Andreas: Arq: 4. Racken

La mythologie personnelle du visionnaire dessinateur qu’est Andreas, plonge ses héros dans les méandres d’un monde étrange …

Andreas: Arq: 4. Racken (Delcourt – Collection Conquistador), 48 pages, 475 LUF.

Les mondes parallèles

Andreas Martens est une exception dans le monde de la bande dessinée francophone. Ce dessinateur-scénariste allemand a fait son apprentissage sous la tutelle d’Eddy Paape, un des grands maî tres belges. C’est un auteur prolifique dont le „magnum opus“ est „Rork“, une série commencée en 1978 et achevée, après sept albums, en 1993 (Le Lombard). „Rork“ témoigne de l’évolution de l’artiste. Inspiré au début par Berni Wrightson et MC Escher, son style devient plus dépouillé, abstrait et grandiose. Il dépeint son amour de l’architecture et du paysage dans de magnifiques tableaux où les couleurs rivalisent avec des perspectives hallucinantes. Citons comme exemple la double page centrale de „Le Cimétière des Cathédrales“, tome 3 de „Rork“, où Andreas nous présente une vue fascinante de plusieures cathédrales gothiques envahies par la forêt vierge d’Amazonie!

Lors de ses aventures, Rork rencontre le non moins mystérieux Capricorne, héros d’une série dont le sixième album, „Attaque“, vient de paraî tre (Troisième Vague – Le Lombard). Moins ésotérique que „Rork“, Capricorne continue néanmoins de prouver le talent fou d’Andreas qui élabore incessamment de nouveaux projets, comme les séries policières „Cromwell Stone“ (Delcourt) ou „Raffington Event“ (Le Lombard). L’ombre de H. P. Lovecraft plane sur beaucoup de scénarios d’Andreas, qui s’inspire des anciennes cultures, des mythes et légendes, notamment dans „La Caverne du souvenir“ (Le Lombard), un conte basé sur la mythologie celtique bretonne. Il n’est donc pas surprenant qu’Andreas se soit installé en Bretagne.

Cinq individus projetés dans un univers mystérieux

Tandis que Capricorne continue à peu près dans une voie similaire que Rork, la série „Arq“ semble vouloir établir une nouvelle dimension dans l’oeuvre d’Andreas. Comme les albums précédents, le quatrième tome, „Racken“, qui vient de paraî tre chez Delcourt (Collection Conquistador), comporte un résumé de l’histoire. Au moment où cinq personnes sont réunies par hasard dans un vieil hôtel à New-York, elles sont inexplicablement projetées dans un autre monde, Arq. Naufragées dans cet univers parallèle – elles se croient sur une autre planète – elles se voient confrontées à leurs propres problèmes et à une multitude d’êtres étranges qui semblent sortis d’un livre ou d’un film de science-fiction. Or, les événements les séparent aussitôt. Les deux albums précédents retracent les vies des protagonistes et les circonstances qui les ont amenés dans cet hôtel insalubre. Il y a Laura, une prostituée qui vient de tuer son souteneur et qui veut rencontrer son fils en cachette. Elle trouve refuge dans les souterrains d’un volcan actif où elle se sent protégée, se rappelant la mine de charbon où travaillait son père. Il y a aussi Julien Joyce, génie de l’informatique qui, meurtri par la mort de son meilleur ami, voulait se suicider en sautant par la fenêtre de l’hôtel. Enlevé par un peuple volant, il est horriblement brûlé dans un des nuages toxiques qui recouvrent Arq et il tente à nouveau de se suicider. Alanna et Travis Black sont un couple sur le point de divorcer. Black, professeur et spécialiste en communication, est aveugle, mais, grâce à des lunettes conçues par un collègue, il est capable de détecter dans le monde réel des signes et des pictogrammes se rapportant au monde Arq. Il est fait prisonnier par un peuple qui le prend pour une sorte de dieu et il découvre sur des parois une multitude de symboles qu’il tente de déchiffrer. Les dons extraordinaires de Black semblent à l’origine de cette aventure mais constituent aussi la raison pour laquelle sa jeune fermme enceinte se sent délaissée. Celle-ci, pour sa part est retenue dans un monde aquatique dont les habitants s’intéressent à sa grossesse.

A chaque paradis son serpent

Dans „Racken“, nous suivons Pascoe Montana, tueur en fuite, sur un chemin de brutalité et de violence qui l’avait déjà caractérisé dans son existence antérieure. Montana est à la recherche du maî tre de la tour centrale de la gigantesque citadelle qui l’a accueilli. Sans scrupules, Montana se fraie un chemin jusqu’au centre du pouvoir, occupé par le mythique Racken. Représentant l’élément pourri, le virus, dans le monde Arq, Montana attire aussi l’attention de bien d’autres forces.

Comme d’habitude, Andreas nous plonge dans un environnement aux mille facettes qui lui permettent de briller avec ses dessins et d’intriguer par son imagination. Ses personnages éparpillés dans les quatre éléments, feu, air, eau et terre, revivent une version alternative de leurs vies et sont des éléments de sa mythologie personnelle, captivante et déroutante. Le suspense monte et „Arq“ commence à avoir les allures d’une très grande bande dessinée.

Andreas: Arq: 4. Racken (Delcourt – Collection Conquistador), 48 pages, 475 LUF.


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