Les cocos d’abord

La publication du rapport sur le SRE a été aussi décevante que prévu : pas de grandes nouvelles en ce qui concerne la surveillance politique – toutes celles et tous ceux qui de près ou de très, très loin avaient un rapport avec le bloc de l’Est étaient soigneusement filé-e-s.

Les archives de la paranoïa, c’est ainsi qu’on pourrait les nommer. Mais seulement si les documents analysés par Nadine Geisler et Jean Reitz avaient été les archives des services secrets. Malheureusement, « il ne s’agit que des banques de données du SRE et non pas des archives à proprement parler. Celles-là, elles sont toujours au Srel. » Sur les plus de 100.000 documents, bien entendu triés au préalable par les barbouzes, Geisler et Reitz se sont uniquement concentrés sur ceux concernant les citoyen-ne-s luxembourgeois-e-s, donc 6.000.

Et encore, cette tâche était ardue et n’a pas pu être accomplie. « Mission impossible », titre l’équipe dans le premier chapitre de ses recommandations à la fin du rapport, mettant en avant le temps insuffisant – deux ans – qui lui avait été accordé par les autorités. Les documents, qui sont stockés entre-temps aux Archives nationales, devront y être classés avant d’être accessibles au public. Autant dire que c’est pour dans une vingtaine d’années. Outre le manque de place, les Archives manquent cruellement de personnel et la non-classification des dossiers est une excuse aussi à la mode que le règlement RGPD pour refuser l’accès aux chercheuses et chercheurs. L’un d’eux, Vincent Artuso, avait récemment fait état d’une vraie « censure administrative » dans une chronique sur la radio publique. Ce qui vaut pour les dossiers concernant l’épuration et la guerre vaudra plus encore pour ceux du SRE.

Ce que Geisler et Reitz ont trouvé prête autant à rire qu’à pleurer : chaque personne qui s’était abonnée à la Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, le canard communiste, avait droit à sa fiche. La même chose valait pour celles et ceux qui adhéraient à des associations proches ou suspectées proches du Parti communiste luxembourgeois (PCL). Souvent des familles entières, enfants compris, se retrouvaient dans les petits fichiers du service de renseignement.

Une chose frappe pourtant : la prétendue absence d’espionnage politique dépassant le rayon communiste. Car pour le SRE, parano jusqu’au point où même les touristes étaient sous surveillance, tout ce qui était un tant soit peu progressiste était suspect de travailler pour Moscou. Ainsi, bien des partis ou initiatives écologistes, comme l’« Alternativ-Lescht-Wiert-Iech », Jeunes et environnement, Natura et autres ont eu droit à une surveillance. À ce sujet, les historien-ne-s notent : « Les rapports mensuels de la branche contre-subversion de 1989 et 1990 mentionnent l’observation d’activités subversives éventuelles du PCL, du parti des verts et des mouvements à tendance gauchiste et d’extrême droite. » Donc, les Verts étaient bien dans le viseur des agents du SRE. Mais l’intérêt des agents ne s’arrêtait pas là : même l’amicale Auschwitz était suspecte de subversion par le PCL.

En ce qui concerne l’observation des groupuscules d’extrême droite, la motivation ne semble pas égaler celle contre la gauche : « Les dossiers de l’extrême droite se limitent à un échange de courrier et notamment de demandes d’information de la part des services étrangers. »

Bref, les barbouzes des années 1950 à 1990 étaient paranoïaques et chaotiques, rien d’étonnant. Et les vraies découvertes ainsi que les travaux historiques sont remis à la Saint-Glinglin.


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