Mohammed Zanboa : « Belval est un non-lieu »

von | 02.04.2026

Un regard photographique sur celleux qui entretiennent les façades : dans une nouvelle série, l’architecte et chercheur Mohammed Zanboa met en lumière le travail incessant des équipes de nettoyage et la stérilité du quartier Belval.

Portrait d’un homme sur fonds jaune, cheveux foncés et souriant, le visage tourné vers l’appareil photographique.

Le travail de l’architecte et chercheur Mohammed Zanboa met en lumière les endroits méconnues et invisibilisées. (Copyright : Romain Gamba)

woxx : Votre travail se caractérise par des projets fondés sur la recherche. D’où vous vient cette approche ?

Mohammed Zanboa : Après mes études à Damas, j’ai travaillé pendant quelque temps dans un cabinet d’architecture que j’avais fondé avec des amis. Nous concevions de grands immeubles – c’était une période où une vaste étendue de terres agricoles était en train d’être urbanisée pour faire place à des projets immobiliers. Cela me dérangeait profondément, mais notre cabinet a tout de même participé au projet et conçu l’un des bâtiments pour ce nouveau quartier. Ce n’est qu’après, lorsque j’ai travaillé avec IW-Lab sur un projet consacré à la justice spatiale, que j’ai compris comment la recherche pouvait nous aider à cartographier la gentrification et à dénoncer la cupidité des promoteurs immobiliers. En tant qu’architectes, les bâtiments que l’on conçoit ont un impact sur les personnes qui y vivent, mais en tant que chercheurs, notre travail peut avoir des répercussions sur une partie plus grande de la population.

Vous êtes également connu pour vos travaux photographiques et vidéo. Quelle place occupe l’appareil photo dans vos recherches ?

Je vois la photographie comme un moyen pour mener mes recherches. Il s’agit d’un outil que j’utilise depuis que j’ai commencé à travailler en Syrie. Mais ce n’est qu’une fois arrivé au Luxembourg que j’ai pu participer à des expositions photographiques. J’ai aussi été encouragé par le photographe Christian Aschman, et j’ai eu l’occasion de présenter « After Arrival », un travail qui constituait en fait la partie photographique de mon mémoire de master.

S’ensuit « Municipality 101 », projet entamé lors de vos études d’architecture, qui envisage les quelque 8.000 résident·es des centres d’accueil et d’asile comme une « nouvelle municipalité » au sein du pays, afin de mettre en avant leur rôle actif dans la société.

Lorsque j’ai commencé à mener des recherches au Luxembourg et à travailler sur « Municipality 101 », j’ai pris conscience de l’importance d’aborder les habitants des centres d’accueil par le biais de la recherche, plutôt que de rester assis dans un bureau à concevoir des bâtiments. Il existe un centre d’accueil au Kirchberg, appelé Bâtiment T, qui à lui seul accueille plus d’habitants que la commune luxembourgeoise de Saeul – jusqu’à 1.200 au total. Le simple fait de mettre en avant de tels chiffres permet au public de mieux comprendre la question de la représentation et de l’intégration. C’est aussi pourquoi le symbole de la 101e municipalité est un drapeau sur lequel figurent plusieurs lits disposés en cercle : c’est ainsi que l’État perçoit les réfugiés – on leur donne le strict minimum, un endroit où dormir et un toit au-dessus de leur tête, mais rien de plus.

Il n’est pas facile d’accéder à ces structures, même en tant qu’ONG travaillant avec des personnes réfugiées. Comment s’est déroulée votre recherche ?

Au début de mon projet, j’ai essayé de mener mes recherches de manière « officielle », c’est-à-dire en contactant les autorités, puis en discutant avec l’Office national de l’accueil et des organisations comme la Croix-Rouge. Mais comme je recevais très peu d’aide de leur part – voire aucune réponse –, j’ai commencé à parler avec les personnes qui vivaient dans les structures. Petit à petit, la recherche a pris de l’ampleur. Il m’est arrivé à deux reprises de photographier une structure et de voir arriver un agent de sécurité qui m’a menacé d’appeler la police si je ne supprimais pas mes photos.

« Avec Municipality 101, j’avais l’impression de pouvoir mettre en lumière une situation que personne d’autre ne pouvait aborder. »

Cinq personnes dans un bâtiment éclairé, des fenêtres au fond, des tapis sur le sol. Ils participent à un atelier, les personnnes parlent entre elles et une est assise à un table, en dessinant ou écrivant sur un papier.

Atelier autour du projet « Municipality 101 » organisé par Mohammed Zanboa et l’artiste Jan Rothuizen, les 21 et 22 mars derniers, au Festival des migrations à LuxExpo. (Copyright : Mohammed Zanboa)

Qu’est-ce qui vous a poussé à mener des recherches sur les centres d’accueil ?

Je me sens très privilégié. Contrairement à beaucoup d’autres Syriens, je n’ai pas dû venir au Luxembourg en tant que réfugié, mais j’ai pu venir en tant qu’étudiant. Peu à peu, en visitant différents centres d’accueil et en faisant connaissance avec beaucoup de résidents, j’ai commencé à me sentir comme un « insider » dans le pays. J’avais l’impression de pouvoir mettre en lumière une situation que personne d’autre ne pouvait aborder : je parle la même langue, je comprends la culture et la mentalité de nombreuses personnes dans ces structures. Cela m’a aidé à persévérer. Puis, j’aime discuter avec les gens et j’ai senti que ma curiosité et mon intérêt étaient bien accueillis. Il y a deux niveaux d’engagement : les personnes qui sont encore en cours de procédure de demande d’asile ont souvent peur de partager beaucoup d’informations, contrairement à celles qui ont déjà obtenu un statut. Nous avons eu l’occasion d’exposer le projet final et d’organiser une table ronde, à laquelle des réfugiés ont également participé. Cela a été l’occasion pour eux de faire partie des discussions en tant qu’affectés et de parler de leurs conditions de vie.

