Catherine Gaeng : Lynchage médiatique et abus de pouvoir (Chronique de l’affaire Lunghi/RTL/Bettel)

von | 09.03.2018

Dans son livre délibérément subjectif, la femme de l’ancien directeur général du Mudam revient sur la campagne médiatique qui a mené à la démission de celui-ci en fustigeant les vanités provinciales du paysage culturel local.

Quand ton mec se fait carrément lyncher sur la place publique et se voit contraint de quitter son poste de rêve, certes tu as les boules. Pourtant, en faire un livre et le publier par la suite est – du moins dans les latitudes culturelles grand-ducales – pas vraiment habituel. Ce qui explique aussi pourquoi aucun éditeur luxembourgeois ne voulait se brûler les pattes avec ce livre (le ministère de la Culture soutenant toujours les éditeurs et les auteurs).

Sorti donc à compte d’auteur à 600 exemplaires, le livre a pourtant de bonnes chances de bien se vendre, ne serait-ce qu’à cause de l’amour luxembourgeois du « Beschass ». Et Catherine Gaeng n’y va pas avec le dos de la cuillère. Assumant sa proximité avec l’intéressé dès le préambule, elle livre une chronique jour pour jour du – voire des – développements de l’affaire Lunghi/RTL/Bettel et nous amène dans les coulisses de ce psychodrame qui se déroule entre le 2 juillet 2016 et le 8 mai 2017.

Si la fin de l‘ histoire est bien connue, cette remise à plat s’avère bien utile pour comprendre les structures de pouvoir défavorables dès le début à Enrico Lunghi et les dynamiques mises en branle par l’« interview » falsifiée de la pigiste Sophie Schram pour le compte de RTL. Le livre met ainsi en avant la vanité totale et l’absence de tact du ministre de la Culture Bettel, qui définitivement, même en faisant abstraction du ton souvent sarcastique employé par l’auteure, n’est plus à démontrer. Comment expliquer autrement qu’il ait interprété le non-accueil de Lunghi lors de la Nuit des musées (et après que le conseil d’administration lui eut réitéré sa confiance) comme un crime de « lèse-premier ministre » – alors que Bettel s’était promené à travers les musées en tant que personne privée ? Comment ne pas qualifier de médiocrité datant du 19e siècle la réaction du conseil d’administration et de sa princesse (pas trop propre sur elle non plus) de présidente lorsqu’ils exigent une lettre d’excuses formelles à la suite de ce non-incident ?

« Lynchage médiatique et abus de pouvoir » nous promène donc dans les coulisses d’un monde médiatico-culturel où presque tout le monde porte plusieurs chapeaux. Un univers où les intérêts s’entremêlent et où surtout les libéraux installent peu à peu leurs hommes de main pour faire du Mudam, qui, même s’il est une fondation privée, vit de l’argent public, un endroit exclusif pour des dîners de galas où les happy few se goinfrent à grand coups de deniers du contribuable.

À la lecture, on a parfois envie de rire et parfois on a envie de tout casser, la rage de Catherine Gaeng envers certains des protagonistes (surtout Sophie Schram, il ne faudrait vraiment pas que les deux se rencontrent un jour par hasard dans la rue), étant infectieuse. En ce sens, le livre est une bonne piqûre de rappel dans cette année électorale sur comment la politique culturelle de ce petit pays peut être perverse et agir contre tous les intérêts publics. Une bonne dose d’indignation en un certain sens.

Pour construire son récit, Catherine Gaeng s’est avant tout basée sur des articles de presse (aussi du woxx, de la main de votre humble serviteur) et s’il y a un regret à exprimer, c’est qu’elle cite à plusieurs reprises aussi un certain tabloïd qui à chaque parution défèque carrément sur le code de déontologie des médias, qui pourtant joue un rôle crucial dans l’affaire.

Cela dit, « Lynchage médiatique et abus de pouvoir » est un livre rare, qui va plaire aux uns et fortement déplaire à beaucoup d’autres, et qui restera sûrement dans les chroniques – voire sera un outil intéressant pour les historiens à venir qui chercheraient à comprendre les structures du pouvoir au Luxembourg du début du 21e siècle.

« Lynchage médiatique et abus de pouvoir (Chronique de l’affaire Lunghi/RTL/Bettel) » est exclusivement vendu à la librairie Alinéa.

Dat kéint Iech och interesséieren

PODCAST

Am Bistro mat der woxx #388 – Blutspende: Anhaltende Diskriminierung

All Woch bitt d’woxx Iech an hirem Podcast en Abléck an hir journalistesch Aarbecht. Erst im Mai hat das Luxemburger Rote Kreuz erneut Alarm geschlagen wegen niedriger Blutreserven – und das, obwohl potenzielle Spender hierzulande nach wie vor diskriminiert werden. Schwule und bisexuelle Männer müssen nämlich seither 12 Monate zölibatär leben,...

KULTURTIPP

Spieletipp: Blue Prince

Protagonist Simon kann das Erbe einer großen Villa erst dann antreten, wenn er den geheimen Raum Nummer 46 findet. Erschwert wird das dadurch, dass sich der Grundriss des Hauses jeden Tag ändert. Als Spieler*in kann man an jeder Tür aus drei Räumen einen auswählen, sodass bei jedem neuen Versuch ein komplett anderes Haus entsteht, das andere...

PODCAST

Am Bistro mat der woxx #387 – KI-Wahn: Wann wird aus einem Etwas ein Jemand?

All Woch bitt d’woxx Iech an hirem Podcast en Abléck an hir journalistesch Aarbecht. Et ginn ëmmer méi Berichter iwwer Leit, déi duerch d'Notzung vu KI-Chatbots a Wahnzoustänn geréie sinn. Mä wéi genau geschitt dat? A firwat versoen d'Sécherheetsmecanisme vun dëse Systemer? D'Melanie Czarnik huet mam Psychiater a Psychotherapeut Marc Augustin...

PODCAST

Am Bistro mat der woxx #386 – Frieden à mi-mandat : ensemble, vraiment ?

Chaque semaine, le podcast de la woxx vous offre un regard en coulisses sur notre travail journalistique et explore les enjeux derrière nos articles. Cette fois-ci, retour sur le discours sur l'état de la nation prononcé par le Premier ministre Luc Frieden le 19 mai. Entre appels répétés à la cohésion et au « vivre-ensemble », annonces...