COP24 et société civile : Mal aimée

Militer pour le climat dans un pays comme la Pologne ? La COP24 démontre une fois de plus que le combat contre la répression et celui contre le changement climatique sont liés.

Ne pas déranger ! (Photo : Wikimedia / Doman84 / CC BY-SA 4.0)

Les instances qui organisent la conférence climatique 2018 (COP24), ont une certaine vision de ce qu’est la liberté d’expression. Ainsi, lundi, la délégation américaine a pu inviter à une table ronde sur les mérites des énergies fossiles. Donner la parole aux fous, même dangereux, pourquoi pas ? Mais que dire si en parallèle, la liberté d’expression de la société civile est sévèrement encadrée ?

Certes, lors de l’événement officiel de lundi, des manifestant-e-s ont pu s’introduire dans la salle et perturber quelque peu l’apologie du charbon et du pétrole de la délégation américaine. Mais les services de sécurité ont éconduit les protestataires et le show a continué peu après. Et en règle générale, les participant-e-s issu-e-s de la société civile ont du mal à se faire entendre. Ainsi, toute manifestation doit être annoncée à l’avance et soumise à des contraintes strictes de temps et d’espace, comme en témoignent deux jeunes militantes interrogées par la BBC. Pire, les responsables leur ont interdit de dénoncer la présence à la COP24 des entreprises qui sont en train de détruire le climat.

Pour l’ONU, responsable de l’organisation interne, cette société civile semble être une fautrice de troubles. Mais le pays hôte, la Pologne, va plus loin : au moins 14 participant-e-s à la conférence ont été refoulé-e-s et en partie mis-es en arrestation, le motif étant probablement qu’ils et elles constitueraient une menace pour la sécurité nationale.

Cette façon d’agir a été dénoncée dans un communiqué soutenu par 17 ONG, parmi lesquelles 350.org, Greenpeace, Climate Action Network Europe et Attac. « La plus grande menace que nous affrontons en matière de sécurité internationale et nationale est celle de ne pas maîtriser la crise climatique », ripostent les ONG. Elles s’opposent à ce que, au nom de la sécurité, la Pologne entrave leurs activités.

Schengen contre le climat

Le site d’information Euractiv rapporte que les marches pour le climat ont été interdites pour la même raison à Katowice, la ville hôte. Pour les interdictions de manifester, comme pour les restrictions à l’entrée sur le territoire, ce sont des pays comme la France et l’Allemagne qui ont récemment donné le mauvais exemple, même si les interdictions n’ont pas été appliquées, comme lors des manifs du sommet de Paris en 2015.

Quant aux personnes refoulées, elles proviennent toutes de pays tiers (Ukraine, Géorgie, Kirghizstan, Russie), certaines faisant même partie de la délégation officielle. Cela donne à penser qu’il s’agit une fois de plus d’une dérive de l’utilisation du système d’information Schengen, tristement célèbre pour ses effets liberticides.

Mais si les autorités polonaises ont cru qu’elles pouvaient se montrer plus sévères envers des ressortissant-e-s de pays tiers, elles ont dû être surprises par le réflexe de solidarité de la part des ONG souvent européennes ou américaines. C’est que la cause climatique transgresse de par sa nature les frontières nationales et a donc donné lieu à un mouvement planétaire, à l’esprit internationaliste. L’ONU, qui devrait se situer dans la même logique, risque sa crédibilité si elle n’impose pas le respect des libertés aux pays hôtes.


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