La multiplication des canicules et des mégafeux en Europe devrait logiquement placer la lutte contre le changement climatique en tête des priorités politiques. Le soutien à un business écocide et à l’armement continue pourtant d’occuper le haut de l’agenda européen.

Luc Frieden décore le chef d’état-major français, le général Fabien Mandon. Dans l’agenda européen, la guerre passe avant le climat. (Photo : ministère d’État)
Les canicules historiques et meurtrières de ces dernières semaines, ainsi que les gigantesques incendies qui ravagent la France et l’Espagne, démontrent que nous avons percuté le mur du réchauffement climatique. L’Europe est le continent le plus exposé aux conséquences de ce bouleversement, dont les effets les plus dévastateurs sont à venir rapidement, prédisent les scientifiques. Aujourd’hui déjà, une partie des récoltes agricoles est perdue en raison de la sécheresse. Demain, peut-être faudra-t-il évacuer pour de bon toute la population de Madrid ou de Bordeaux pour la sauver des flammes et de l’asphyxie. L’enjeu est existentiel. Pourtant, à part de creuses annonces homéopathiques, tout indique que les dirigeant·es européen·nes ne prennent pas, ou refusent de prendre, la mesure du défi à relever en termes d’adaptation et d’atténuation. La boussole reste braquée sur le modèle économique obsolète qui nous enfonce et prend des accents de plus en plus guerriers.
Les directives européennes omnibus de ces dernières années ont déjà passablement abîmé la lutte contre le réchauffement. Et il y a tout juste deux semaines, l’UE a pris le risque de relancer à la hausse ses émissions de CO2 en assouplissant les règles de son marché carbone en faveur des entreprises. Mais ce n’est pas assez ! À l’instar de la plupart de ses collègues européens, Friedrich Merz en veut plus. Illustration ce 28 juillet avec le déplacement du chancelier allemand à Dublin, où il a réclamé de sévères coupes dans le budget européen et une accélération du démantèlement des normes européennes, au profit de la compétitivité.
La brutalité du réchauffement climatique s’impose crûment à nous mais les priorités de l’agenda européen demeurent inlassablement celles d’un système capitaliste aux abois, oscillant entre déni et cynisme.
Au Luxembourg, Luc Frieden et sa coalition sont aussi de chauds partisans de la « simplification » au service d’un modèle économique fondé sur l’émission massive de carbone et l’épuisement des ressources. Le premier ministre CSV l’a répété et prouvé à maintes reprises depuis 2023, quand bien même le grand-duché maintient officiellement ses objectifs climatiques et environnementaux.
L’Europe a néanmoins d’autres priorités et c’est plutôt sur le terrain guerrier qu’on a entendu et vu le grand-duché ces dernières semaines. À son humble échelle, bien sûr. Et dans un domaine que le pays maîtrise plutôt bien, avec le lancement, comme membre fondateur, de la Banque de défense, de sécurité et de résilience (DSRB), dont la mise sur les rails a été annoncée lors du sommet de l’OTAN, début juillet, en Turquie. L’objectif de cet établissement atlantiste au statut particulier est de faire ruisseler les investissements privés vers le secteur militaire, dont on sait l’indifférence aux problèmes environnementaux. Le siège européen de la DSRB sera basé à Luxembourg. Dans la même veine martiale, Luc Frieden a décerné, le 23 juillet, la médaille d’officier dans l’ordre de la Couronne de chêne au chef d’état-major français, Fabien Mandon. Ce général d’aviation a acquis une solide réputation de va-t-en-guerre depuis qu’il a appelé, en novembre dernier, le pays à se tenir « prêt à accepter de perdre ses enfants » face à la Russie, dont il fait son obsession.
La brutalité du réchauffement climatique s’impose crûment à nous mais les priorités de l’agenda européen demeurent inlassablement celles d’un système capitaliste aux abois, oscillant entre déni et cynisme : démantèlement de services publics pourtant plus nécessaires que jamais et soutien à un modèle économique destructeur, auxquels s’ajoutent désormais des investissements massifs dans l’armement. On le sait, la réponse n’est pas à la hauteur, mais on ne se lassera jamais de le répéter. Et puis, tant qu’on y est, dans le contexte actuel, on aimerait aussi voir les médailles remises à des soldats du feu plutôt qu’à un militaire belliqueux à l’utilité douteuse.

