Post-corona : Un autre monde sera possible

La crise déclenchée par la pandémie a l’avantage de placer la société dans laquelle nous vivons dans une clarté rarement perçue. Cette limpidité pourra offrir des occasions de construire un monde plus juste – il faudra juste profiter du moment, sans forcer l’impossible.

Inimaginables. Totalement inimaginables. Pas les paroles du président de l’Union des propriétaires, l’avocat Krieger, sur les ondes du service public, qui se complaît dans l’arrogance de la haute société précrise, de celles et ceux qui se définissent par leur propriété et leur sens de classe. Mais les réactions qui presque unanimement condamnent cette posture. Même Frank Engel, à la tête du CSV, a sorti l’artillerie lourde, qualifiant l’attitude de Krieger d’« arrogante et complaisante ». En temps normal, une telle sortie de la part du représentant des propriétaires aurait certes causé quelques remous dans les milieux de gauche, mais la polémique n’aurait pas enflé outre mesure.

L’argumentaire de Georges Krieger est d’autant plus grotesque qu’il croit fermement que les locataires commerciaux auraient des réserves pour tenir deux semaines sans revenu. Or, il n’y a aucune loi qui les obligerait à établir de telles réserves. En plus, il montre son vrai visage d’ennemi des petits commerces locaux – car seuls les grands groupes internationaux pourront résister à de telles pertes de revenu. Et encore : la chaîne de restauration allemande Vapiano, aussi présente au Luxembourg, est d’ores et déjà une des victimes de la crise.

Verra-t-on une vague d’expropriations et de nationalisations au Luxembourg postpandémique ? Probablement pas, mais la crise a remis en cause les dogmes néolibéraux partout en Europe. Ce qui semblait totalement
impensable il y a un mois est devenu quotidien : les freins à l’endettement sautent comme des boutons de pantalon trop serré, les règles budgétaires européennes – utilisées jadis pour enterrer la démocratie grecque – ne sont plus d’actualité. Même le président Macron a eu un moment de lucidité en faisant l’éloge de la santé comme service public – nonobstant, ses forces de l’ordre gazaient et mutilaient ces mêmes héroïnes et héros du secteur hospitalier quelques mois plus tôt.

C’est une tendance à laquelle le grand-duché n’échappera pas non plus. Et la vague d’indignation provoquée par Krieger ne sera que le début. Elle indique qu’une fenêtre d’opportunité s’ouvrira après la crise, quand il faudra affronter la récession. La solidarité, qui est devenue un mot d’ordre carrément religieux, ne s’essoufflera pas d’un instant à l’autre quand la Covid-19 aura fini de dominer nos jours et nos nuits – et que le pays entier n’attendra plus avec horreur et impatience les chiffres des infecté-e-s, testé-e-s et décédé-e-s du jour.

Une fenêtre d’opportunité s’ouvrira – encore faudra-t-il viser juste pour ne pas la rater.

Pourtant, ce ne sera pas le moment de faire preuve d’une trop grande radicalité, qui briserait l’union sociétale forgée par la pandémie. Punir les propriétaires trop avares, inhumain-e-s et réfractaires à la solidarité pendant la crise est une bonne idée. Encore faut-il cibler juste : parmi les propriétaires, il y a aussi des personnes dépendant financièrement des loyers perçus. Il sera donc prioritaire de ne pas créer de nouvelles inégalités en voulant en éradiquer d’autres. Viser les proprios qui amassent des fortunes, qui spéculent avec leurs biens et qui vivent de la hausse continuelle des prix du logement est possible et sera une nécessité après la crise.

On pourra, on devra de toute façon penser plus loin dans la récession qui viendra : la classe moyenne ne paiera pas cette nouvelle crise, rasée comme elle l’est depuis celle d’il y a 12 ans. Ce sera donc l’occasion de repenser notre système fiscal, de le rendre plus juste et de faire passer à la caisse les « high-net-worth individuals », qui comme tout le monde profitent aussi de notre système de santé. Qu’ils paient, alors !


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