RIDLEY SCOTT: Robin des Mythes

En revisitant le mythe du célèbre « Robin Hood », le réalisateur Ridley Scott a pris de grands risques – mais ça vaut la peine.

Même au Moyen-Age, les skinheads étaient les mauvais : Mark Strong, dans le rôle de Godefroy, le traître à l’accent frenchy.

Honnêtement : qui a encore envie de revoir Robin des Bois ? Surtout en film – car les adaptations de ce mythe médiéval qui prend ses origines au 13e siècle ne se comptent plus, tellement la figure de Robin des Bois est éternalisé dans la culture occidentale. Même Disney n’a pas pu s’empêcher de commettre un Robin des Bois, transfiguré en gentil renard.

Mais pourtant, quand le réalisateur d’« Alien », de « Thelma and Louise » et de tant d’autres grands classiques du cinéma contemporain s’y colle, on peut s’attendre à un traitement différent de la légende. Et c’est définitivement le cas ici. En fait, le « Robin Hood » à la sauce Ridley Scott est plutôt un « prequel » – l’histoire qui arrive avant le mythe principal (stratagème inventé par Georges Lucas pour compléter sa série « Star Wars ») du mythe qu’autre chose. Mais avant tout, il baigne le spectateur dans l’atmosphère et la société de l’époque et ne tombe que rarement dans le kitsch des autres films de cape et d’épée.

Nous sommes donc au 13e siècle et l’Europe va mal. L’Angleterre surtout, puisque son roi – Richard dit « Coeur de Lion » – est parti faire sa croisade, laissant à l’abandon son pays pour dix longues années. Sur le chemin du retour, Richard, totalement fauché et plus arrosé du sang des massacres qu’il a commis que de gloire, pille quelques châteaux français en passant – histoire de ne pas devoir rentrer les mains totalement vides. Parmi ses hommes, marche un archer connu sous le nom de Robin Longstride. Si ce dernier semble un tantinet plus honnête et courageux que ses compères, cela ne veut pas dire qu’il est un ange. Malheureusement pour lui et ses compagnons de croisade, le roi Richard meurt dans la dernière bataille avant avant la Manche. Suite à une séries de quiproquo qui prennent place dans la mythique forêt de Brocéliande, c’est finalement à Robin Longstride – qui a pris l’identité de Sir Robert Loxley of Nottingham – que revient la douloureuse tâche d’annoncer à la reine d’Angleterre le décès de son fils. En même temps il met sur le trône le roi Jean, qui est vraiment aussi vil, lâche et mauvais que le dit la légende. Surtout, Jean a un gros problème sur les bras, dont il ignore l’ampleur : son fidèle Godefroy a comploté avec le roi de France – Philippe – pour préparer une invasion sous le signe de la fleur de Lys. Pour ce faire, il fait débarquer un premier détâchement français, qu’il utilise pour braquer, incendier et piller les villages et les bourgs d’Angleterre – le tout couvert par le roi Jean, qui croit qu’il ne s’agit que de mesures extraordinaires pour collecter des impôts. Il est vrai que les caisses du royaume sont vides, à cause de la folie dépensière du roi Richard qui n’a pas hésité à gager toutes ses richesses pour sa croisade insensée. La terreur semée par les troupes de Godefroy, qui s’est arrogé le titre de maréchal du roi, a pour effet que le pays se retourne contre son roi Jean. Et quoi de plus facile à conquérir qu’un pays en proie à une guerre civile ? Le plan machiavélique de Godefroy peut tout de même être arrêté, grâce notammment à Robin – qui s’est entretemps fait titriser Robert Loxley de Nottingham et participe à la bataille contre les Français en tant que notable. Le roi, qui pour obtenir le support de ses hommes s’était engagé à signer une charte de droits fondamentaux au profit de ses sujets, trahira sa promesse à l’heure de la victoire et fera de Robin le hors-la-loi qu’on connaît.

Certes, le pari de faire un film « réaliste » sur une histoire légendaire ne peut être gagné. D’autant plus que le mélange entre personnages réels et fictifs est dangereux. Mais tel n’était probablement pas le but de Ridley Scott. Il a voulu raconter une histoire, toujours vraie : celle d’hommes qui doutent et qui sont prêts à tout pour aller au bout de leurs convictions. Voilà pour la partie héroïsme. En ce qui concerne le contexte que crée Ridley Scott pour servir de base à la légende de Robin des Bois, il y a encore autre chose à remarquer : les parallèles avec notre cher 21e siècle. Car, les « guerres contre le terrorisme » ne sont rien d’autre que les croisades de notre temps et pour lever les impôts des rois de la finance actuels, on n’hésite pas à nous faire miroiter une crise pour mieux nous faire payer leurs méfaits. Il ne nous reste qu’à trouver un Robin des temps modernes. C’est surtout cet aspect qui fait que le « Robin Hood » de Ridley Scott, n’est pas encore un film de cape et d’épée en plus, mais bel et bien une oeuvre de notre temps.

« Robin Hood », à l’Utopolis et au CinéBelval.


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