Législation Covid-19 : En attendant le texte complet

von | 09.12.2021

La loi sur l’obligation du rĂ©gime « 3G » sur le lieu de travail n’est toujours pas connue dans ses dĂ©tails. Il faut se poser la question de savoir si le lĂ©gislateur sera Ă  mĂȘme de l’adopter en temps utile.

Lors de la confĂ©rence de presse du 3 dĂ©cembre, un « compromis » avec les partenaires sociaux sur le « 3G » au travail a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©. ‹Mais sa traduction dans un texte lĂ©gal fait toujours dĂ©faut. (Photo : woxx/rg)

Opposition formelle ou pas ? C’est la question que se posent les dĂ©putĂ©-es‹ chaque fois que le Conseil d’État (CE) rend son avis sur un projet de loi. L’arme redoutable de l’opposition formelle ne s’applique gĂ©nĂ©ralement pas Ă  un texte entier, mais le CE peut remettre en question des formulations de dĂ©tails ou des passages plus importants, tout en jugeant un projet de loi globalement justifiĂ©.

En temps normal, une opposition de ce type peut se rĂ©soudre par un amendement. Celui-ci est soumis Ă  un avis complĂ©mentaire du CE, qui doit alors exprimer son Ă©ventuelle satisfaction. Si tel est le cas, la commission peut adopter son rapport sur la loi, qui sera ensuite soumise en premiĂšre lecture Ă  la plĂ©niĂšre du parlement. La Chambre propose alors en gĂ©nĂ©ral d’accorder la dispense de la fameuse deuxiĂšme lecture du projet de loi prĂ©vue par la Constitution, au plus tĂŽt trois mois plus tard, et le CE est priĂ© d’en faire autant. Ce qu’il fait en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, Ă  moins qu’une des oppositions formelles publiĂ©es prĂ©alablement n’ait pas Ă©tĂ© levĂ©e de façon satisfaisante.

Pour un projet de loi normal, qui met parfois des annĂ©es Ă  ĂȘtre finalisĂ©, trois mois sont dĂ©risoires, et si les deux institutions ne s’entendent pas sur un texte de loi, le vote de la Chambre en deuxiĂšme lecture prĂ©vaut. Le CE ne peut donc que retarder la mise en application d’une loi.

Mais si un projet de loi s’inscrit dans un contexte d’urgence, comme les lois anticovid Ă©laborĂ©es ces deux derniĂšres annĂ©es, le dĂ©lai de trois mois peut s’avĂ©rer fatidique. Le parlement et le CE doivent donc trouver un terrain d’entente pour Ă©viter toute perte de temps − et trois mois, en pĂ©riode de pandĂ©mie, peuvent le cas Ă©chĂ©ant se compter en nombre de morts supplĂ©mentaires.

Il Ă©tait donc tout Ă  fait important de savoir comment allait se positionner le CE au sujet de la derniĂšre mouture de la loi anticovid dĂ©posĂ©e pas plus tard que samedi dernier par le gouvernement, un projet de loi qui devrait donc introduire la rĂšgle du « 3G » obligatoire dans les entreprises – contrairement aux dispositions en vigueur, qui laissent Ă  l’employeur le choix du rĂ©gime de protection qu’il prĂ©conise Ă  l’intĂ©rieur de son entreprise.

Or, le projet de loi 7924 dĂ©posĂ© samedi dernier ne comporte justement pas ces dispositions, alors qu’elles Ă©taient prĂ©sentĂ©es la veille lors d’une confĂ©rence de presse du ministre du Travail, Dan Kersch (LSAP), et du ministre de la Fonction publique, Marc Hansen (DP), en prĂ©sence des prĂ©sident-es des trois syndicats nationaux reprĂ©sentatifs et de l’Union des entreprises luxembourgeoises. Il s’agit ainsi d’un texte partiel, qui ne concerne que la prolongation du rĂ©gime Covid-Check actuel au-delĂ  du 18 dĂ©cembre, date Ă  laquelle les dispositions actuellement en vigueur viennent Ă  terme. Le texte dĂ©posĂ© touche aussi Ă  d’autres lois et apporte des changements comme le raccourcissement de la durĂ©e de validitĂ© des diffĂ©rents tests – les tests PCR n’étant plus valables que 48 heures et les tests antigĂ©niques 24 heures.

