Fin du capitalisme, fin du monde : Tout ça pour un virus

Ce que ni la crise financière de 2008 ni la menace climatique n’ont réussi à faire, le coronavirus y parviendra-t-il ?

NIAID Rocky Mountain Laboratories, US NIH ; PD

Il y a deux semaines, la fin du capitalisme était annulée, et voici qu’elle est remise au programme. Pour être précis, le 29 février, la table ronde sur ce sujet, organisée par Déi Lénk dans le cadre du Festival des migrations, a été annulée à la dernière minute. La raison ? Les intervenant-e-s étaient « indisponibles ». Le capitalisme a donc survécu, en quelque sorte, faute de combattant-e-s pour le mettre à mort. Mais il n’a qu’à bien se tenir, car une puissance maléfique – ou le hasard qui fait bien les choses – a fait éclore un virus qui ravage les pays, les sociétés et les économies.

Sérieusement, cela fait plus de 150 ans que Karl Marx a prédit la fin du système capitaliste et que ses adeptes guettent les signes de sa déconfiture imminente. Une attente sans succès, troublée par les événements de 1989. Depuis, beaucoup croient qu’il est installé pour l’éternité… jusqu’au sein de la gauche radicale, qui s’est mise à douter de la validité des prédictions du célèbre barbu.

En ce 21e siècle, il est fréquent à gauche de ne plus considérer la fin du capitalisme comme une prédestination, mais bien comme une nécessité – un choix à opérer par les citoyen-ne-s – afin d’accéder à un monde plus juste. Face à la crise financière, face au défi climatique, il faudrait dépasser le système capitaliste, puisque celui-ci serait incompatible avec la stabilité économique d’un côté, la préservation de la biosphère de l’autre. Cela n’a pas réussi, à ce jour, à convaincre les masses populaires – d’où un certain renouveau des théories misant sur une catastrophe afin de pouvoir « faire table rase du passé ».

Or, la crise financière de 2008 a ébranlé le système sans l’anéantir, et l’effondrement dû au changement climatique se fait attendre. Pire, une catastrophe climatique risquerait de détruire, en plus du système capitaliste, les bases des structures économiques et sociales évoluées que nous connaissons aujourd’hui. On est loin du rêve de Marx, celui d’un dépassement du capitalisme aboutissant à un socialisme intégrant les acquis passés de la civilisation humaine.

Et le virus ? Possible, mais improbable, qu’il mette en question la survie de l’espèce humaine. Faut-il pour autant croire un Luc Frieden, affirmant que, après avoir encaissé une baisse d’un pour cent du PIB, l’économie se remettra en marche comme avant ? Et que les banques « qui n’ont pas été impliquées dans la crise » feront partie de la solution ? Il n’en est rien : le président de la Chambre de commerce le sait sans doute, mais son rôle est de rassurer les gens plutôt que de les faire douter.

Les mécanismes qui ébranlent les marchés sont au cœur du système financier international.

Soyons clairs : le choc infligé au monde par la paralysie de l’économie chinoise est déjà considérable. Ce que la pandémie va signifier pour la conjoncture du monde industrialisé est incertain, mais les marchés financiers ne s’inquiètent pas pour rien. Quant à l’effondrement des bourses, il est peut-être dû à une « réaction excessive et irrationnelle », comme le décrit Frieden. Mais les mécanismes qui y conduisent sont au cœur du système financier international, et les réformes apportées après 2008 n’y ont rien changé, puisque édulcorées à la suite du lobbying du monde de la finance.

Au niveau européen, le fait que le virus frappe si massivement l’Italie correspond à un scénario cauchemar (voir l’article p. 14). En 2015, on avait sauvé la monnaie commune en sacrifiant la population grecque. L’économie italienne par contre était considérée comme « too big to fail » – or son effondrement semble aujourd’hui inévitable. Quant au niveau mondial, de nombreux-ses expert-e-s estimaient qu’à la suite de 2008, les États avaient épuisé leurs moyens d’action monétaires et budgétaires, et qu’une nouvelle crise serait fatale. On devrait avoir l’occasion de vérifier la justesse de ces analyses.

Faut-il se féliciter d’une crise systémique probable, qui fera ressortir les défauts inhérents au système capitaliste ? À voir la manière dont la droite radicale, et non la gauche anticapitaliste, profite du désarroi des populations, ce n’est pas sûr.


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