INFLATION ET INDEXATION: Guerre des tranches

Le patronat persiste et signe : même si l’inflation est faible, il faut abolir l’indexation des salaires. Une manière de se mettre à dos tout le monde, et de montrer que sa capacité d’analyse est limitée par l’horizon du profit à court terme.

Un peu de tendresse dans le monde des brutes, ce ne sera pas pour 2014. Un armistice entre patronat et syndicats, c’est ce qu’espérait le gouvernement pour reprendre son souffle, après s’être cogné contre des dossiers comme l’éducation aux valeurs ou le TTIP. Xavier Bettel avait donc déclaré que, au vu du faible taux d’inflation, Gambia n’allait pas légiférer en matière d’indexation des salaires – ce qui revient à réintroduire intégralement l’« index ». L’OGBL avait effectivement salué cela comme un « signe positif » du pragmatisme gouvernemental. Mais le syndicat feint d’ignorer que les trois partis restent d’accord pour ne pas accorder plus d’une tranche d’indexation par an – une manoeuvre tactique afin de ne pas pousser le gouvernement dans le camp patronal.

Or, la perspective de donner l’impression qu’il y avait consensus sur le sujet de l’index a conduit l’Union des entreprises luxembourgeoises à convoquer une conférence de presse afin d’apporter une clarification. Mercredi, les représentants patronaux ont expliqué que le maintien de l’indexation des salaires, couplé à la hausse de la TVA, menaçait gravement la compétitivité économique. Le ton était hostile. D’après Paperjam, Jean-Jacques Rommes de l’UEL a essayé de démonter l’argumentation du ministre de l’Economie, qui avait affirmé que l’indexation n’inquiétait pas les investisseurs : « Monsieur Schneider cite les chefs d’entreprise qui l’arrangent, nous citons ceux que nous représentons. »

Le libéralisme au service de qui ?

L’UEL risque cependant de donner l’impression de ne pas savoir ce qu’elle veut. Certes, elle appelle depuis des années à une « désindexation » de l’économie, mais elle s’est surtout plainte de l’instabilité que provoquait la succession rapide des tranches d’indexation quand l’inflation était élevée. Mais au lieu de se montrer partiellement satisfaite, l’organisation patronale tente de dramatiser la situation en sortant de sa calculette un taux d’inflation cumulé sur dix ans. Non pas pour demander au gouvernement de combattre l’inflation, mais pour lui suggérer de supprimer une, voire toutes les tranches d’index à venir. Après les manipulations des années précédentes au profit des entreprises, ces dernières apparaissent comme insatiables.

Quant à la hausse de la TVA, critiquée à l’origine par l’OGBL comme impôt injuste, elle semble désormais être acceptée dans la mesure où elle sera compensée par une prochaine tranche d’index. L’UEL par contre semble avoir découvert les désavantages de cet impôt et le compte parmi les « couleuvres » qu’elle aurait dû avaler avec le nouveau gouvernement. Cependant, les patrons semblent à court d’idées quand il s’agit de proposer des alternatives – on les voit mal en effet soutenir l’idée d’un impôt sur les salaires élevés ou les grandes fortunes.

De toute façon, la crise financière et économique n’a pas changé la vision du monde qu’on cultive du côté patronal. Ainsi, le directeur de la Chambre de commerce Carlo Thelen publie sur son blog une apologie du traité transatlantique TTIP. Prévisions de croissance mirobolantes, promesses d’avantages pour les consommateurs, invalidation sommaire des critiques – cela nous rappelle les mensonges libéraux du passé, notamment ceux accompagnant l’introduction de l’euro. Sauf que, dépourvu de toute structure politique démocratiquement légitimée, une zone de libre-échange transatlantique représenterait un véritable cauchemar.

Ce qui est inquiétant, c’est que le gouvernement – raisonnable, car pragmatique en matière d’index – endosse ce type de discours libéral sur d’autres sujets dont, bien sûr, le TTIP. Ainsi, au-delà des circonstances tactiques, favorables en ce moment aux syndicats face à un patronat malhabile, il y a un décalage énorme entre d’une part les citoyens qui ressentent la crise de légitimité de l’idéologie libérale et d’autre part les puissants – patronat et élite politique – qui adhèrent à cette même idéologie, comme si la crise n’avait pas eu lieu.


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