SYRIE / KURDISTAN: Ville sacrifiée

Entre les attaques sanglantes des djihadistes, le blocage de la Turquie et l’indifférence de la communauté internationale, la population de Kobanê résiste jusqu’au bout.

La ville de Kobanê, située à la frontière entre la Syrie et la Turquie, est, depuis quelques semaines déjà, le terrain des affrontements sanglants entre les djihadistes de Daesh, qui avancent dans la ville, et les forces kurdes qui la défendent. Le dos au mur, attaqués de trois côtés, les guérilleros et guérilleras de l’YPG, branche armée syrienne du PKK, résistent aux attaques des djihadistes, plus nombreux et mieux armés. Alors que l’Occident a livré des armes aux Peshmerga irakiens, les combattants de l’YPG ne disposent, pour la plupart, que de vieux fusils d’assaut. Les frappes aériennes des Etats-Unis contre Daesh ne soulagent que très peu les défenseurs de Kobanê.

L’armée turque bloque l’accès à la ville pour les renforts du PKK venus du Kurdistan turc, ainsi que le reflux de réfugiés fuyant la Syrie. Abdullah Öcalan, leader kurde emprisonné, a annoncé la fin du processus de paix entre le PKK et la Turquie si cette dernière n’arrête pas de soutenir et de financer l’« Etat islamique ». Dans toutes les villes du Kurdistan du Nord (Turquie), on assiste aux débuts d’un « Serhildan » – une révolte populaire -, avec un déferlement de violence sans pareille et plus de 20 morts à ce jour.

« Le Rojava constitue bel et bien une alternative, tant à l’impérialisme occidental qu’au fondamentalisme djihadiste. »

Soyons bien clairs : si Daesh est aussi fort aujourd’hui, s’il a pu conquérir une grande partie des territoires irakiens et syriens en peu de temps, c’est avant tout la conséquence directe de l’intervention américaine en Irak. Une intervention qui a semé le chaos dans la région et qui n’a en rien amélioré la condition des Irakiens – comme des millions de personnes l’avaient prédit en 2003, d’ailleurs.

Si les Etats-nations au Proche-Orient sont en train de se dissoudre sous les coups de guerres interconfessionnelles, cela est dû, en grande partie, à une répartition territoriale arbitraire et à des frontières artificielles, imposées par les puissances colonisatrices, dont le but était toujours d’assujettir la région au profit des économies occidentales.

Si nous assistons aujourd’hui au départ de centaines de jeunes musulmans pour faire le djihad en Syrie, cela est aussi le produit d’un racisme antimusulman institutionnalisé en Occident, de l’exclusion sociale que subissent les fils et filles d’immigrés en Europe, du manque de perspectives dont est victime toute une génération.

Néanmoins, Daesh doit être vu comme ce qu’il est : une organisation réactionnaire, terroriste et potentiellement génocidaire, qu’il faut freiner dans son ascension au pouvoir et dans son élan meurtrier. Pourtant, toute intervention militaire occidentale ne peut qu’empirer les choses. Mais que faire alors ?

Peut-être serait-il enfin temps de se tourner vers une des dernières forces démocratiques et progressistes de la région – les Kurdes. Depuis le début de l’insurrection contre le régime de Bachar Al-Assad, nous avons assisté, au Kurdistan syrien (Rojava), à la construction d’une région autonome, basée sur la démocratie participative, la protection des minorités et l’égalité des sexes. Si aujourd’hui Daesh a pris cette région pour cible, si la Turquie et ses alliés semblent vouloir la sacrifier, ce n’est pas pour rien : le Rojava constitue bel et bien une alternative, tant à l’impérialisme occidental qu’au fondamentalisme djihadiste.

Les forces kurdes ne demandent ni une invasion de troupes au sol, ni même des bombardements américains. Ils demandent que la Turquie cesse de laisser circuler librement les combattants de Daesh sur son territoire. Ils demandent l’installation d’un corridor afin de garantir l’afflux de renforts et d’armes et la fin du financement direct ou indirect de l’« Etat islamique » par la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Ils demandent enfin à l’Occident d’exercer une pression sur ces pays.


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