Installation
 : Le Paradis perdu de 
Vivian Suter

Le très lumineux pavillon du Mudam accueille la dernière exposition de l’artiste Vivian Suter, Nisyros. Née de la fascination personnelle de Suter pour l’île grecque, l’exposition joue des contrastes et des possibilités offertes par la couleur et sa redéfinition.

(Photo : Stathis Mamalakis)

Vivian Suter vit au Guatemala, sur les bords du lac Atitlán et place la lumière produite par les couleurs au centre de sa démarche créatrice. La nature et ses infinies variations picturales inspirent l’artiste, qui a fini par retrouver à Nisyros une partie de la magie qu’elle affectionne tant. En témoigne la série de peintures que le Mudam a acquise l’année dernière. Ces œuvres rendent compte des multiples facettes d’un paysage travaillé par l’œil d’une peintre aguerrie. Les formes importent bien moins que la fulgurance des bleus profonds et autres jaunes solaires.

Afin d’honorer cette expérience visuelle, le Mudam s’est intelligemment servi de son pavillon. La cloche de lumière naturelle qu’il représente est parfaitement adaptée à une exposition de ce type. D’ailleurs, le musée rappelle lui-même combien le mode d’accrochage évolutif souligne les libertés prises par l’artiste. Comprenez que l’espace est ouvert, et que les œuvres ne sont pas encadrées. Elles sont suspendues et oscillent lentement au gré de l’air et du passage des visiteurs. Cette excellente idée a le mérite de rendre la visite dynamique et de permettre au quidam de se rapprocher le plus possible de l’œuvre.

Toutefois, si ce cadre novateur enchante à première vue, les panoramas de Suter ne suscitent guère le même enthousiasme. Réduits à leur expression la plus minimale, sans contours ni traits distincts, ces rêves flottants laissent quelque peu perplexe. Le jeu des couleurs importe et l’emporte, certes, mais l’abstraction maximale employée ne laisse que peu de marge pour l’appréciation. Les scènes sont très difficiles à appréhender, et l’on ne devine jamais réellement ce que l’on a sous les yeux. Bien sûr, la fidélité au modèle ou la symétrie ne sont pas les objectifs d’une telle exposition. Ici l’expressivité qui doit prévaloir sur l’exactitude de la représentation. Néanmoins, les couleurs sont parfois confuses, tant elles empruntent à différents matériaux utilisés par l’artiste comme la pierre volcanique ou la terre. Les éclaboussures volontaires n’améliorent pas le rendu global, qui pèche par défaut de centre de gravité. Les émotions ressenties par l’artiste ne trouvent pas d’écho convaincant tant ces peintures – bleu sur bleu ou jaune sur marron – ne se laissent pas approcher.

Si les cadres ne sont plus, désormais, un obstacle à l’expansion du domaine de l’œuvre, on parcourt l’exposition sans savoir à quoi l’on a affaire. Sans descriptif ni présentation, impossible d’avoir la moindre idée de ce qui est représenté. On objectera certainement que la vivacité de certaines teintes conjuguée aux courbes irrégulières mises en avant forment un espace onirique, lumineux, hors de toute réalité, et que ce retour à l’inspiration absolue constitue une expérience en soi. Possible. Il reste à s’en convaincre, et à s’approprier le travail de Suter, qui demeure certainement très personnel. Rarement la subjectivité de l’observateur ne jouera plus grand rôle !

Au Mudam, jusqu’au 15 septembre.

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