Côte à côte : Grand-duché : une ségrégation faible

von | 12.01.2024

Bien qu‘il y ait des différences considérables entre les communes, l‘intégration au Luxembourg – du moins du point de vue géographique – est « réalisable », estime une nouvelle étude du Statec.

L’indice de ségrégation spatiale (allant du 0 au 1) entre résident-es d’origine luxembourgeoise et étrangère est faible dans la majeure partie du pays. Seules exceptions : les communes de Bourscheid et de Winseler, où l’indice de ségrégation est un peu plus haut, mais pas suffisamment pour être considéré comme élevé. (Copyright: RP 1ers résultats 2021 N°09 « Répartition géographique des immigrés au Luxembourg: dynamiques et ségrégation spatiale avec les natifs », Statec.)

Au Luxembourg, les immigré-es ont tendance à vivre dans les mêmes localités que les natifs-ves. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude commune du Statec, de l’Université du Luxembourg et du Luxembourg Institute of Socio-economic Research (Liser) sur la répartition géographique des immigré-es. Publiée fin de décembre 2023 et présentée par Frédéric Docquier, chef de programme de recherche au Statec, lors d’une conférence de presse le 9 janvier, l’étude montre à quel point les localités sont exposées à des immigré-es : peu importe la commune, au moins un-e sur cinq résident-es est d’origine étrangère.

Malgré un faible indice de ségrégation à travers le pays, il y a des variations considérables selon le degré d’urbanisation de chacune, ainsi qu’au niveau de l’origine et de la durée de séjour des résident-es. Avec 21,8 pour cent de population d’origine étrangère, la commune de Wahl présente le taux le plus faible. En tête on retrouve la ville de Luxembourg avec une population étrangère de 72,7 pour cent. « La capitale est la porte d’entrée pour les immigré-es arrivé-es depuis moins de cinq ans », précise Frédéric Docquier.

Se basant sur un recensement de 2021, quand le pays comptait un peu moins de 644.000 habitant-es, dont 49,3 pour cent né-es à l’étranger, l’étude distingue entre les personnes « immigrées » et les personnes « natives », celles et ceux qui sont né-es dans le pays. Ce dernier groupe inclut aussi les immigré-es de deuxième génération, dont au moins un des parents est de nationalité non-luxembourgeoise.

En prenant en compte le pays d’origine des résident-es, l’étude observe que le groupe le « mieux » réparti est celui des immigré-es provenant des pays en dehors de l’Union européenne. Elles et ils habitent essentiellement dans les villes de taille plus petite. Quant aux résident-es originaires des pays voisins, les résultats ne sont guère surprenants, puisqu’elles et ils se répartissent surtout le long des frontières nationales, ainsi que dans la capitale. Pour les autres résident-es ressorti-es de l’Union européenne la ville de Luxembourg est également la principale destination, du moins pour leurs premières années dans le pays.

Car au fil des ans, les résident-es de la ville de Luxembourg se relocalisent dans d’autres villes plus petites. Un phénomène qui est aussi observé chez les « natifs-ves », remarque Docquier. Quelle que soit l’origine de leurs parents, la tendance des habitants est de déserter la capitale après plus de cinq ans dans le pays.

La capitale, une porte d’entrée

Alors que les villes de moins de 50.000 personnes reflètent en proportion à peu près la situation au niveau national (46,8 pour cent d’habitant-es sont immigré-es), les villes les plus grandes ainsi que les localités de moins de 5.000 personnes observent des valeurs inversées : un peu plus d’un tiers des habitant-es des communes rurales est immigré, contre presque 70 pour cent pour les villes de plus de 50.000 habitant-es. En partie, ceci résulte du fait que les personnes immigrées représentent le plus souvent une démographie plus jeune et professionnellement plus active que la population d’origine luxembourgeoise, un peu plus âgée, note Docquier.

Le chercheur rappelle néanmoins que l’analyse n’inclut pas d’autres facteurs ayant pu influencer la relocalisation des habitant-es, comme les prix immobiliers, le pouvoir d’achat ou les discriminations systématiques. Pour le groupe des immigré-es originaires des pays tiers, par exemple, les chercheur-ses comptent aussi des résident-es des foyers d’accueil, dont un nombre considérable habite en dehors de la ville du Luxembourg à cause de l’emplacement des foyers. Ceci pourrait expliquer, au moins en partie, la répartition plus équitable de ces immigré-es.

Autre exemple : les immigré-es portugais-es, groupe qui est certes bien réparti dans le pays, mais dont une analyse plus précise dévoile que la plupart habitent dans les grandes villes du Sud ainsi que dans la région de Larochette, ancien bastion de la production textile. Contrairement à d’autres immigré-es, ce groupe, précise Docquier, montre « plutôt une inertie spatiale ».

« Loin d’être une utopie » au grand-duché, le vivre-ensemble est « accessible et réalisable » et la ségrégation faible ou modérée, remarque le Statec. Les résident-es immigré-es font face à des nombreux défis, mais, précise Docquier, il semble que la ségrégation spatiale n’en soit pas un.

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