Icíar Bollaín : Arbre de vie


C’est à une belle fable d’été que nous convie la cinéaste Icíar Bollaín avec « El olivo », tout en pointant du doigt les aberrations de notre monde moderne qui néglige les campagnes. Un film qui privilégie l’humain plutôt que le souffle inspiré de la réalisation.

L’apprentissage de la greffe : par-delà les générations, l’olivier fait croître les relations humaines.

L’apprentissage de la greffe : par-delà les générations, l’olivier fait croître les relations humaines.

Dans une société à l’urbanisation galopante, où les moyens de ceux qui travaillent la terre sont réduits chaque jour un peu plus à la portion congrue, même les oliviers millénaires deviennent une marchandise comme les autres. Le grand-père d’Alma le sait bien, qui s’est vu forcé par son fils de vendre un arbre dans la famille depuis des générations. Pour 30.000 euros, une entreprise énergétique allemande a donc pu parfaire ses opérations de greenwashing… faisant même de l’olivier son logo. Depuis, la santé du grand-père périclite, d’autant que lui ne sait pas ce qu’est devenu son arbre. Désormais adulte, Alma, qui doit à celui-ci le lien particulier qu’elle a tissé avec son aïeul, se met en tête d’aller le récupérer.

L’épopée qui s’ensuit mènera la jeune femme à Düsseldorf, accompagnée de son oncle, le mal-aimé de la famille, et de son amoureux transi qu’elle ignore pourtant, lui préférant les brèves rencontres avec des inconnus en discothèque. Car la cinéaste espagnole a voulu ancrer son film dans les relations humaines : si l’amour réciproque entre grand-père et petite-fille constitue le fil conducteur de toute l’histoire, on découvre au fil des plans la difficile cohabitation, dans un milieu rural en crise, des personnages d’un cercle familial étendu. Leurs rêves se sont brisés au contact de la réalité impitoyable. Dès lors, Alma n’entreprend pas seulement ce voyage pour sauver son grand-père, mais aussi pour réenchanter une campagne meurtrie. La transmission, figurée par cet olivier qui transcende de sa longévité les générations, devient ainsi prétexte à retisser le lien humain.

Pour la deuxième fois, Icíar Bollaín collabore avec Paul Laverty, le scénariste de Ken Loach. Disons-le tout de suite, c’est plutôt celui du plus faible « Jimmy’s Hall » que de l’excellent « My Name is Joe ». Pourtant de première importance dans le film, la psychologie des personnages n’est pas véritablement fouillée au niveau des dialogues, et le déroulement de l’action ne réserve que peu de surprises. On échappe par bonheur à un dénouement heureux trop téléphoné. Mais dans l’ensemble, ce n’est pas le scénario qui donne au film son cachet.

C’est du côté des acteurs qu’il faut aller chercher le dépassement d’un script qui ne présente au fond ni aspérités ni fulgurances. D’abord, bien entendu, avec la charismatique Anna Castillo qui joue une Alma parfaitement crédible, dont les non-dits et les hésitations compensent les faiblesses du personnage écrit. La jeune actrice de 22 ans est très à l’aise dans son rôle. Javier Gutiérrez, qui interprète l’oncle, lui apporte son expérience et des traits de comédie qui viennent rafraîchir de temps à autre une atmosphère tendue lors du voyage en camion vers l’Allemagne. Sur le plan de la réalisation, Icíar Bollaín n’essaye pas de tirer la couverture à elle. Elle filme efficacement, sans excès et sans plans ostentatoires. Sans génie, diront certains : mais le parti pris de rester à hauteur humaine semble parfaitement justifié.

Au final, « El olivo » n’est certes pas une merveille d’équilibre. Mais l’engagement des acteurs et la façon dont ils sont dirigés permettent au spectateur de s’immerger dans une histoire simple, qui a l’immense mérite d’aborder sans lyrisme exacerbé et sans pathos les thèmes de la transmission et des dérives pseudo-écologiques de notre société de l’image. À un film européen au cœur de l’été, on pardonnera aisément les quelques défauts pour passer un bon moment de fraternité, plus que jamais nécessaire.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

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