SCIENCES SOCIALES: Parent pauvre

Le plan quadriennal de l’Université du Luxembourg ne promet pas un avenir radieux aux sciences humaines et sociales. Dommage, car ni l’offre, ni la demande ne font défaut.

„Parmi les grands axes, le Gouvernement encouragera également la recherche sur l’identité du pays, sur la société luxembourgeoise, les flux migratoires, l’intégration ainsi que sur la langue et le système de langues pratiqué au Luxembourg (…)“. Cet extrait tiré du programme gouvernemental de la coalition CSV-LSAP n’aurait dû laisser aucun doute quant au développement des sciences humaines et sociales au Luxembourg. Mais voilà, tous les acteurs de la vie universitaire locale ne semblent pas partager le même point de vue. Pour s’en rendre compte, il suffit de confronter à cette déclaration politique un autre extrait, issu de l’introduction du plan quadriennal pour l’Université du Luxembourg (UdL) que le recteur Rolf Tarrach vient de rendre public: „La Faculté des Lettres, des Sciences Humaines, des Arts et des Sciences de l’Education (FLSHASE) est la faculté dont la croissance à moyen et à long terme est aujourd’hui la moins claire, du fait que les emplois pour ses diplômés sont en grande partie offerts par des institutions publiques et que la recherche est financée par ces mêmes institutions.“

Si l’on s’en tient à cette affirmation, il n’est pas étonnant de percevoir un certain malaise au sein de la communauté des enseignant-e-s et chercheur-e-s en sciences sociales et humaines. Mais au-delà des soucis que peut leur procurer cette incertitude pour l’avenir académique de leurs disciplines, il y a également un sentiment d’injustice. Car s’il est bien un domaine de recherche qui n’a pas attendu le vote sur une université pour se montrer prolifique, voire activiste, ce sont bien les sciences sociales. On peut en effet les énumérer: cellule STADE, le laboratoire de recherche en histoire, le CRP Lippmann, le Centre de documentation des migrations de Dudelange ou des revues telles que Hémecht, les Cahiers luxembourgeois, etc …

Il est donc difficile de nier le fort intérêt porté à l’analyse de l’histoire, de la sociologie, de l’identité culturelle, des migrations propres au Luxembourg et à son environnement régional. Certains diront que l’université ne peut pas tout faire, qu’elle doit limiter ses champs d’action et se concentrer sur les spécialités locales. Certes. Ce serait toutefois oublier que la place financière n’est qu’un phénomène récent et – qui sait? – voué à la disparition un jour ou l’autre. Mais ce serait surtout passer à côté du formidable laboratoire naturel qu’est le Luxembourg avec ses spécificités linguistiques, démographiques et historiques. La recherche de l’identité du Luxembourg peut se révéler passionnante et ce bien au-delà des frontières exiguës de ce Grand-Duché coincé entre les deux grandes civilisations d’Europe occidentale – latine et germanique.

Evidemment, ce serait faire un mauvais procès à l’UdL que de prétendre qu’elle néglige totalement la recherche sur l’identité du Luxembourg. En accord avec le quatrième terme de la devise du plan quadriennal (Mobility, créativité, Kompetenz, Identitéit), une priorité absolue est accordée à l’axe „études luxembourgeoises“. Il est toutefois dommage que le plan entende axer ces recherches sur l’étude de la langue. En effet, le propre de l’identité du Luxembourg réside justement dans le fait qu’il déborde le cadre idiomatique. D’autant plus qu’elle est susceptible d’englober l’ensemble des disciplines sociales. En bon catalan, le recteur devrait pourtant avoir une conscience plus aiguë de la vaste problématique identitaire.


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