Portugal-Luxembourg : Des êtres humains et des départs

Neimënster expose depuis peu l’histoire d’innombrables hommes et femmes qui ont fui le Luxembourg pendant l’occupation nazie pour atteindre le Portugal. À partir des années 1960, ce sont les Portugais qui quittent le Portugal de Salazar et tentent leur chance au grand-duché.

En novembre 1940, trois trains quittent le Luxembourg en direction de la péninsule Ibérique. Les deux premiers ne rencontrent pas de problèmes particuliers. Le troisième, qui transporte 293 Juifs, est retenu à la frontière portugaise de Vilar Formoso pendant 10 jours à cause d’un différend diplomatique entre la Gestapo et les autorités portugaises sur la neutralité du Portugal. Pendant ces 10 jours, les passagers survivent grâce à la générosité de la population locale. Finalement, le train doit faire demi-tour. L’exposition « Portugal et Luxembourg. Pays d’espoir en temps de détresse » fait un retour dans le temps et brosse le portrait de 86 passagers de ce train, dont celui de 21 personnes qui finirent par périr dans les camps de concentration nazis.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, tandis que le Luxembourg se reconstruit et devient membre fondateur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1952, le Portugal est confronté à la guerre coloniale et surtout à un marasme économique. Débute ainsi le plus grand exode de son histoire. La France et l’Allemagne sont les principaux pays de destination. Quelques Portugais découvrent le Luxembourg à partir des années 1960 et commencent à arriver en grand nombre suite à l’accord bilatéral de 1972. Ce flux migratoire est toujours d’actualité.

L’exposition est répartie sur 21 panneaux de grandes dimensions, alignés dans le cloître de l’abbaye de Neumünster par ordre chronologique, explications concises, photos et documents d’époque à l’appui. Globalement, elle vaut la peine d’être vue, ne serait-ce que pour connaître l’histoire de cet infortuné convoi. D’ailleurs, trois de ses passagers et survivants étaient présents lors du vernissage. Mention spéciale également pour le panneau qui ravive la mémoire des 658 personnes âgées de 1 à 89 ans déportées à partir du Luxembourg dans des camps en Europe de l’Est, et dont seules 44 survécurent.

Petit bémol cependant pour le dernier panneau, qui veut montrer un nouveau visage de la diaspora portugaise au Luxembourg. Composé de 30 visages, il présente 30 personnes issues de milieux professionnels aussi variés que les médias, l’entrepreneuriat, les institutions européennes, les arts, la culture ou encore la politique. On veut ainsi se défaire du cliché maçon/femme de ménage qui caractérise pour beaucoup la communauté portugaise. Cette diversification est devenue en partie vraie après l’entrée du Portugal dans la Communauté économique européenne en 1986 et touche également les deuxième et troisième générations. Toutefois, il suffit d’arpenter les chantiers sans fin à travers le pays ou de tout simplement croiser les femmes de ménage tard le soir dans les transports publics pour constater que cela est loin d’être une réalité homogène. L’immigration portugaise n’a pas toujours été un long fleuve tranquille au Luxembourg. Les problèmes dans les habitations insalubres et les difficultés chroniques liées au système d’enseignement luxembourgeois, jadis et maintenant encore, sont omis.

Mais comme justement le titre de l’expo l’indique, le Luxembourg a été et reste pour beaucoup un pays d’espoir. Et comme on peut le lire dans les vers du poète Manuel Freire affichés sur un des panneaux, « Les voici qui partent / Jeunes et vieux / (…) / Ils reviendront riches ou pas ».

À Neimënster, jusqu’au 10 mai.

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