Opéra contemporain : Silence, ça chante !

La semaine prochaine aura lieu au Luxembourg la création mondiale de l’opéra de chambre « En silence », mis en scène par Solrey sur une musique d’Alexandre Desplat. L’ensemble Lucilin, non content d’en assurer l’interprétation, peut s’enorgueillir d’avoir fait aboutir le projet des deux artistes.

Solrey et Alexandre Desplat : une complicité à découvrir pour la première fois dans un opéra. (Photo : Jérôme Lobato)

Avec « Kein Licht », créé en 2017 à la Ruhrtriennale et joué ensuite au Grand Théâtre de Luxemboug et en France, Lucilin a décidément eu le nez creux. Car c’est à l’issue d’une représentation à l’Opéra-Comique de Paris que Guy Frisch, directeur artistique et percussionniste de l’ensemble de musique contemporaine luxembourgeois, rencontre Alexandre Desplat et lui propose, au culot, une collaboration. Deux semaines plus tard, le compositeur oscarisé et césarisé lui présente un projet commun avec Solrey (Dominique Lemonnier au civil), qui travaille avec lui depuis plus de deux décennies.

Tous deux s’essaient à l’opéra pour la première fois, en adaptant une nouvelle de Yasunari Kawabata. Pourquoi une nouvelle ? « Ça semblait raisonnable et modeste pour s’aventurer dans ce nouveau territoire musical », confie Desplat. Car son domaine, on le sait, c’est la musique de film, même s’il a beaucoup joué et écrit pour la scène à ses débuts. Si Solrey a déjà à son actif maints spectacles vivants comme instrumentiste ou metteuse en scène, elle n’a pas encore franchi le pas du lyrique. Mais elle a trouvé dans la nouvelle, qui parle d’un écrivain privé de langage, des caractéristiques qui lui sont chères : « la simplicité, l’épure, le sens du détail ». Une mise en abyme de sa propre expérience également, puisque à la suite d’une intervention chirurgicale, la violoniste perd pendant plusieurs années sa main gauche. Quant à Alexandre Desplat, il a été récemment opéré des cordes vocales et a dû se contraindre au silence pendant l’écriture même de l’œuvre. Tous deux en savent donc long sur le sujet…

La culture japonaise est très présente dans l’opéra, origine du livret oblige. « Nous voulions éviter tout japonisme », affirme pourtant Desplat. Pour la mise en scène, Solrey s’est inspirée de la tradition musicale nipponne du gagaku en habillant les instrumentistes de couleurs et en les intégrant à l’action. Dans « Kein Licht », l’ensemble Lucilin faisait déjà partie du plateau, mais dans « En silence », son rôle sera encore plus important. Côté musique, la gamme chromatique de couleurs arborée aussi par la chanteuse, le chanteur et le narrateur sera couplée à la gamme chromatique musicale. Toujours dans la tradition du gagaku, les pupitres seront groupés par trois instrumentistes : trois flûtes (Desplat joue de cet instrument), trois clarinettes et un trio à cordes, appuyés par les percussions. Dans le but, selon le compositeur, de proposer « une sonorité qui ne ressemble à rien de connu », mais aussi d’écrire, à la différence du cinéma où parfois les notes se cachent derrière les dialogues, « une musique où chaque double croche sera entendue ».

Photo : Solrey

Avec ses complices de toujours et – selon les mots de Solrey – des voix « pures et jeunes » (Camille Poul et Mikhail Timoshenko, Sava Lovov assurant la narration), le couple a pensé les détails d’un opéra de chambre qui s’annonce passionnant tant au niveau musical que scénique. La création mondiale est donc un événement à ne pas manquer pour celles et ceux qui aiment se plonger dans les expériences de la bouillonnante scène musicale contemporaine… avec une belle touche grand-ducale.

Au Grand Théâtre de Luxembourg 
les 26 et 27 février, puis au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) les 2 et 3 mars.

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