Les 21 et 22 mars derniers, vous avez pu présenter « Municipality 101 » au Festival des migrations à LuxExpo, dans l’espoir d’inciter davantage de personnes à participer au projet. Comment le public a-t-il réagi ?

Jusqu’à présent, la plupart des réactions sont venues des milieux universitaires et artistiques. C’est pourquoi le Festival des migrations était l’occasion de toucher un public plus large. En plus, LuxExpo se trouve juste à côté d’un centre d’accueil de l’ONA, nous étions donc pour ainsi dire voisins. En collaboration avec l’artiste et illustrateur néerlandais Jan Rothuizen, nous avons organisé un atelier, pour que les visiteurs réfléchissent et partagent leur vision de ce que pourrait être la Municipalité 101 et ce qu’un chez-soi signifie pour eux, puis qu’ils s’inscrivent à une liste de diffusion pour poursuivre le travail, ce qu’on appelle une « déclaration citoyenne ». Il s’agit d’une approche participative, et notre stand au festival a remporté un franc succès. Plus de 45 personnes se sont inscrites, et nous comptons désormais un total de 98 citoyens de la Municipalité 101, dont 20 sont des réfugiés.

Quelles mesures concrètes espérez-vous voir émerger de ce projet ?

Souvent, le projet est perçu comme une initiative politique, alors qu’il s’agit surtout d’une incitation à participer. Idéalement, les participants collaboreraient avec les cent autres communes au Luxembourg afin de mieux représenter, à l’échelle nationale, les plus de 70 centres d’accueil, leurs résidents et leurs difficultés. Les deux tiers des communes du pays n’accueillent aucun centre d’accueil. Le projet est un moyen de les impliquer toutes. L’objectif n’est pas de devenir la « commune des réfugiés », loin de là. Il s’agit plutôt de mettre en lumière l’existence de ceux-ci au sein de la société et de favoriser leur intégration dans d’autres communes. Pour ce faire, nous changeons de perspective et montrons qu’une personne réfugiée contribue activement à la société et en fait partie intégrante.

« À Belval, les traces de la présence humaine et des interactions s’effacent, créant un environnement très stérile. »

En ce mois d’avril, vous présentez un nouveau projet intitulé « Radical Care », consacré aux bâtiments de Belval. D’où vous est venue cette idée ?

Le point de départ a été le projet « All We Need », un documentaire que j’avais créé avec l’architecte Artūras Čertovas lors de nos études et qui explorait le quartier nouvellement construit de Belval, sa vie quotidienne et sa gouvernance. J’ai passé beaucoup de temps dans le quartier, je m’y rends encore, et, petit à petit, on remarque des moments un peu étranges. Ce qui a surtout retenu mon attention, c’est l’entretien des bâtiments : les équipes de nettoyage doivent utiliser des brosses et des balais vraiment minuscules qui, face à l’échelle de grandeur des bâtiments, créent des images surréalistes. Les nouvelles photographies sont le fruit des trois dernières années et ont toutes été prises à des moments différents.

Que voulez-vous raconter avec la série ?

Ce projet illustre le travail quotidien qui permet de préserver l’apparence soigneusement entretenue de Belval. Ces efforts contribuent à maintenir l’image d’un quartier urbain moderne, alors même que la réalité vécue par les étudiants est ignorée. En tant qu’étudiants, nous n’avions pas le droit de faire grand-chose, parce que la vie sur le campus est très réglementée : qu’il s’agisse d’accrocher une affiche ou de pratiquer des activités de plein air. Quant aux nettoyeurs, il existe également une différence de genre évidente : les femmes de ménage s’occupent du bâtiment de l’intérieur, tandis que les hommes s’occupent des façades de l’extérieur. « Radical Care » rend compte de ces gestes de soin et des tensions qui les sous-tendent. En observant ces processus routiniers, l’œuvre révèle la fragilité cachée des infrastructures de Belval et s’interroge sur ce qui est réellement préservé.

Selon vous, quel est l’impact de ce type d’architecture sur les personnes qui fréquentent ce quartier ou y travaillent ?

Pour moi, Belval est un « non-lieu ». De nombreux bâtiments ressemblent à des aéroports, dans le sens où il y a des numéros partout pour s’orienter. Le campus est conçu pour servir d’espace de transit : on y fait ce qu’on a à faire, puis on repart. Si l’on reste travailler tard dans la nuit – ce que nous, les étudiants en architecture, avions l’habitude de faire très souvent ! –, il faut se rendre chaque soir au poste de sécurité pour récupérer les clés. Les bâtiments sont également très hiérarchisés. On n’a jamais l’impression que l’espace est à nous, et il est difficile de tisser des liens avec les autres. Comme tout est très réglementé, les traces de la présence humaine et des interactions s’effacent, ce qui crée un environnement très stérile. D’un point de vue d’architecte, je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de représenter une université.

Mohammed Zanboa est un chercheur, architecte et photographe originaire de Syrie, pays qu’il a quitté en 2021. Après quelques années travaillant en tant qu’architecte et de chercheur, ainsi qu’un master au Luxembourg, il crée « Municipality 101 », un projet portant sur la participation démocratique et sociale des personnes réfugiées résidant dans les structures d’accueil de l’Office national de l’accueil. Son court métrage documentaire sur les conditions de vie dans ces structures, intitulé « After Arrival », sera présenté le 26 juin aux Rotondes. Plus d’informations : www.municipality101.lu et sur Instagram : @mohammedzanboa

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