Arcelormittal : Verts à Gand, noirs à Fos-sur-Mer

Écolo, Arcelormittal ? Un prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour des projets de réduction de CO2 tente de le faire croire – mais d’autres pratiques moins avouables du géant de l’acier sèment le doute.

Photo : Arcelormittal

La BEI et la Commission européenne, qui a donné le feu vert, n’ont pas mâché leurs mots cette semaine en annonçant que « l’UE soutient Arcelormittal avec un prêt de la BEI de 75 millions d’euros pour développer une technologie révolutionnaire ». C’est la ville de Gand, en Flandre, qui va pouvoir accueillir deux usines de démonstration construites par la firme. Avec son apport, la BEI ne les finance qu’en partie, la valeur totale des deux projets se chiffrant à 215 millions d’euros. Ensemble, ils économiseraient 350.000 tonnes d’émissions de CO2 – ce qui serait une réduction équivalente à 250.000 voitures particulières conduites pendant un an.

Les deux projets sont bien différents : Steelanol pour sa part captera les gaz résiduels du haut fourneau pour les « convertir biologiquement en carbonéthanol recyclé », selon le communiqué de presse, qui précise qu’à la sortie on aura de l’éthanol, qui « peut être mélangé pour être utilisé comme combustible liquide ». Torero, le deuxième projet, convertira des déchets de bois en biocharbon pour remplacer le charbon utilisé par les hauts fourneaux. Coûtant 165 millions pour le premier et 50 millions pour le deuxième, les deux projets devraient créer dans un premier temps quelque 580 emplois, si on compte aussi les indirects. Le financement de la BEI se fait dans le cadre des programmes « Horizon 2020 » et NER 300 de la Commission européenne – ce dernier étant un programme de financement de quelque 2 milliards d’euros « en faveur de technologies innovantes à faibles émissions de carbone ». De l’argent investi dans un avenir industriel un peu moins polluant donc. Pour la BEI, ce n’est pas le premier soutien accordé à Arcelormittal – la banque soutient le programme de recherche et développement de la firme à hauteur de 350 millions (dépensés entre 2017 et 2020) et a déjà prêté 130 millions pour la modernisation de ses sites au Brésil en 2010.

Photo : Borvan53 – Wikimédia

Pas très conséquent

Pourtant, dire qu’Arcelormittal se serait entièrement converti à l’acier vert et au respect de l’environnement n’est pas tout à fait vrai. On se rappelle des tractations pour acheter l’usine Ilva à Tarente dans les Pouilles – un des sites industriels les plus polluants d’Europe, pour lequel Arcelormittal a même dû vendre d’autres sites, comme l’usine de galvanisation de Dudelange. Après une longue bataille avec l’État italien, le deal est désormais acté. Ailleurs non plus, ce n’est pas la gloire. Comme le rapporte la journaliste française Sigolène Vinson dans un article exclu web pour « Charlie Hebdo », la direction du site Arcelormittal de Fos-sur-Mer tenterait de faire chanter les élu-e-s locaux-ales : s’ils et elles ne font pas pression sur le gouvernement pour obtenir l’assouplissement ou le report de règles environnementales, la firme menace de supprimer 2.500 emplois. Alors qu’un haut fourneau du site près de Marseille a déjà été mis à l’arrêt fin mars, au nom de la crise sanitaire, les employé-e-s commencent à émettre des signes de nervosité, les leçons de Florange étant encore fraîches. Selon Sigolène Vinson, aucun-e des maires ne voudrait se soumettre à la manœuvre. Et pour cause, Fos-sur-Mer est une des régions les plus polluées de France, et les conséquences pour la santé sont empiriquement constatables : 63 pour cent des habitant-e-s sont victimes d’une maladie chronique, alors que la moyenne nationale se situe à 36 pour cent.

Donc, en finançant et en soutenant Arcelormittal d’un côté, la Commission européenne ferme les yeux sur d’autres pratiques. Ce qui n’est pas très conséquent et promet pour le « Green Deal » à venir. D’ailleurs, dans la foulée, Arcelormittal a aussi communiqué l’entrée de Black Rock dans son capital à hauteur de 5,11 pour cent. On dit ça, on dit rien…


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