Mais l’innovation annoncĂ©e vendredi n’y est pas encore. L’avis du CE rendu mercredi, qui retient « que le rĂ©gime Covid-Check ne constitue pas une ingĂ©rence disproportionnĂ©e dans les libertĂ©s individuelles », a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© par certains mĂ©dias comme un blanc-seing du CE envers la volontĂ© du lĂ©gislateur d’introduire le rĂ©gime « 3G » obligatoire sur le lieu de travail.

Toujours pas de détails pour le monde du travail

Les membres du CE ne se sont mĂȘme pas prĂ©occupĂ©-es de cette question et sont restĂ©-es collĂ©-es au texte qui leur avait Ă©tĂ© soumis au cours du weekend. D’ailleurs, dans la suite de leur raisonnement citĂ© ci-dessus, ils et elles Ă©crivent : « notamment en ce que l’intrusion dans la sphĂšre privĂ©e se limite Ă  conditionner l’accĂšs Ă  des activitĂ©s de loisir, donc ni essentielles ni appartenant Ă  la sphĂšre des droits fondamentaux ». Ce bout de phrase pourrait aussi signifier que l’application obligatoire du rĂ©gime « 3G » sur le lieu de travail – donc en dehors de la sphĂšre des « loisirs » − nĂ©cessiterait une rĂ©flexion beaucoup plus poussĂ©e


La partie n’est donc que remise, alors que mĂȘme le texte partiel se voit frappĂ© d’une opposition formelle – non pas sur les questions de « 2G » ou « 3G », mais sur une autre disposition qui concerne la possibilitĂ© de permettre dans des cas spĂ©cifiques l’usage de mĂ©dicaments ou de traitements qui n’auraient pas encore obtenu les autorisations usuelles. La rĂ©union de la commission de la SantĂ© et des Sports, en charge du projet de loi 7924, est convoquĂ©e pour ce vendredi 15h30 pour dĂ©signer un rapporteur – sans doute son prĂ©sident Mars Di Bartolomeo (LSAP) – et pour Ă©ventuellement prendre connaissance du texte beaucoup plus conflictuel sur le rĂ©gime « 3G » obligatoire sur le lieu de travail – si le gouvernement rĂ©ussit Ă  finaliser son texte sous forme d’amendements Ă  proposer Ă  la commission. (1)

Le texte ainsi amendĂ© repartira donc en dĂ©but de semaine en direction du CE, qui n’aura que trĂšs peu de temps pour analyser ces nouvelles dispositions que la majoritĂ© parlementaire espĂšre pouvoir soumettre au vote de la Chambre des dĂ©putĂ©-es au plus tard jeudi
 c’est-Ă -dire deux jours avant que les dispositions actuelles prennent fin. Un pari risqué : si le CE trouve la moindre faille dans le texte, celui-ci ne serait alors pas disponible en temps utile. À moins d’inscrire les dispositions sur le rĂ©gime « 3G » sur le lieu de travail dans un texte Ă  part votĂ© en janvier, qui laisserait le monde du travail encore une fois dans le flou sur les dĂ©tails alors qu’on voulait, comme l’indique l’exposĂ© des motifs, lui laisser le temps de se prĂ©parer.

(1) Les amendements gouvernementaux ont finalement Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s en fin de soirĂ©e du 9 dĂ©cembre 2021, et peuvent ĂȘtre consultĂ©s sur le site de la Chambre des dĂ©putĂ©-es.

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