Frédéric Beigbeder : Les grosses ficelles


« L’Idéal » n’est pas la suite idéale de « 99 francs », mais juste une satire superficielle de plus – un film que le monde n’attendait pas.

1377kino

Le casting n’y est pour presque rien – mais « L’Idéal » est d’une vacuité époustouflante.

Octave Parango est de retour. Le publicitaire cynique et cocaïnomane de « 99 francs » s’est reconverti dans le « model scouting » en Russie. Dans son nouvel exil, où les mœurs sont encore plus relâchées que dans l’univers des publicitaires parigots, il s’adonne à des sessions d’orgies avec ses « clientes » qu’il revend à une agence appartenant à un oligarque poutinien. Mais – quel hasard ! – un scandale le rappelle en France. Le fabricant de crèmes de beauté numéro un de la planète, « L’Idéal », vient de perdre son égérie. La top model apparaît en effet dans une « sex tape » où elle mime un officier SS.

C’est à Parango et à la numéro deux de la marque « L’Idéal », la très psychorigide Valentine Winfeld, d’aller chercher une nouvelle égérie au fin fond de la steppe russe. Bien sûr que la quête du corps idéal pour incarner des crèmes de beauté passe par toute une série de soirées ultradécadentes et une traversée de tous les clichés qu’on peut avoir de la Russie contemporaine – y compris une parodie plutôt mauvais goût des féministes de « Pussy Riot ».

Le monde des top models est rude. Surtout si elles sont engagées depuis des pays comme la Russie, la Biélorussie ou encore l’Ukraine. Trop souvent, on fait miroiter à ces jeunes filles une belle carrière loin de la misère de leur monde postsoviétique, alors qu’en réalité on les destine à la prostitution et à l’esclavage moderne. Si « L’Idéal » thématise aussi cette problématique, le film ne le fait que de façon très superficielle et très cynique. La vraie souffrance et la vraie dimension de ces trafics ne sont pas évoquées du tout.

De toute façon, le film de Frédéric Beigbeder est avant tout du Beigbeder tout craché. Une idée qui semble originale au début mais qui disparaît sous la fadeur de l’égo surdimensionné de son auteur. S’y ajoutent des faiblesses de scénario, qui peuvent induire en erreur et qui trop souvent mènent vers des microrécits qui n’ont rien à voir avec l’histoire que « L’Idéal » veut en fait raconter.

C’est ce qui arrive quand quelqu’un comme Beigbeder veut critiquer le système dont il fait lui-même partie. Les ficelles en deviennent vite très, très grosses. La marque « L’Idéal » est une caricature de « L’Oréal » et même Liliane Bettencourt n’échappe pas à la verve de l’auteur-réalisateur.

Si au moins tout ça finissait mal, ce ne serait que justice. Mais dans la fantaisie de Beigbeder, même un pourri comme Octave Parango a droit à la rédemption, même si elle signifie aussi un autre choix de vie pour le personnage principal.

Le seul véritable atout de « L’Idéal » par rapport à sa première partie, « 99 francs », est l’absence de Jean Dujardin. Car sa prestation dans l’épisode précédent était souvent insoutenable. En effet, quoi de pire qu’un égomaniaque survolté qui surjoue un égomaniaque survolté ? Gaspard Proust, qui a pris la relève, s’y essaie avec un brin de subtilité en plus, mettant aussi en avant la capacité de souffrance du personnage. Audrey Fleurot, qui joue sa Némésis féminine, est elle aussi plutôt un bon choix, puisqu’elle arrive de temps en temps à quitter la platitude de son rôle et à donner une troisième dimension à son personnage.

En tout, un film qu’on peut très bien ne pas voir.

À l’Utopolis Kirchberg. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : X


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