Bolloré : le bâillonneur bâillonné

von | 26.04.2018

Photo : Wikicommons

L’industriel français Vincent Bolloré vient d’être mis en examen pour des affaires de corruption en Afrique.

En janvier, le woxx a fait état des poursuites bâillons que menait l’industriel français Vincent Bolloré contre des médias et des ONG. Ses détracteurs lui font régulièrement le reproche que ses activités en Afrique serviraient surtout à remplir ses poches et ne respecteraient pas, dans beaucoup de cas, les droits les plus élémentaires des populations locales, souvent évincées pour faire place à telle ou telle plantation. Ses activités sont aussi très connues au Luxembourg, où il est coactionnaire de la Socfin, dont les assemblées générales sont régulièrement « visitées » par des militants d’ONG. Le reproche du bâillon lui est fait parce qu’il ne s’agit pas nécessairement de gagner des procès pour diffamation, mais plutôt d’épuiser les réserves financières souvent limitées des médias militants ou des ONG, afin qu’ils arrêtent d’informer sur les activités des sociétés qu’il contrôle.

Des poursuites qui pourraient bientôt s’arrêter, car l’industriel vient d’être mis en examen pour des affaires de corruption en Afrique. Ses avocats ont dorénavant d’autres chats à fouetter, de sorte qu’ils n’auront peut-être plus le temps ni l’envie de courir derrière chaque petite manif ou chaque communiqué qui met en exergue leur mandant.

Selon les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales à Nanterre, Bolloré aurait profité de droits portuaires dans différents États africains en contrepartie de soutiens en vue de faire réélire des chefs d’État dans la région. Les reproches semblent suffisamment sérieux pour le tenir, pendant deux jours et une nuit, en garde à vue. Entre-temps il a été présenté aux magistrats compétents qui l’ont donc mis en examen, sans toutefois le placer sous contrôle judiciaire. Ses avocats ont depuis rappelé par communiqué interposé que Bolloré « reste présumé innocent » et qu’il pourra « avoir enfin accès à ce dossier dont il n’a jamais eu connaissance » afin de « répondre à ces accusations infondées ».

Cette mise en examen ne c’est cependant pas faite dans la précipitation : les juges d’instruction Aude Buresi et Serge Tournaire – les mêmes qui examinent l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 – la préparent depuis quelques années, afin de réunir assez d’indices pour pouvoir reprocher à Bolloré et son groupe le recours à des méthodes illégales pour décrocher des contrats au Togo et en Guinée.

Les chefs d’État des deux pays auraient ainsi profité de conseils en communication de l’agence Havas (dirigée par Yannick Bolloré, fils de Vincent) « sous-facturés ». En effet, quelques mois après sa réélection en 2008, Alpha Condé, le président de la Guinée, avait mis fin à la convention de concession avec le groupe français Neotrans concernant le terminal de conteneurs à Conakry pour la céder à Bolloré. Scénario semblable à Lomé, au Togo, où l’obtention de la concession portuaire remonte au temps de l’ancien dictateur Gnassingbé Eyadema. Son fils Faure, qui avait repris la présidence après la mort de son père, avait accordé au groupe Bolloré le monopole d’exploitation pour la manutention de conteneurs sur le port de Lomé quelques mois seulement avant sa réélection – très controversée – en 2010.

Dat kéint Iech och interesséieren

PODCAST

Am Bistro mat der woxx #375 – Wéi hëtze mir an der Zukunft?

All Woch bitt d’woxx Iech an hirem Podcast en Abléck an hir journalistesch Aarbecht a beliicht d’Hannergrënn vun engem Artikel. Gas a Masutt ginn de Moment erëm méi deier, well Krich am noen Osten ass. Dat wier nieft dem Klimaschutz e weidere Grond, fir esou séier wéi méiglech op aner Methode fir ze Hëtzen ëmzeklammen. Bis 2050 wëll Lëtzebuerg...

POLITIK

Devoir de vigilance : Un lobbying si difficile à avouer

Le gouvernement a été ciblé par un groupe d’entreprises en majorité américaines pour tenter d’infléchir sa position européenne sur le devoir de vigilance des multinationales. Luc Frieden le reconnaît laborieusement, mais refuse de divulguer le nom des entreprises rencontrées par le gouvernement.