Transition glocale (1/2) : une taxe CO2 progressive

Nous avons fait le tour du livre de Lucas Chancel (conférence le 26 juin !) dans l’édition imprimée du woxx 1533. Le présent article online-woxx, et celui sur le mouvement de transition locale, sont consacrés à des aspects dépassant la logique des États-nations.

Dans son livre « Insoutenables inégalités », Lucas Chancel raisonne la plupart du temps à l’échelle nationale. C’est normal, puisque c’est à ce niveau que beaucoup de décisions doivent être prises, depuis les réductions des émissions de CO2 jusqu’aux réformes fiscales. Cependant, il souligne que d’autres échelles méritent d’être considérées. Que faire par exemple du constat que les riches des pays pauvres polluent plus que les pauvres des pays riches ?

Avec Piketty contre les riches

Chancel expose brièvement une proposition qu’il avait faite avec Thomas Piketty dès 2015, et qui relève à la fois d’une logique supranationale et infranationale : une taxe progressive sur la pollution aux gaz à effet de serre. Cette mesure à l’échelle mondiale ciblerait justement les individus dont les émissions sont les plus élevées. Elle servirait à financer l’adaptation des plus vulnérables au changement climatique et serait complémentaire à une taxe carbone à taux fixe (non progressive) ayant pour but de modifier les comportements de tout le monde.

Une telle taxe progressive, levée à partir d’un certain niveau d’émissions seulement, toucherait aussi les riches dans les pays pauvres, mais impacterait surtout les pays riches : par exemple, les fonds recueillis par une taxe levée seulement sur les 10 % des individus les plus pollueurs, dont les émissions dépassent de 2,3 fois la moyenne mondiale, proviendrait pour 46,2 % des États-Unis, pour 15,6 % d’Europe, et seulement pour 11,6 % de Chine. Alors que les recettes d’une taxe avec un taux fixe pour chaque tonne de CO2 émise proviendraient à 21,5 % de Chine et à 21,2 % seulement des États-Unis.

Taxe carbone et inégalités

Notons que Chancel ne s’attarde pas sur la praticabilité d’une telle taxation progressive. Certes, il mentionne d’éventuelles avancées en matière de mesure des pollutions individuelles. Mais il n’évoque ni les dangers d’une telle « surveillance écologique » ni les éventuelles techniques d’évitement de l’effet progressif de la taxe. Surtout, aborder le défi de la réduction des émissions par un mécanisme marchand à l’échelle de l’individu risque de déresponsabiliser les pouvoirs publics. Or, déjà aujourd’hui, ceux-ci préfèrent souvent les appels aux citoyen-ne-s à changer de comportement aux réformes courageuses nécessaires pour encourager ces changements de comportement.

Un second article online-woxx présente l’analyse que fait Chancel de la nécessité d’une démarche globale, complémentaire de la démarche locale des initiatives de transition.

 

« Combattre à la fois le dérèglement climatique et les inégalités, c’est possible et souhaitable ! », conférence de Lucas Chancel, mercredi 26 juin 2019 à 12h15 à l’Altrimenti, 5, avenue Marie-Thérèse, Luxembourg. Détails : voir sur le site d’Etika.

 


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