller droit dans le mur en introduisant la clause de résidence pour les demandeurs de bourses étudiantes, rien n’obligeait sa successeure, Martine Hansen, à faire preuve du même entêtement.

Une distribution correcte de la manne financière des bourses est certes un casse-tête sans pareil. Il faut tenir compte non seulement du niveau de vie au Luxembourg, mais aussi en Grande Région, et en plus considérer les régimes d’aides spécifiques aux trois pays voisins. Avec éventuellement à la clef un système très compliqué mais néanmoins équitable. Cela impliquerait certes une bureaucratie accrue et des démarches – encore plus – longues pour obtenir une bourse étudiante. Pourtant, cela est et reste préférable à un système qui risque de se casser la figure en justice tous les deux ou trois ans.

Un système équitable est difficile à mettre en place.

Le nouveau système, s’il prend acte du jugement de la Cour européenne, est aussi source de nouvelles inégalités qui pourraient conduire des exclus du système à redemander justice, comme l’estiment l’OGBL et l’Unel, qui viennent de se concerter à ce sujet. Les syndicalistes et les étudiants voient deux problèmes majeurs : primo, la condition qui stipule qu’au moins un des parents du demandeur de bourse ait travaillé au moins cinq ans au Luxembourg. Cela exclut d’office les étudiants dont les parents sont déjà à la retraite, ou qui auraient dû interrompre leur carrière à cause d’un licenciement. Cela est d’autant plus incompréhensible qu’en matière d’accès à la nationalité, l’ex-ministre Biltgen avait déjà supprimé une clause similaire, en rendant possible la naturalisation même si les cinq années de résidence ne se sont pas faites d’un seul coup. Alors, pourquoi ne pas envisager une approche similaire pour l’accès aux bourses ?

Et secundo : le non-cumul des aides luxembourgeoises avec les aides reçues dans d’autres Etats. Celui-ci pourrait toucher en première ligne les étudiants luxembourgeois. Difficilement vérifiable pour les non-résidents, le non-cumul est une condition sine qua non pour les étudiants luxembourgeois. Qui pourraient néanmoins profiter dans certains pays d’allocations locales, comme celles de la Caisse d’allocations familiales (Caf) en France. Mais ce serait seulement à conseiller en étant certain que le gouvernement luxembourgeois ne mette pas son nez dedans – il pourrait peut-être même aller jusqu’à sucrer ses bourses aux étudiants.

On peut se demander ce qui a poussé Martine Hansen à réagir à la hâte – son fauteuil de directrice du Lycée technique agricole lui est toujours réservé en cas de non-réélection. Et si elle était réélue, elle aurait aussi bien pu mener une large consultation – demandée non seulement par l’Unel et l’OGBL, mais aussi par la Ligue des droits de l’homme comme par la Chambre des salariés. En tout cas, sa carrière politique n’a pas commencé sous les meilleurs auspices.

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