Nouara Scalabre et Elvire Bastendorff: Cohabitation réussie

Nouara Scalabre et Elvire Bastendorff sont les deux artistes accueillies cette année en résidence à Dudelange. Au terme de leur séjour, elles font avec nous le point sur leur collaboration, qui reflète différences et complémentarités.

Les deux artistes françaises, Nouara Scalabre et Elvire Bastendorff, ont été „forcées“ de travailler ensemble à Dudelange.

Photo: Christian Mosar.

ARTISTES EN RESIDENCE

Le projet „artistes en résidence“ (du programme PEJA/map, Pépinières européennes pour jeunes artistes/mobility in art process), impose dès le départ une certaine cohabitation forcée entre deux artistes, qui ne se connaissaient pas auparavant. De mi-juin à mi-septembre, Nouara Scalabre et Elvire Bastendorff (nées toutes les deux en 1972 en France), ont séjourné et travaillé au Luxembourg. Pendant ces trois mois, les deux artistes ont su réaliser chacune un projet photographique de qualité. Et, au-delà de cette expérience commune, est née une amitié entre ces deux femmes au langage photographique si différent.

Elvire Bastendorff présente deux séries de photographies révélant entre autres corps et visages de femmes évoluant dans un monde tantôt réel, tantôt imaginaire. Images floues, troubles, évoquant la sensualité et le désir, le mystère et l’intimité, la joie et la tristesse.

Nouara Scalabre utilise la technique du photo-reportage, mais pour faire une image du „photographe passant“. Avec ses photographies „rapides à valeur d’esquisses et de notes“, elle explore le monde urbain et ses architectures aux dimensions souvent démesurées, où l’individu, fragile et solitaire, se perd. Ses images sont nettes, rigoureuses, géométriques. Les deux artistes s’expliquent sur leurs travaux respectifs.

Elvire Bastendorff: „Je présente d’abord une installation photographique avec des tirages photos de petit format. Il s’agit-là d’une fiction autour des figures que j’ai créées et qui s’appellent les „Nouvelles sirènes“. Ce sont des femmes issues de la mythologie et, en même temps, abandonnées dans un monde qu’elles ne comprennent pas. Sur les photos, c’est moi, mais ce ne sont pas pour autant des autoportraits. Je m’utilise comme support photographique, je suis le modèle de ce que je fais. C’est une autre façon de créer une image de soi-même. C’est une vie en marge de sa propre vie. Je ne veux pas que les femmes s’identifient, mais qu’elles sourient un peu. Il y a des modes de fonctionnement communs, des choses subies communes, qu’elles vont reconnaître. C’est un travail de femme sur les femmes, en parlant de l’homme qui est absent. Aussi, ce n’est pas un travail pour les femmes et contre les hommes. C’est un travail qui pose les questions actuelles de la situation féminine par rapport à la situation masculine en 2002. Je suis sur un terrain glissant qui joue beaucoup avec l’érotisme sans homme, ce qui pourrait peut-être déranger les hommes. Ensuite, je montre des photos de femmes que j’ai rencontrées dans la rue, des images érotiques prises dans le quartier de la gare à Luxembourg et des images publicitaires. Mon travail est issu à partir d’une réflexion autour des clichés autour de la féminité, qui passent à travers les médias.

Nouara Scalabre: „Une partie de mon travail met en évidence une interrogation de l’individu dans la ville. J’ai pris des photos à Lille, à Bruxelles, à Rotterdam et au Luxembourg. Il s’agit de la ville moderne, active, avec tous ses repères verticaux et horizontaux. L’image joue avec les lignes de fuite et elle présente des teintes assez grises. Je saisi dans des constructions métalliques, bétonnées, un être humain, un passant, qui est souvent petit et écrasé, et pris dans une situation où l’on se demande s’il est à sa place. Une autre partie de mon travail casse un peu avec cette construction rigide et efficace de l’image. Il s’agit de photographies de couples, qui sont présentées dans une salle qui s’appelle „Corps liés“. Ces images sont plutôt rapprochées, mouvementées, colorées et un peu floues. Ces images-ci de l’être humain sont souvent décadrées, fragmentées et expriment la liberté. Quand l’homme est solidaire, pas seul, alors la liberté, la joie, l’amour sont possibles. „Corps liés“ présentent l’idéal.“

