Transition glocale (2/2) : tout pour le terroir ?

Après la présentation générale du livre de Lucas Chancel dans notre édition imprimée et les détails de sa proposition d’une taxe carbone progressive, voici le résumé de ses considérations sur le local et le global dans la recherche d’une justice sociale et environnementale.

À côté de l’échelle de l’État-nation, qui domine les débats sur une transition écologique socialement juste, il y a l’échelle mondiale ainsi que l’échelle locale. Cette dernière a été revalorisée, notamment grâce au Transition Movement, lancé en Angleterre par Rob Hopkins et qui se développe dans de nombreux pays, parmi lesquels le Luxembourg.

« La grande force de ces mouvements citoyens est de puiser dans les ressources et les motivations de chacun et de donner corps à la solidarité », estime Chancel dans le dernier chapitre de « Insoutenables inégalités ». Elle apporte aux militant-e-s une reconnaissance sociale locale que ne peut leur offrir l’État social : « Aujourd’hui, les citoyens-contribuables (…) semblent s’identifier de moins en moins à ce ‘monstre froid’ et à son outil fiscal. » L’auteur reconnaît explicitement l’importance de ces démarches, mais n’en estime pas moins que « ces communautés ne peuvent se substituer à l’État social pour régler nombre de problèmes exposés dans cet ouvrage ».

Atouts et limites des initiatives locales

Chancel évoque la mise en place d’un salaire minimum ou d’une fiscalité progressive, taches incombant à l’État social, et ajoute : « L’échelon national lui-même est en partie dépassé sur ces questions. » Une situation encore plus évidente quand on aborde la décarbonisation de l’économie, pour laquelle il faut une coordination des politiques industrielle, commerciale et d’infrastructures à l’échelle internationale. Alors, entre le local, le national et le global, faut-il se décider entre des démarches également insatisfaisantes ?

Non, estime Chancel, car elles peuvent être complémentaires. Ainsi, les décisions et les ressources nécessaires en matière d’adaptation au changement climatique sont du ressort national et supranational, mais « les communautés locales ont un rôle essentiel à jouer dans la mise à l’agenda d’un enjeu ou d’une injustice, et dans la mise en œuvre d’une réponse adaptée ». L’auteur met en garde contre ceux et celles qui seraient, au contraire, tenté-e-s de rejeter les échelons supérieurs et de tout miser sur une transition « par le bas ».

La démarche globale reste indispensable

Si Chancel espère que les initiatives locales pourront contribuer à l’efficacité et la légitimité des démarches nationales et globales, il identifie aussi un effet de renforcement « du haut vers le bas ». Il cite l’adoption d’objectifs du développement durable (SDG) de l’ONU en matière d’inégalités et les documents adoptés dans le cadre des négociations pour prévenir le réchauffement climatique. Pour Chancel, ces démarches internationales, même si elles ne sont pas contraignantes comme peuvent l’être des décisions à l’échelle nationale, permettent aux initiatives locales de gagner en visibilité et en crédibilité. Voilà donc que l’auteur, après le cercle vicieux des inégalités, ébauche un cercle vertueux des bonnes initiatives et nous donne de l’espoir.

 

« Combattre à la fois le dérèglement climatique et les inégalités, c’est possible et souhaitable ! », conférence de Lucas Chancel, mercredi 26 juin 2019 à 12h15 à l’Altrimenti, 5, avenue Marie-Thérèse, Luxembourg. Détails : voir sur le site d’Etika.

 


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