Greenpeace Energy Revolution : En manque d’R

Sortir complètement des énergies fossiles d’ici 2050, c’est possible, estime un rapport. Mais celui-ci met l’accent sur l’innovation technologique plutôt que sur l’action politique.

1339newsgreenpeaceAbandonner complètement les énergies fossiles à l’échelle mondiale à l’horizon 2100, voilà un des objectifs décidés lors du récent Conseil des ministres de l’Environnement dont Carole Dieschbourg est particulièrement fière. Il semblerait que certains pays aient émis des réserves, notamment la Pologne, où les trois quarts de la consommation d’électricité et plus de la moitié de celle d’énergie primaire sont à base de charbon.

Comme objectif intermédiaire pour 2050, les ministres ont avancé une baisse de 50 pour cent à l’échelle mondiale et de 80 à 95 pour cent (par rapport à 1990) à l’échelle de l’Union européenne. Sur ce point, le Conseil européen suit les recommandations que le Groupe d’experts intergouvernemental (IPCC) a adressées aux pays développés.

Un tel objectif est-il réaliste ? Oui, dit un rapport que vient de publier Greenpeace International, et qui propose même de faire beaucoup mieux : sortie complète des énergies fossiles – et du nucléaire – à l’échelle mondiale dès 2050. La version 2015 de l’étude « Energy (R)evolution » – la cinquième depuis 2005 – s’attache à démontrer qu’« il n’existe aucune barrière technique ou économique majeure qui nous empêcherait de passer à 100 pour cent d’énergies renouvelables d’ici à 2050 ».

En feuilletant la synthèse du rapport, disponible en français, on est impressionné par l’ampleur du travail fourni : potentiel de développement de l’électricité verte par groupe de pays, possibilités de révolutionner le secteur des transports, estimations des investissements nécessaires et des bénéfices attendus, conséquences bénéfiques en termes d’emplois.

Hélas, en y regardant de plus près, on constate des lacunes. La synthèse recommande la modernisation des transports publics, et exalte la voiture électrique et le moteur à hydrogène. Mais pas un mot sur la mobilité douce ou les politiques d’aménagement du territoire. Certes, dans le rapport intégral de 364 pages, deux alinéas évoquent le style de vie, la mobilité douce et les « compact cities ». Mais on reste sur l’impression que Greenpeace dispose d’experts de qualité, cependant comme hypnotisés par les solutions techniques. Ce qui les conduit à privilégier un verdissement par le haut, à contre-courant de mouvements comme celui de la transition, qui misent sur les changements des modes de consommation et l’auto-organisation des citoyens.

Capitalisme vert

De même, le défi de la justice sociale dans le contexte d’une restructuration des modes de production n’est guère abordé. Quant au développement des pays du Sud, il apparaît comme un problème technique – résoluble – plutôt que comme un problème politique dépendant de rapports de forces.

Un message implicite se dégage du rapport : ce n’est pas la peine de mettre en question le système économique ! En effet, selon les calculs, on ne risque pas de pénurie d’énergie, et l’électricité verte finira même par revenir moins cher qu’aujourd’hui. Il en découle que les investissements sont rentables et qu’on peut laisser au marché des capitaux le soin de produire la « révolution » souhaitée. Cela gênera les gauchistes qui comptaient utiliser « le danger climatique » pour promouvoir la révolution socialiste et imposer la « planification écologique ». Pour tous les autres, savoir qu’on n’a pas à abolir le capitalisme avant de sauver le climat est une bonne nouvelle.

Mais il y a un hic. Si les experts de Greenpeace se trompent, si les mécanismes de marché ne suffisent pas, si le capitalisme laissé à lui-même échoue, alors on est foutus. Si l’on en croit Jørgen Randers (woxx 1241), on ne s’en rendra compte que vers 2052. Et il sera alors trop tard pour mettre en route l’évolution que recommande « l’aile gauche » du mouvement pour le climat : faire jouer aux acteurs publics un rôle central, limiter drastiquement le pouvoir des acteurs économiques, accompagner la restructuration de mesures sociales, s’attaquer aux inégalités Nord-Sud. Et surtout, miser sur la capacité des citoyens à réinventer ensemble des modes de consommation et de production plus durables.

Présentation et lien vers le résumé du rapport en français
Annonce de Greenpeace International et lien vers le Full Report (en anglais)

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