GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE: Critères de divergence

Les député-e-s ont débattu cette semaine du pacte de compétitivité et de convergence. Une occasion pour la gauche parlementaire de se retrouver.

Il est des débats qui donnent l’occasion aux formations politiques de se situer par rapport aux questions politiques essentielles. Ce fut le cas ce mardi à la Chambre des députés où toutes les fractions ainsi que le Premier ministre ont pu donner leur avis, à l’initiative d’un débat d’orientation demandé par le chef de la fraction socialiste, Lucien Lux, au sujet du « pacte de compétitivité et de convergence » concocté par les deux leaders européens, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dont la faillite politique dans leurs pays respectifs reste un des rares points communs.

A propos de convergence, il y en avait vraiment une lors de ce débat : le président de la fraction verte François Bausch et le député de déi Lénk André Hoffmann ont débuté quasiment de la même manière, le premier mettant en question les notions de « compétitivité et de réduction de la dette », le second remplaçant la dette par la croissance. Cette méthode utilisée dans les travaux scientifiques sérieux – définir les notions avant d’en débattre – a eu le mérite de prendre le contre-pied de la religion unique qui élève la compétitivité, la croissance et l’hystérie anti-dette au rang de trinité divine. Reste à savoir si ces dieux ont choisi le camp de l’humanité.

Ils seraient plutôt des dieux vengeurs, à en croire le tout nouveau chef de fraction du CSV, Lucien Thiel : « Cette crise nous a secoué et sorti de ces années confortables et d’opulence ». L’on aurait ainsi pu voir « à quel point, comme l’ont démontré la Grèce et l’Irlande, tout peut aller très vite ». Et de s’engager dans le traditionnel plaidoyer de la supposée « bombe à retardement » que constituent les systèmes de retraites qui seraient victimes de la seule démographie. Et l’ancien lobbyiste de la place financière d’évoquer un « mélange intelligent » entre système à répartition et à capitalisation. Par ailleurs, l’ennemi déclaré de l’indexation des salaires a défendu cette dernière « tant qu’elle ne représente aucun danger ». Phrase sybilline que les partenaires socialistes (auxquels Thiel a récemment rappelé que les 13 députés socialistes n’étaient que la moitié des 26 du CSV) n’auront de peine à déchiffrer. Car comme n’a pas manqué son homologue socialiste, « l’index sera maintenu conformément à l’accord bipartite » et laissant transparaître que si, conformément à cet accord, la tranche ne tombera qu’en octobre au lieu du mois de mai, les partenaires sociaux devront « trouver une réponse » face à la situation actuelle qui voit galoper les prix des carburants.

Le chef du gouvernement Jean-Claude Juncker s’est en tout cas virulemment défendu d’avoir du demander la « permission de Berlin », comme l’a suggéré le député ADR Fernand Kartheiser dans son intervention musclée en faveur de la souveraineté nationale. Mais le talent rhétorique du chef de l’Eurogroupe n’a pu masquer son double langage, notamment lorsqu’il a prévenu que la compétitivité ne doit pas se faire au détriment « du social » tout en se demandant si une faible imposition du travail qui engendrerait une augmentation des emplois était vraiment une mauvaise idée.

François Bausch quant à lui demande à ce que l’on tire le bilan des baisses d’impôts qui se sont succédées ces 20 dernières années : « Nous nous privons des moyens pour financer les dépenses que nous avons décidées dans les années 70 et 80 ». Et d’affirmer : « La compétitivité est-elle importante pour combattre la pauvreté ? Ma réponse est non ! » Comme nous l’avons vu plus haut, l’intervention d’André Hoffmann a fait écho à celle de Bausch : « Le problème de la concurrence fiscale au sein de l’Union est `le‘ problème ». Et de plaider en faveur d’un « nouveau mécanisme social en Europe dont dépendra la légitimité de l’Union européenne ». Ce qui sonnait a peu près comme la conclusion prophétique de Bausch : « Si nous continuons sur cette voie, nous verrons des Marine Le Pen se renforcer dans tous les pays, ce qui nous mènera à la catastrophe ». Belle convergence rouge-verte dans le camp des divergences.


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