Pesticides : La santé de tous·tes menacée

von | 22.10.2026

Invités à une conférence du Mouvement écologique, des agriculteurs touchés par des maladies chroniques témoignent des dangers liés aux pesticides chimiques, alors que l’UE s’apprête à adopter une loi pour prolonger les autorisations de certaines substances.

Un champ est traité aux pesticides.

Depuis plusieurs années, les maladies chroniques liées à l’utilisation de pesticides augmentent, dénonce l’association « Les Mutuelles pour la santé planétaire ». (Photo : USEPA Photo by Eric Vanc. National Archives at College Park – Still Pictures, Public domain, via Wikimedia Commons)

En 2015, José Nadan trébuche sur le seuil d’une porte, puis d’une autre. Par moments, son bras gauche commence à trembler. En 1988, le paysagiste d’une soixantaine d’années a créé une entreprise, qui emploie aujourd’hui une vingtaine de salarié·es. Or, ce n’est pas le seul héritage que lui ont laissé des décennies à travailler la terre. Trois mois après ces premiers symptômes, le verdict d’un neurologue tombe : José Nadan est atteint de la maladie de Parkinson. Il a alors 53 ans. « Dix ans après, je fais ce que je peux, je suis à la retraite. Je gère la maladie, mais je suis en colère », explique-t-il ce 14 octobre lors d’une conférence de presse du Mouvement écologique (Méco).

Invitées par l’ONG luxembourgeoise, une quinzaine de personnes sont présentes. Toutes ont vu leur vie bouleversée par les effets nocifs des pesticides chimiques. Elles font partie de l’« Odyssée pour notre santé », un cortège cycliste de l’association « Les Mutuelles pour la santé planétaire », qui soutient les personnes affectées. Car depuis plusieurs années, les maladies chroniques augmentent et mettent sous tension les systèmes de soin. En France, six maladies au total sont reconnues comme professionnelles et liées à l’utilisation des pesticides. « Il s’agit du seul pays au monde à le faire », souligne Martin Rieussec-Fournier, président des mutuelles associées dans ce projet.

Au Luxembourg, plusieurs études documentent la persistance de plusieurs pesticides dans nos aliments, dans nos corps et dans l’environnement. Des résidus ont notamment été trouvés dans des pommes et dans du pollen récolté par des abeilles, rappelle Roger Dammé, du Méco. « La pollution est dorénavant systématique, où que l’on habite », critique la présidente du mouvement, Blanche Weber. Le risque est accru lors de l’utilisation directe des substances. Port du masque, de gants… la notion d’un « bon usage » qui protégerait complètement les travailleur·euses agricoles est un mythe, dénoncent les invité·es du Méco ce mercredi. « En tant que salarié, j’ai respecté toutes les normes, mais les tenues ne te protègent pas forcément », dit Denis Benoît. À 59 ans, les docteurs lui diagnostiquent un cancer de la prostate, après des décennies à travailler dans l’agriculture et dans l’apiculture.

Assis à ses côtés, Daniel Bodénès, agriculteur breton, est lui aussi touché par un cancer de la prostate. « J’ai des collègues qui sont si malades qu’ils n’arrivent plus à sortir de chez eux », témoigne celui qui a passé toute une vie à travailler les champs de pommes de terre. Début octobre, un ami affecté est décédé. « Les pesticides sont une épée de Damoclès qui plane sur toutes nos têtes », même en changeant de profession, souligne Denis Benoît. « L’État doit protéger sa population, et pas les lobbys industriels », lance-t-il encore.

Au niveau européen, les États membres de l’UE s’apprêtent à adopter l’Omnibus X, un projet de directive vivement critiqué depuis sa présentation en décembre 2025. Alors que la proposition de la Commission visait encore des autorisations illimitées – ce qui « transférerait la responsabilité de l’identification des risques potentiels de l’industrie vers les autorités publiques et, en définitive, vers les contribuables », dénonçait ainsi l’association Meng Landwirtschaft –, la version actuelle prévoit d’allonger les périodes d’approbation pour les substances chimiques actives de synthèse à 15, voire 25 ans, « sous réserve de certaines exceptions », communique le ministère de l’Agriculture au woxx. Reste à voir si le compromis négocié trouve une majorité : « La présidence du Conseil entamera les négociations avec le Parlement européen dès que celui-ci aura adopté sa position, a priori en novembre », avance le ministère.

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