Gillen Lex: „Je ne connais pas l’Australie „

Il est parti en Australie pour en savoir plus sur le didjeridoo et a été adopté par un clan aborigène. Pourtant, au Luxembourg, Lex Gillen ne prétend pas être autre chose qu’un musicien parmi tant d’autres.

Faites place à Lex Gillen et son didjeridoo.
Photo: Christian Mosar

DIDJ-FANTASY

Lex Gillen – 32 ans, chargé de cours, formé en biologie de mer – compte certainement parmi les types les plus „relax“ qui soient. Après l’interview officielle et avant les pizzas du soir commandées ensemble, on se retrouve, tous les deux, devant l’ordinateur grâce auquel il a réalisé la plupart des bases musicales de son dernier disque: „Arnhemland Stories“. Il y exprime – avec une qualité sonore impeccable pour un disque „fait maison“ – sa passion pour le didjeridoo et la culture des aborigènes australiens.

L’essentiel du titre „Bill and Paddy“ a été mixé à l’aide du programme informatique, dont il est en train nous faire la démonstration. „C’est le morceau que les gens semblent le plus apprécier sur mon disque. Pourtant c’est celui dont je suis le moins fier, parce que c’est avant tout un collage d’ordinateur.“ Ce qui donne lieu, néanmoins, à un arrangement et à des breaks originaux, difficilement imaginables avec un groupe fixe de musiciens.

Le titre en question se base sur des enregistrements de Paddy Fordham Wainburranga (didjeridoo et chant) et de Yidumduma Bill Harney (chant), que Lex Gillen s’est donné la peine de graver sur mini-disque lors de ses voyages, en 1999 et en 2000, dans le nord de l’Australie, plus particulièrement à Darwin et en Arnhemland.

Aborigène touristique

„Je crois bien que la ‚vague sonore‘ du didj ait une influence sur l’être. Par contre, je ne pense pas que l’interprétation ésotérique qui en est faite trop souvent soit exacte.“

C’est, toutefois, son intérêt personnel pour le didjeridoo, qui est à l’origine de ses voyages en Australie. „A Darwin, la culture aborigène est avant tout touristique. On y vend ainsi des didjeridoo fabriqués, en réalité, en Indonésie.“

Des aborigènes, il garde, par exemple, leur relation curieuse avec l’argent. „Chez nous, il est normal de partager la nourriture ou les boissons, alors qu’on ne se partagerait jamais l’argent restée sur une table. Les aborigènes partagent même l’argent de cette manière, ce qui fait qu’ils n’en ont jamais, bien qu’ils semblent en trouver toujours. Ainsi, quand ils s’achètent une voiture, ils la conduisent jusqu’à ce qu’elle ne marche plus. Ils ne comprennent pas qu’il faut s’en occuper, faire des révisions, changer l’huile, etc.. Une fois qu’elle ne marche plus, ils laissent la voiture sur le bord de la route, en épave, même si elle est, en fait, encore neuve. Au prochain demi-million qu’ils arrivent à amasser, ils s’en achètent simplement une autre.“

C’est par hasard, grâce à la rencontre avec un réfugié du Vietnam, qui a une femme d’origine aborigène, qu’il a eu les contacts qu’il recherchait. Une fois intégré de cette manière, Lex Gillen a été rapidement adopté par le clan d’aborigènes rencontré ainsi. „En fait, je ne connais pas l’Australie, puisque je suis resté essentiellement au nord, à Darwin et en Arnhemland. D’ailleurs, j’y retournerai cet été, bien plus pour les gens que j’y ai appris à connaître, que pour le didjeridoo.“

Peu de personnes sont acceptées de cette façon parmi les aborigènes d’Arnhemland. (Lex Gillen estime néanmoins que, une fois le contact établi, cette adoption devient presque normale.) Ce n’est pas pour autant que l’apprentissage du didjeridoo devienne plus facile.

„Il y a deux styles de didjeridoo: le style traditionnel et le style des ‚blancs‘. Pour les aborigènes, le didj accompagne simplement leurs cérémonies, alors que les ‚blancs‘ ont un style qui met bien plus en avant les qualités rythmiques et ’solo‘ de l’instrument.“

Le didjeridoo produit aussi des sons quand on parle dedans. (Ce qui n’est vraiment pas facile. Les essais passés du malheureux journaliste, auteur de ce papier, n’ont eu pour effet que des ‚prout‘ misérables.) Le langage aborigène, basé sur des sons produits en majorité grâce à la langue touchant le palais, semble faire l’originalité traditionnelle de l’instrument. „Je ne sais toujours pas comment ils font, et ils n’ont pas su me l’expliquer eux-mêmes.“

Sur „Arnhemland Stories“, Lex Gillen utilise le didjeridoo avant tout comme instrument de fond. Il a créé un „groove“ sonore, sur lequel ont improvisé alors des musicien-ne-s luxembourgeois-es comme Jitz Jeitz (saxophone, clarinette), Claude Pauly (guitare), Liz Berg (cello), Thierry Kinsch (guitare, drumbeats), ou encore Berny Zeches (piano, E-bow guitare). Résultat: un album instrumental avec des qualités étonnantes de „soundtrack“ pour un film inexistant.

Appétits rock

Lex Gillen reste pourtant un musicien, avant tout, luxembourgeois. Même si son groupe „Mi Air Mi Eau“ semble appartenir résolument au passé.

„Je n’ai plus l’énergie nécessaire pour prendre sur moi toute l’organisation que cela demande. De plus, il est très difficile de trouver des gens qui ont les mêmes ambitions musicales.“ Ainsi, s’il aimerait beaucoup poursuivre également ses appétits „rock“ à l’aide d’un groupe, il exprime aussi des réticences. „Au Luxembourg, on a vite fait le tour des concerts possibles, pour se faire connaître, en tant que musicien. C’est pourquoi, on se demande très rapidement pourquoi on fait de la musique, et pourquoi on enregistre des CDs.“ En effet, cela ne rapporte pas beaucoup (ni en argent, ni en estime). Par exemple, des tournées deviennent vite impossibles à mettre sur pied, vu les engagements divers des musiciens luxembourgeois disponibles – qui le sont peu, en pratique, parce qu’il faut bien gagner sa vie d’une manière non-musicale en général. Pourtant, Lex Gillen a des visions bien précises de ce que sa musique pourrait donner en concert. Didjeridoo, percussion, guitare, violon, cello et quelques rares samples; et la soirée serait certainement des plus réussies.

Germain Kerschen

Lex Gillen: Arnhemland Stories. Contact, workshop et informations: 1, rue Jean Majerus, L-7555 Mersch. Tél.: 26 32 16 16. e-mail: lex.gillen@gmx.net et, évidemment, chez tous les bons disquaires.


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