POLITIQUE EUROPÉENNE: Lobbyistes inscrivez-vous !

En s’abstenant du vote final sur un rapport qui devait faire régner plus de transparence dans le lobbying bruxellois, les Verts européens dénoncent le pouvoir inouï qu’ont pris ces organisations dans les rouages de la démocratie.

« Non, le lobbying n’est pas une mauvaise chose, retenez-le bien », insista Claude Turmes, eurodéputé des Verts, mercredi dernier lors d’un voyage de presse à Bruxelles, qui servait notamment à informer la presse sur le pouvoir réel des lobbies dans la politique européenne. « Il ne s’agit pas de le diaboliser, mais juste de le rendre plus transparent pour tout le monde », et de continuer, «  Même les Etats-Unis – où les lobbies sont très forts – ont une réglementation plus sévère à cet égard ».

Quelques chiffres: on estime qu’à Bruxelles vivent environ 15.000 lobbyistes, qui bossent dans 2.500 organisations. La plupart d’entre elles sont installées près du rond-point Schumann à Bruxelles, d’où elles profitent d’une vue imprenable sur les institutions européennes. Ici se trouvent les représentations Pernod-Ricard, la chambre du commerce américaine et Philipp Morris, dans le seul but est de peser sur les décisions de la commission européenne. Et non sans succès. Un exemple a été la non classification de certaines substances chimiques selon la nouvelle norme Reach, suite aux pressions exercées par le lobby industriel. Comment y parviennent-ils ? En publiant des « études scientifiques » qui ne servent qu’à défendre les intérêts de l’industrie, comme c’est le cas pour le changement climatique dont doutent certains « think-tanks », ou en approchant directement les élu-e-s ou commissaires en leur rappelant que dans leur pays d’origine, en fonction de leurs décisions, des emplois pourraient se créer ou se perdre. Ou encore en embauchant des ex-eurocrates ou des gens qui revêtent toujours un poste dans l’administration. On pourrait multiplier les exemples, le fait restera que l’industrie a toujours eu son poids de décision.

Que les intérêts s’emmêlent à Bruxelles, ce n’est pas vraiment une nouvelle. Que la plupart des européen-ne-s pensent que la politique de l’Union est souvent dictée par l’industrie, est un scénario d’horreur que redoute Turmes, mais qui se rapproche de plus en plus de la réalité. Même si le texte du rapport a été adopté à 547 pour, 24 contre et 59 abstentions, la transparence ne sort pas vainqueur du vote parlementaire.

Explications : premièrement, le délai pour la création d’un registre où doivent s’inscrire tous les lobbyistes que prévoyait le rapport est maintenu pour l’année 2009, ce qui laisse encore beaucoup de temps aux lobbies pour développer de nouvelles stratégies afin de contourner les nouvelles règles. Deuxio, et le plus important, est le rejet par le parlement européen d’amendements qui prévoyaient d’inclure les avocat-e-s dans le groupe des lobbyistes. Car ces derniers apparaissent de plus en plus souvent comme « conseillers indépendants » alors qu’en réalité ils veulent faire avancer les intérêts du patronat qui est derrière eux. « Si je sais que je me trouve devant un représentant d’un grand groupe énergétique, je sais comment réagir. Mais que faire si le type ne m’indique pas clairement pour qui il travaille », explique Turmes. Et puis d’autres groupements d’intérêt ne sont toujours pas assujettis à la réglementation sur le lobbying comme les « think-tanks » et les organisations religieuses, dont on connaît l’appétit d’influence politique même dans notre actualité nationale. Donc, ne pas qualifier ces regroupements de lobbies relève de l’absurdité et démontre le manque de volonté des parlementaires européens à plus de clarté dans leurs actions et décisions. Inutile de noter que les parlementaires qui ont voté contre ces amendements appartiennent à la droite et aux libéraux européens.

Alors que faire pour éviter que dans le futur les décisions bruxelloises ne soient pas entièrement dictées par l’industrie ? Le communiqué sorti par les Verts européens à l’issue du vote prévoit notamment la création d’un groupe de travail inter-institutionnel qui devra se (re)pencher sur ces questions et notamment faire pression sur les lobbies en matière de transparence financière. Du moins, ça bouge.


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.