Les 35 et 37 avenue Victor Hugo… encore un (tout petit) sursis

Le député Franz Fayot (LSAP) a lancé une question parlementaire urgente concernant deux immeubles menacés de démolition dans le quartier du Limpertsberg.

Illustration: Google Maps

L’urgence de la question a bien été reconnue et la ministre de la Culture, Sam Tanson (Déi Gréng), qui compte le patrimoine national dans ses responsabilités, n’a mis que deux jours pour y répondre. La Commission des sites et monuments nationaux s’était prononcée en faveur d’une protection des deux maisons situées au 35 et au 37 de l’avenue Victor Hugo au Limpertsberg. La procédure de protection prévoit alors de demander un avis à la commune dans laquelle se trouvent les immeubles à protéger – en l’occurrence la Ville de Luxembourg – ainsi qu’aux propriétaires, avant que la ministre ne se prononce sur la proposition de la commission de mettre les bâtiments en question sur l’inventaire supplémentaire.

Lundi dernier, le conseil communal de la Ville de Luxembourg a émis un avis négatif. Seuls les conseillers-ères des Verts et du LSAP s’étaient prononcé-e-s en faveur d’une protection. Les autres fractions ont suivi la proposition du collège échevinal et de la commission compétente de ne pas soutenir une inscription sur l’inventaire supplémentaire.

De leur côté, les propriétaires d’un des immeubles se sont exprimés « contre une protection nationale des immeubles, alors qu’ils contestent l’intérêt public de conservation » de ces derniers. Les agent-e-s du Service des sites et monuments nationaux (SSMN) ont été invité-e-s par les propriétaires pour venir inspecter très prochainement l’intérieur des l’immeubles. La ministre indique qu’elle prendra sa décision « au vu du rapport que le service lui soumettra ».

Vers la fin des années 1980, « Stopp de Bagger » avait déjà proposé de protéger l’ensemble des maisons de la partie inférieure de l’avenue Victor Hugo, alors sous l’emprise d’une spéculation destructrice facilitée par le plan d’aménagement en application à l’époque. Le « plan Vago » permettait en effet des constructions plus de deux fois plus hautes sur cette partie de l’avenue. Depuis lors, la plupart des maisons ont été rasées pour faire place à des résidences sans caractère.

La Ville n’avait vu à l’époque aucune utilité de maintenir un ensemble architectural caractéristique d’une phase de l’urbanisation du Limpertsberg qui a débuté autour de 1900.

Aujourd’hui, alors que peu de maisons ont résisté, elle se prononce donc majoritairement contre une protection, car on ne pourrait plus parler d’ensemble s’il ne reste que deux maisons attenantes. Tom Krieps (LSAP) et François Benoy (Déi Gréng) ont essayé de contrer cet argument : ce sont plutôt les constructions à gauche et à droite des maisons 35 et 37, datant des années 1970-1980 et particulièrement laides, qu’on devrait remettre en question.

Les chances d’une protection des maisons, indépendamment de la décision de la ministre, sont cependant très limitées. L’une d’elles est sous compromis de vente avec la réserve que le nouvel acquéreur puisse y construire un immeuble de cinq étages, comme l’y autorise le plan d’aménagement en vigueur. Une inscription sur l’inventaire supplémentaire – qui ne correspond pas encore à un classement, mais qui obligerait le nouveau propriétaire à se concerter avec le SSMN –, pourrait rendre caduc le compromis de vente. Le propriétaire actuel pourrait alors faire un recours et même réclamer des dommages et intérêts, car il réaliserait une moins-value s’il devait vendre sans la possibilité d’y construire une grande résidence.


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