Aide à la presse : Tous pareils ?

Depuis mardi, la Chambre des député-e-s se penche sur le projet qui doit réformer les subventions que l’État accorde à la presse écrite.

Dans une interview accordée à paperjam.lu deux jours avant que le projet de loi « relatif à un régime d’aides en faveur du journalisme professionnel et abrogeant la loi modifiée du 3 août 1998 sur la promotion de la presse écrite » soit instruit une première fois par la commission de la Digitalisation, des Médias et des Communications, l’instigateur de la loi, Xavier Bettel (DP), explique ce qui ne lui plaît pas dans l’actuel régime : la législation, qui existe depuis 1976, « était ‘tout papier’ » et « avant, la planche à papier était aussi une planche à billets : plus j’imprimais, plus je recevais d’argent ».

La loi qu’il propose, dont Guy Arendt (DP) sera le rapporteur, devra donc non seulement garantir, comme par le passé, la pluralité et l’indépendance de la presse écrite classique, mais aussi s’étendre aux médias en ligne et honorer la qualité au lieu de la quantité. Pour ce faire, elle subventionnera les organes en fonction du nombre de journalistes plutôt qu’en fonction du volume de papier imprimé.

S’il est vrai que l’ancien système n’était pas nécessairement un gage de qualité, il faut reconnaître que la nouvelle formule n’en amène pas forcément plus. Celle-ci dépendra beaucoup du talent et de l’esprit avec lequel les journalistes pourront dorénavant exercer leur métier – alors qu’à l’heure actuelle, la précarité les guette presque de toutes parts. Le besoin d’une réforme est donc évident, mais est-ce que le chemin emprunté mènera aux résultats souhaités ? En tout cas, économiquement, deux « mauvais » journalistes mal payés rapporteront plus qu’un ou une collaboratrice ou collaborateur expérimenté-e mieux rémunérée.

Lutter contre la précarité

Il n’est pas vrai non plus que le système actuel incite à imprimer à gogo, voire implique un certain gâchis. Le système ne considère en effet pas la quantité de papier imprimé, mais le volume rédactionnel réalisé − peu importe le nombre d’exemplaires effectivement vendus. Par contre, il honore les longs formats et les recherches richement documentées sur plusieurs pages. Ce n’est pas un hasard, la méthode de calcul ayant été proposée à l’époque par l’éditeur du Lëtzebuerger Land, Léon Kinsch.

Ce qui change, en fait, c’est qu’on passe d’un régime d’obligation de résultat (on mesurait chaque trimestre la surface en contenu rédactionnel réalisé) à un régime d’obligation de moyens (l’aide se mesure en fonction des journalistes engagé-e-s – peu importe le nombre ou la qualité des articles publiés).

En même temps, le régime est élargi aux mensuels (une revendication qui date de la première réforme de l’aide à la presse de 1991 et aurait énormément facilité la vie au forum et au GréngeSpoun, prédécesseur du woxx et paraissant d’abord tous les mois). En adaptant certains paramètres, les mensuels auraient pu avoir leur place dans l’ancien système. Les « professionnel-le-s » n’en voulaient pas à l’époque, et mettaient en doute le sérieux et la pérennité de telles « brochures » réalisées surtout avec des bénévoles.

Ce qui a fait changer la méthode de calcul, c’est le souhait d’inclure les publications en ligne dans un même système. Et comme on peut difficilement mesurer en surface l’output d’un site en ligne, on change donc de méthode. Comme les sites en ligne – à quelques exceptions près – présentent surtout du contenu gratuit aux internautes, un autre grand principe de l’ancien régime a été abandonné : ne financer que les journaux payants.

La nouvelle loi s’étend par conséquent aussi aux journaux gratuits, dont le plus important est une véritable machine à bénéfices qui permet à son coéditeur de maintenir en vie (pour l’instant) son quotidien payant, les revenus provenant des annonces ayant d’ailleurs en grande partie migré du second vers le premier.

Comme le projet met en plus sur un pied d’égalité ces différents types de médias, dont les coûts de production diffèrent selon la périodicité et le support, la tendance vers la gratuité sera claire. Et pourquoi ne pas abandonner complètement l’impression pour ne faire que de l’« en ligne » ? Le public, lui, aura de toute façon perdu l’habitude de payer pour « son » journal, c’est-à-dire celui qui lui plaît particulièrement. Entre-temps, les plans sociaux dans la presse classique se multiplient, alors que les médias survivants seront presque à la merci de la seule pub, qui doit apporter un tiers des revenus – vive l’indépendance !


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