Théâtre : Les agitateurs se cherchent


Le Théâtre du Centaure inaugure un cycle de trois saisons avec « À la recherche des temps modernes », du duo Jacques Schiltz et Claire Wagener. Une réflexion sur l’actualité qui fourmille d’idées pas forcément poussées jusqu’au bout.

Deux minutes avant la fin du monde : Elsa Rauchs, émouvante dans un monologue qui mêle passé, présent et avenir. (Photo : Bohumil Kostohryz)

Avec ce nouveau cycle nommé « Les agitateurs », les ambitions du Centaure sont grandes : rapprocher l’actualité des spectateurs et spectatrices en raccourcissant le temps de création, de façon à faire surgir rapidement les nouvelles du monde sur scène. La première carte blanche sur les trois prévues a été confiée à Jacques Schiltz et Claire Wagener, qui, dès l’entrée en matière, placent aussi la barre très haut. En alexandrins humoristiques, Marc Baum et Elsa Rauchs, après une introduction haendélienne à l’épinette de Jean Bermes, récitent la note d’intention du duo, parfaitement en ligne avec leur lettre de mission. Mais les piques sur le théâtre des autres, qu’elles soient au premier ou au second degré, sont à double tranchant : il va falloir faire mieux que ce que l’on égratigne. Au bout d’une heure et demie, le sentiment reste mitigé.

Il faut pourtant mettre au crédit de Schiltz et Wagener la tentative d’éclater leur récit comme la réalité quotidienne du zapping éclate les tranches de vie. En témoigne l’épisode qui suit l’introduction, où comédienne, comédien et musicien arpentent le plateau, mais aussi ses alentours, sans qu’on puisse les voir directement. Leurs images sont projetées sur un inhabituel rideau (jolie virtuosité à la caméra d’Antoine Colla), comme si l’on regardait sur YouTube et consorts cet hymne à l’amour dans le métro au son du « Poinçonneur des Lilas » de Serge Gainsbourg. Une invention scénique en forme de surprise plutôt agréable, qu’on aurait souhaité reprise au cours du spectacle.

Composé d’épisodes distincts tous liés par la place donnée à l’actualité, « À la recherche des temps modernes » offre à ses interprètes deux monologues. Marc Baum, croquant une tomate hors saison et sans saveur, se fend ainsi d’un discours sur l’état alarmant de l’environnement, provoqué par la négligence de celles et ceux qui nous gouvernent. Au-delà des presque lieux communs répétés, le texte laisse un goût d’ambiguïté, car certaines allusions conservatrices du personnage pourraient faire passer son discours écolo pour alarmiste. Plus nuancé, le monologue d’Elsa Rauchs surfe sur l’effet papillon, prenant un drame familial pour point d’appui et mêlant passé, présent et avenir afin de poser la question cruciale : « À qui la faute ? » Émouvant, mais un peu trop étiré. Entre les deux, une sorte de pot-pourri de chansons connues, avec l’adaptation d’« Hallelujah » de Leonard Cohen à l’actualité dans le plus pur style chansonnier. Les interludes musicaux, d’ailleurs, offrent souvent l’occasion d’écouter la belle voix de baryton-basse de Jean Bermes.

Une longue liste de « sources d’inspiration et victimes de plagiat » figure dans le programme. C’est un peu le défaut de la pièce que de mêler ainsi styles et expressions, sérieux et parodie dans un melting pot qui certes rappelle la fuite en avant permanente de notre société – l’horloge sur scène annonce deux minutes avant minuit, comme celle de la fin du monde du « Bulletin of the Atomic Scientists » –, mais manque de liant. On pourrait rétorquer que c’est aussi une qualité, puisque le temps de création a été volontairement réduit, au point que même le coronavirus chinois est évoqué. Mais l’impression générale reste brouillonne. Les intentions sont sincères cependant et, après tout, ce premier épisode des « Agitateurs » est un galop d’essai. Et sur scène, la comédienne, le comédien et le musicien ne ménagent pas leurs efforts pour accomplir leur mission.

Au Théâtre du Centaure, les 7, 10 et 11 février 
à 20h, ainsi que le 9 février à 18h30. Également au Centre des arts pluriels Ettelbruck le 13 février à 20h.

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