Pandémie : Nuits tranquilles à Luxembourg

Le prolongement des mesures contre la Covid-19 est logique et montre que le gouvernement s’était fourvoyé depuis le début de la deuxième vague.

© SIP – Jean-Christophe Verhaegen

L’Horesca écume de rage sur les réseaux sociaux, et c’est compréhensible : la fermeture pour la période des fêtes est une catastrophe pour un secteur qui vient de passer une année littéralement perdue pour beaucoup. Et les aides financières ne pourront pas prévenir une vague de faillites pour une partie des bars, restaurants et hôtels. Bien sûr que cela frappera d’abord les entreprises déjà en froid avec leurs finances avant la pandémie – mais est-ce un argument pour ne pas les aider ? Voilà une des questions auxquelles le gouvernement devra trouver des réponses.

Une loi pandémie discutée avec le parlement, la société civile et les institutions était du domaine du possible.

Avec cette prolongation à laquelle on devait s’attendre, vu que les chiffres ne baissent pas, les incohérences inhérentes au premier paquet de mesures ne disparaissent pas. La culture reste fermée et les cultes ouverts (même si pour la messe de minuit à Noël, c’est repos cette année), les commerces pourront attirer leur clientèle, tandis que les restaurants se contenteront de livrer – ce qui à court terme maintiendra à flot certains, mais n’est pas une solution. Et tous les efforts localo-patriotiques de responsables communaux montrant leurs belles assiettes commandées au restaurant du coin n’y changeront rien.

Une adaptation promise lors de la conférence de presse de Xavier Bettel et Paulette Lenert de mercredi dernier est toutefois intéressante : les grandes surfaces devront s’assurer d’un meilleur concept sanitaire. Il sera aussi interdit de consommer boissons ou nourriture dans les couloirs des galeries marchandes. Il ne fallait pourtant pas être devin pour estimer que si l’on fermait les restaurants, théâtres et cinémas, la population se ruerait dans les centres commerciaux. Mais il aura fallu que les réseaux sociaux regorgent d’images de temples de la consommation totalement remplis pour que le gouvernement se rende à l’évidence.

Alors qu’il aurait pu, voire dû, profiter de la relaxe temporaire estivale pour enfin concocter une loi pandémie – et il y a eu des député-e-s qui se sont déclaré-e-s en faveur d’une telle solution – qui lui aurait donné la possibilité de réagir plus rapidement sans avoir à passer encore une fois par toutes les institutions. Une loi discutée avec le parlement, la société civile et les institutions était du domaine du possible. Mais peut-être pas dans l’intérêt du gouvernement. À ce titre, une petite phrase prononcée par Xavier Bettel lors de ladite conférence de presse est tout à fait remarquable. À la question d’un journaliste de savoir s’il ne craignait pas que le parlement adoucisse les mesures proposées par le gouvernement lors du vote, le premier ministre, d’habitude pas vraiment avide de grandes paroles, a répondu sèchement : « Nous avons fait notre devoir. »

Insinuant par là que si les mesures n’ont pas ou peu d’effet, ce sera aussi aux parlementaires de porter leur part de responsabilité. Au lieu donc d’impliquer la Chambre des député-e-s dès le début, le premier ministre préfère passer loi après loi à la hâte pour ensuite pouvoir se dédouaner – un tant soit peu − de sa responsabilité. Inventer l’outsourcing de responsabilité de pandémie, il fallait le faire.

Bref, le grand-duché connaîtra des jours de fête moins bruyants et moins chaleureux que d’habitude, où les verrous ne seront pas uniquement sur les portes, mais aussi autour du système politique. Pourvu qu’en 2021 on retrouve un peu plus d’équilibre démocratique…


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