Énergie : Cattenom plébiscite l’EPR

von | 06.02.2025

Pour la première fois, la direction de la centrale nucléaire de Cattenom évoque la construction d’un réacteur EPR sur le site mosellan, s’appuyant sur un sondage montrant que la population locale y serait massivement favorable.

(Photo : Richard Lacour/Wiki Commons)

Aucune décision n’est actée et rien n’est encore officiellement sur (ou sous) la table, mais, le jeudi 30 janvier, le directeur de la centrale nucléaire de Cattenom a évoqué la possibilité de construire un réacteur de type EPR sur le site. S’exprimant devant les élu·es et les autorités de Moselle, lors de la traditionnelle cérémonie des vœux, Jérôme Le Saint a cité un sondage réalisé auprès des riverain·es, selon lequel « 80 % soutiennent notre poursuite d’exploitation et 70 % se disent favorables à la construction d’un EPR à Cattenom », selon des propos rapportés par « Le Républicain lorrain ». Malgré son caractère très diplomatique, cette déclaration est totalement inédite, EDF ayant jusqu’à présent refusé d’esquisser publiquement le moindre plan d’avenir pour le centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) mosellan.

En réalité, c’est un jeu du chat et de la souris qui dure depuis des années, alors que l’électricien rachète des terres agricoles autour de la centrale, comme il le fait autour d’autres centrales françaises, parfois contre la volonté d’un monde agricole mis sous pression pour vendre.

Interpellé sur ces achats de terres en 2019 par l’ONG Sortir du nucléaire 57, le CNPE avait alors répondu qu’il s’agissait de « se donner les moyens de pérenniser l’implantation locale du Groupe EDF autour de projets faiblement carbonés ». Une formulation vague qui n’engageait pas à grand-chose, EDF englobant dans les technologies « faiblement carbonées » aussi bien le solaire et l’éolien que le nucléaire. À la suite de ces échanges, la rumeur avait prêté à l’électricien l’intention d’installer un parc solaire sur les surfaces nouvellement acquises. L’hypothèse semblait même crédible aux yeux des antinucléaires, alors que le gouvernement ciblait encore une réduction de la part de l’atome dans le mix énergétique français.

Mais tout cela, c’était avant le 10 février 2022 et le discours de Belfort, où Emmanuel Macron avait annoncé une relance massive du secteur par la construction d’EPR 2, des réacteurs de nouvelle génération. Une autre priorité est la prolongation de la durée de vie des 57 réacteurs déjà en service. Initialement fixée à 30 ans, elle a d’abord été étendue à 40 ans, et les pouvoirs publics voudraient désormais la porter à 50 ou 60 ans. Cattenom est particulièrement concernée, alors que le premier réacteur avait été raccordé au réseau en 1986. La décision sera prise site par site et reviendra à la nouvelle autorité de sûreté du nucléaire, l’ASRN, qui devra également s’appuyer sur une consultation publique.

« L’EPR ne sera pas rentable »

Depuis, le gouvernement français a lancé la construction de six EPR 2 d’ici 2040, prévoyant d’y ajouter six à huit autres sur des sites encore à déterminer. Bernard Zenner, le maire de la prospère commune de Cattenom, compte parmi les plus fervents défenseurs de l’EPR. « Le plan local d’urbanisme est prêt pour deux nouvelles tranches », avait affirmé cet ancien ingénieur du nucléaire sur l’antenne de Moselle TV, en mars 2023.

Contacté à plusieurs reprises au sujet des récentes déclarations du directeur de la centrale, le CNPE n’avait pas donné suite aux questions du woxx avant la publication de cet article. Quoi qu’il en soit, mi-janvier, la Cour des comptes française a dégainé l’artillerie lourde contre le coût prohibitif et les incertitudes industrielles pesant sur cette technologie. Elle déplore la dérive du chiffrage du coût de la construction des six EPR 2 déjà programmés, passé de 51,7 milliards d’euros à 67,4 milliards en l’espace d’un an. Selon Pierre Moscovici, qui préside l’institution, le coût final devrait plutôt se situer autour de 100 milliards. « L’EPR ne sera pas rentable dans ces conditions », tranche l’ancien commissaire européen, qui préconise de mettre le programme en pause.

Outre son coût, la construction d’un EPR pose question à Cattenom, pointe François Drapier, coprésident de l’antenne mosellane du réseau Sortir du nucléaire : « Si un EPR est construit, remplacera-t-il les réacteurs actuels ou les complétera-t-il ? » Pour cette figure historique de la lutte antinucléaire dans la région, le problème le plus aigu est cependant lié à l’étiage de la Moselle, alors qu’un EPR est très gourmand en eau pour son refroidissement. Lors de ses vœux de Nouvel An, le directeur du CNPE a d’ailleurs reconnu que la question du partage de l’eau « est le sujet le plus important ». Au point d’abandonner définitivement l’idée d’un EPR ?

 

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