Pour le premier semestre 2007, la prĂ©sidence allemande de l’Union europĂ©enne veut relancer le processus d’adoption du traitĂ© constitutionnel. Sans trop le remettre en question.
Il y a des morts qui renaissent. Puisqu’elle ne devait pas ĂŞtre refusĂ©e, la constitution europĂ©enne sera Ă nouveau Ă l’ordre du jour en 2007. Cela fait penser Ă la phrase de Brecht, après l’Ă©crasement du soulèvement ouvrier en RDA: „Lorsqu’il perd sa confiance, le gouvernement ferait mieux de se choisir un autre peuple.“
Restons d’ailleurs un court moment en Allemagne. A partir du 1er janvier 2007, la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale va relayer la Finlande Ă la prĂ©sidence de l’Union europĂ©enne pour le prochain semestre. Cette prĂ©sidence fĂŞtera une date d’envergure pour l’Europe: le cinquantenaire de la signature des traitĂ©s de Rome le 25 mars 1957. Si, il y a un demi-siècle, l’on donnait naissance Ă la CommunautĂ© europĂ©enne et Ă l’Euratom, le troisième traitĂ© signĂ© dans la capitale italienne le fut en octobre 2004 et Ă©tablissait un traitĂ© constitutionnel pour l’Europe. 50 bougies, la chancelière Angela Merkel ne pouvait rĂŞver de meilleure coulisse symbolique pour tenter de redonner vie au golem constitutionnel. A ce propos, il s’agira de rendre ce texte plus digeste que la cabbale eurocratique.
En visite au Luxembourg pour y recevoir le prix „Visions for Europe“ de la fondation Edmond Israel, (après avoir subi les louanges du premier ministre luxembourgeois), la chancelière a exprimĂ© le souhait que ce texte Ă©nonce clairement les „fondements“ de l’Union afin que les citoyen-ne-s puissent en „ressentir une plus-value dans la vie pratique“. Les partisan-e-s du „oui“, après avoir digĂ©rĂ© leur dĂ©faite de 2005, estiment avoir compris le message. Lors d’une confĂ©rence de presse ce lundi, la dĂ©putĂ©e europĂ©enne libĂ©rale Lydie Polfer affirmait qu’il fallait en „tirer les leçons, car la politique europĂ©enne est toujours abstraite“, mais qu’elle serait perçue comme rĂ©sultant de la politique des „grandes multinationales“. Discours Ă©tonnant pour une libĂ©rale, elle souligna le caractère unique dans le monde du modèle europĂ©en, basĂ© sur l’Ă©conomie de marchĂ© sociale.
Tant Lydie Polfer qu’Angela Merkel ont avouĂ© que ce modèle Ă©tait fortement grippĂ©. Dans son discours de remerciement, la chancelière expliquait que, contrairement Ă l’Ă©poque qui a suivi la seconde guerre mondiale, „aujourd’hui, une entreprise peut faire des bĂ©nĂ©fices tout en supprimant des emplois“. Cette approche est certainement plus clairvoyante que l’offensive de communication de la Commission europĂ©enne. „Parlons Europe!“, c’est ainsi que Nicolas Schmit, ministre dĂ©lĂ©guĂ© aux affaires europĂ©ennes (LSAP), s’adresse aux citoyens sur son blog (www. blog.europaforum.lu – voir woxx 849). Dans le cadre de son plan „D“ (dĂ©mocratie, dĂ©bat, dialogue), la Commission avait invitĂ© les gouvernements des Etats membres Ă prĂ©senter un plan d’action afin de „rapprocher l’Europe des citoyens“. Au mois de mai de cette annĂ©e, le ministre avait invitĂ© les rĂ©dactions en chef des mĂ©dias luxembourgeois pour s’assurer de leur coopĂ©ration.