Certes, chacune a fait son projet et leurs travaux présentent deux sujets et deux langages photographiques extrêmement différents. Mais, au-delà de cette différence, on retrouve une complémentarité dans leur travail. „Pendant ces trois mois, nous avons voyagé ensemble et nous avons photographié aux mêmes endroits des choses différentes, mais ensemble. Et puis, on touche deux publics différents: les hommes auront peut-être plus tendance à se rapprocher du travail de Nouara et les femmes plutôt de celui d’Elvire. Nous interrogeons le statut de la photographie contemporaine de façons très différentes, qui en même temps sont des situations actuelles de la photographie“, nous racontent-elles.

D’ailleurs, elles ont choisi de présenter une partie de leur travail dans une salle commune, reflet de la bonne entente et de l’amitié, qui s’est installée entre les deux femmes au cours de leur séjour au Luxembourg: „Dans une des salles d’exposition, nous mettons en évidence des images que nous avons faites l’une et l’autre, et nous allons raconter des petites histoires. On va se permettre de porter un regard beaucoup plus ironique, parfois un peu incisif sur ce qu’on a pu rencontrer ici ou ailleurs. Il n’y a là aucune prétention, à part le fait de rechercher et d’échanger.“

Et les projets communs pour l’avenir ne manquent pas. A côté d’un travail qu’elles comptent faire dans les pays scandinaves, elles se sentent concernées par les affaires européennes, comme nous l’explique Nouara: „On voit une identité européenne en construction et je me demande quelle va être cette identité. Beaucoup de pays ont du mal à s’y retrouver. J’ai l’impression qu’on voudrait commencer à écrire l’histoire de cette identité européenne. Il nous faudrait d’autres projets d’artistes en résidences pour aboutir à ce projet.“

En outre, elles envisagent l’édition d’un livre qui présentera les deux artistes, ainsi que leur travail. „En effet“, confirme Elvire, „avec le support livre, on va réaliser ensemble une nouvelle proposition artistique, qui comportera nos images et nos propres textes, ainsi que ceux des critiques.“

Nadine ClemensNouara Scalabre et Elvire Bastendorff, exposent du 14 au 29 septembre 2002, de 15.00 à 19.00 heures, tous les jours sauf lundi à la galerie Nei Liicht, rue Dominique Lang à Dudelange.


Cet article vous a plu ?
Nous offrons gratuitement nos articles avec leur regard résolument écologique, féministe et progressif sur le monde. Sans pub ni offre premium ou paywall. Nous avons en effet la conviction que l’accès à l’information doit rester libre. Afin de pouvoir garantir qu’à l’avenir nos articles seront accessibles à quiconque s’y intéresse, nous avons besoin de votre soutien – à travers un abonnement ou un don : woxx.lu/support.

Hat Ihnen dieser Artikel gefallen?
Wir stellen unsere Artikel mit unserem einzigartigen, ökologischen, feministischen, gesellschaftskritischen und linkem Blick auf die Welt allen kostenlos zur Verfügung – ohne Werbung, ohne „Plus“-, „Premium“-Angebot oder eine Paywall. Denn wir sind der Meinung, dass der Zugang zu Informationen frei sein sollte. Um das auch in Zukunft gewährleisten zu können, benötigen wir Ihre Unterstützung; mit einem Abonnement oder einer Spende: woxx.lu/support.
Tagged .Speichere in deinen Favoriten diesen permalink.

Kommentare sind geschlossen.