Le salut vient des blogs
Mais Ă part un blog peu entretenu – qui devrait faire rougir de honte ses auteurs en comparaison Ă l’excellent site consacrĂ© au dĂ©bat constitutionnel du mensuel Forum (referendum.forum-online.lu) – et quelques discussion avec le ministre, le bilan de ce plan „D“ est assez maigre. Et on peut parier que les rĂ©sultats le seront tout autant. Editeur de Forum, JĂĽrgen Stoldt s’amuse d’ailleurs de la politique de communication post-rĂ©fĂ©rendaire et cite Schmit Ă l’issue d’une rĂ©union Ă Bruxelles avec „un vĂ©ritable citoyen“, selon les termes du ministre. Pour Stoldt, „Nicolas Schmit prĂ©fère tenir ses monologues face Ă des gens qui ne se sont pas trop impliquĂ©s dans la matière, que de dĂ©battre avec celles et ceux qui la connaissent vraiment“. La vice-prĂ©sidente de la commission europĂ©enne chargĂ©e des stratĂ©gies de communication, Margot Wallström, est aussi en ligne avec force forums et volontĂ© de dialogue, et chaque Etat membre s’est dotĂ© d’une vitrine dĂ©mocratique similaire. Par contre, la mĂŞme commissaire, dans un discours prononcĂ© le 18 octobre 2006 Ă Bruxelles dans le cadre du dĂ©bat „Notre Europe – Plan B: comment sauver la constitution europĂ©enne“, se dit sceptique quant Ă une rĂ©vision de la troisième partie du traitĂ© (les politiques Ă©conomiques et sociale). C’Ă©tait pourtant sur cette partie que les adversaires du traitĂ© avaient axĂ© leur campagne, notamment en France.
Faire adopter ce traitĂ© n’est pas une mince affaire. D’autant moins que deux Etats membres fondateurs (la France et les Pays-Bas) s’y sont opposĂ©s par rĂ©fĂ©rendum en 2005. MĂŞme le rĂ©putĂ© très europhile Luxembourg ne lui avait accordĂ© qu’un „moui“ de 56 pour cent. Polfer s’interroge en effet sur la procĂ©dure Ă suivre en prenant en compte que „seize pays ont dit oui, sept ne se sont pas prononcĂ©s et seuls deux ont dit non“. Pour les tenant-e-s du oui, c’est un argumentaire rĂ©current: pourquoi enterrer ce texte, alors que „seulement“ deux pays l’ont refusĂ©? La volontĂ© des nations favorables Ă la constitution ne serait pas non plus respectĂ©e. Mais voilĂ , il y a ratification et ratification. Alors que la France, les Pays-Bas, l’Espagne et le Luxembourg avaient optĂ© pour la voie rĂ©fĂ©rendaire, les autres pays qui s’Ă©taient prononcĂ© ont prĂ©fĂ©rĂ© laisser cette dĂ©cision Ă la discrĂ©tion de leurs parlements. „Leur discours, c’est de dire qu’après tout, les parlements reprĂ©sentent les populations“, rĂ©torque Jean-SĂ©bastien Zippert, secrĂ©taire d’Attac-Luxembourg, „mais il en va d’une question fondamentale de la dĂ©mocratie“.
Peuple contre parlements
Les rĂ©fĂ©rendums constitutionnels, en France mais aussi au Luxembourg, avaient en effet dĂ©voilĂ© de manière criante le fossĂ© entre les citoyens et leurs reprĂ©sentants. Sans rĂ©fĂ©rendum, l’AssemblĂ©e nationale française se serait prononcĂ©e avec une Ă©crasante majoritĂ© en faveur du texte. En plus, au sein des pays oĂą le oui l’avait emportĂ© par voie rĂ©fĂ©rendaire, l’Espagne et le Luxembourg, „il n’y a pas eu de vrai dĂ©bat“, estime Zippert. Pris de court, le Service information et presse (SIP), avait menĂ© une campagne malhabile et faussement neutre. En Espagne, les opposant-e-s au traitĂ© n’ont par contre quasiment pas eu droit de citĂ© dans les grands mĂ©dias. Pourtant, les post-franquistes d’Aznar ne gouvernaient plus.
2007 sera donc sous le signe de la rĂ©surrection du traitĂ© constitutionnel. Il est nĂ©anmoins intĂ©ressant de savoir que Paris succĂ©dera Ă Berlin pour la prĂ©sidence de l’Union lors du second semestre. Et la France devra terminer le travail, avec Ă sa tĂŞte probablement un-e autre prĂ©sident-e. Les conflits sont programmĂ©s. Socialiste ou gaulliste, le/la prĂ©sident-e devra prendre en compte le rejet populaire du texte en mai 2005. En cas de victoire de la gauche, les nĂ©gociations seront âpres. Si les positionnements de SĂ©golène Royal et de Dominique Strauss-Kahn restent encore dans le flou, Laurent Fabius entend rĂ©organiser les orientations de la Banque centrale europĂ©enne, demande une harmonisation fiscale et sociale et souhaite une directive europĂ©enne protĂ©geant les services publics. Au moins un homme politique qui a „tirĂ© les leçons“, comme dirait Polfer, de l’Europe libĂ©rale.

